Ai no mukidashi (Love Exposure) – Amour, sexe et violence


Sono Sion est certainement un des réalisateurs japonais les plus brillant de sa génération (Oui, il n’y a pas que Miike et Kitano), mais fallait-il que je découvre hélas son cinéma avec un film qui n’est pas licencié en France, à savoir Ai No Mukidashi (Love Exposure) ?

Affiche du filmAi No Mukidashi, ce qui pourrait se traduire par « L’ouverture à l’amour », encore que certains préfèrent la traduction « L’amour mis à nu », qui a le mérite d’être explicite et intelligent par rapport aux thèmes du film. En effet, on va parler d’amour, mais au travers du sexe.

Et avant de commencer la critique à proprement parler, clarifions certaines choses. Vous avez déjà peut-être vu qu’au Japon il existe un festival du pénis ? Où il y a une procession d’un sexe en bois ? Où les femmes se baladent avec une sculpture de phallus dans les bras ? Où on mange des saucisses ? (A noter qu’il existe un festival du vagin, mais j’ignore si on y mange des moules.) Si vous ignorez que cela existait, je vous conseille la lecture de cet article. Les Japonais sont-ils pervers pour autant ? Bien entendu que non, leur culture fait qu’ils sont plus à l’aise avec le sexe que nous. Pendant que notre pape prônait l’inutilité du préservatif, au Japon, on causait sexe sans se gêner. En effet, le pénis y est ici un symbole de fertilité et d’abondance, et de manière générale, le sexe est associé à quelque chose de positif, loin d’être le sujet honteux et tabou de chez nous.

Pourquoi cette clarification ? Parce qu’il faut comprendre cela pour comprendre comment le thème du sexe est abordé dans Ai No Mukidashi, d’autant plus qu’il se fera à travers la religion catholique au Japon, là-bas mineure. Et oui, il s’agit d’une véritable leçon de relativisme pour nous que de voir le regard qu’on les Japonais sur la religion qui fonda en majorité nos principes moraux.

Yu Honda est un bon chrétien, en plus d’être un adolescent gentil, bien que quelque peu naïf. Sa mère mourut alors qu’il n’était encore qu’un enfant, et avant de s’en aller, lui dit de trouver une femme comme la Vierge Marie, et de la lui présenter. Yu, devenu adolescent, continue de vivre avec son père, devenu prêtre. Son père, convaincu que chaque être est mauvais, sinon hypocrite, va le forcer à confesser tout ses pêchés. Problème : Yu est certainement l’homme ne plus inoffensif du monde. Incapable de mentir et incapable de trouver un pêché le satisfaisant, il va se résigner à pêcher pour son père… Il va ainsi devenir un expert du tosatsu, en gros, l’art de photographier les culottes des filles en toute discrétion, et à travers cette activité, va continuer sa quête de la Vierge Marie…

Si ce résumé vous parait assez étoffé, sachez que j’ai tout de même sauté énormément d’évènements. Dans Ai No Mukidashi, chaque personnage a son propre passé, expliquant ainsi toutes les raisons des ses actes. Ce qui se traduit par un film extrêmement dense, pourtant dépourvu de longueurs, enchaînant rebondissement et rebondissement avec un dynamisme incroyable, quelques scènes d’actions, du gore comme les japonais savent si bien en faire, tout en gardant un suspens intense jusqu’à la dernière seconde.  Le tout pour un film de quatre heures.

Quatre heures.

C’est bien simple, si Sono Sion est génial dans ce film, ce n’est pas seulement par sa maîtrise du sujet, par sa réalisation épurée, mais bien par ce scénario incroyable et incroyablement bien maitrisé, transformant cette durée de 4h non pas comme un défaut, mais une qualité exceptionnelle.

Quatre heures sur le thème de la religion, le sexe, la violence, et surtout : l’amour. À travers l’histoire d’amour certainement la plus foireuse imaginable, (Roméo et Juliette peuvent aller se rhabiller.) Sono Sion nous demande ce qu’est après tout qu’est ce que l’amour ? Est-ce un sentiment si pur que ça ? N’est-il pas lié au sexe après tout ? Devons-nous en avoir honte ?

Le thème de la religion est quant à lui bien utilisé, sans facilité, le scénario nous montre des abus évidents de cette religion, mais aussi ses forces et ses faiblesses. La religion a-t-elle réponse à tout ? A-t-elle la bonne réponse ? La critique va dans la deuxième moitié du film surtout s’appuyer sur les sectes utilisant la religion catholique comme prétexte.

Et à travers un scandale typiquement japonais, à savoir le tosatsu, (photographies de petites culottes, pour ceux qui suivent pas.), Sono Sion essaye de voir un peu les raisons des pervers. En effet, non sans une certaine ironie, notre héros Yu photographie des culottes sans la moindre intention perverse, avouant d’ailleurs qu’il n’a jamais eut d’érection, pour la réserver au jour où il rencontrera sa Vierge Marie. Après tout, les pervers n’ont-ils pas tous leur raison ?

Comme je le disais, Ai No Mukidashi est une belle leçon de relativisme sur ceux qui croient tout savoir sur l’amour, le monde et les règles qui le régissent, mais c’est aussi un film  sur l’intolérance, l’incompréhension, et la violence qu’elle génère. Après tout, comment peut-on prétendre tout comprendre de l’être humain ?

Et si nous ne pouvons le comprendre, comment pouvons-nous le juger ?
Image du filmBref, Ai No Mukidashi est un film exceptionnel, servi par un scénario proche de la perfection, des personnages atypique avec des acteurs superbes, une mise en scène simple mais efficace, et une bande son entre musiques classique (Mention spéciale au Boléro de Ravel et à la 7e symphonie de Beethoven soulignant un des meilleurs moments du film) et musiques pop des Yura Yura Teikoku, qui atteignent le summum du cool. Et sinon, voici la bande annonce du film si vous avez envie.

Si le film n’est pas licencié en France, (Pour des raisons que j’ignore, sachant que Suicide Club et Noriko’s Dinner Table, du même auteur, le sont), le DVD du film est dispo en Angleterre, donc VO sous titré en Anglais aux éditions Third Window Films.


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