Quand il fauve, il fauve


Bien que les artistes de bande-dessinée franco-belge se disent inspirés par le comics américain et que les artistes de comic books se disent inspirés par le neuvième art européen, un festival comme celui d’Angoulême peut paraître un peu timide en termes de représentation de ces artistes qui officient outre Atlantique.

Ms Jackson…

outcast 1Emmené par le fer de lance et rouleau compresseur phénoménal qu’est Walking Dead, le petit monde de l’édition de comic books en France commence à se faire entendre.
Le créateur de la série de tous les records, le très prolifique Robert Kirkman, est aussi l’auteur de diverses série super-héroïques dont la plus connue reste l’excellente Invincible. Et cette année en sélection officielle on pouvait retrouver le premier tome de sa nouvelle série Outcast.
Outcast est l’histoire de Kyle Barnes un homme un peu perdu et qui se croit maudit depuis son enfance. Quand le surnaturel s’en mêle et que ses pires craintes sont fondées, l’angoisse prend le dessus.
Un premier tome qui à un goût d’Exorciste, de La Malédiction et d’American Gothic, le tout dans une ambiance qui anticipe l’Apocalypse. Kirkman comme à son habitude apporte son savoir faire dans l’art d’humaniser et de rendre réalistes des situations fantastiques. De son coté le dessinateur Paul Azaceta qui était l’invité de ce FIBD 2016, apporte avec son trait Mike Mignolesque, une ambiance horrifique claire dans laquelle on sent bien toute la détresse des personnages. Autant dire que l’on attend la suite avec impatience.

Aïe ! Hey ! Robot.

descender tome 1Autres invités de ce festival de la BD 2016, Jeff Lemire et Dustin Nguyen venaient présenter entre autres, le premier tome de leur série Descender.
Descender est l’histoire de Tim-21, un robot de compagnie qui a l’apparence d’un garçon. Tim-21 se réveille après dix ans de sommeil sur une planète minière sur laquelle tous les habitants humains sont morts. Commence alors le début de son aventure pour comprendre ce qu’il s’est passé et qu’est-ce que lui veut le Conglomérat Galactique Unifié.
Ce premier tome d’une très grande beauté formelle fait déjà penser aux romans de Philip K. Dick, à Isaac Asimov, Mary Shelley et star wars/trek pour le coté fédération intergalactique multiraciale.
 
Les planches de Dustin Nguyen font penser à des aquarelles cosmiques qui nous absorbent et nous laissent immerger dans l’histoire passionnante imaginée par Jeff Lemire longtemps après que l’on ai fermé ce premier volume. Une nouvelle série prometteuse dont le potentiel semble aussi vaste que l’univers connu.

Présenté par Stéphane Bern

saga volume 5D’une épopée galactique à une autre, on passe à Saga de Brian K. Vaughan et Fiona Staples. Cela fait longtemps que je voulais parler de cette série.
Le cinquième tome qui vient de sortir était en sélection pour le prix du public Cultura de cette année. La série multi-lauréate des prestigieux Eisner Awards n’en est pas à sa première sélection en territoire charentais qui malgré son excellence lui préfère encore d’autres œuvres tout aussi qualitatives.

Saga c’est du Space Opera nouvelle génération, l’histoire d’un couple mixte issues de deux races qui se font la guerre depuis des années. Ils vivent donc dans la clandestinité et fuient leurs deux civilisations. Le couple est poursuivi et entouré d’une ribambelle de personnages tous plus excentriques les uns que les autres. Il y a une baby-sitter fantôme, un chasseur de prime dont le chat est un détecteur de mensonges, une tueuse arachnide, une royauté cathodique, un vaisseau spatial végétal ou encore des romans à l’eau de rose prophétiques. Le tout est narré par l’enfant du couple protagoniste sur une période de temps encore indéterminée.
L’écriture de Brian K. Vaughan est toujours aussi prenante et les dessins géniaux de Fiona Staples mettent toujours plus en avant cette histoire exaltante, avec une clarté et lisibilité admirable. C’est une série qui vaut vraiment la peine d’être découverte, elle comporte tous les éléments de l’oeuvre culte, à la fois distrayante, profonde et plus politiquement engagée que l’emballage et le genre science-fiction ne pourrait le laisser croire de prime abord.

Fabuleux

Passons d’une saga à une autre, ce FIBD a correspondu avec la sortie du dernier tome de la série Fables de Bill Willingham et Mark Buckingham.
Fables chapitre 150 adieu
Raconter Fables en quelques lignes c’est comme essayer de faire un pitch de la Bible, disons que l’histoire de la série est celle de Blanche-Neige, sa sœur Rose Rouge, le grand méchant loup et tous les personnages des contes du monde entier qui vivent parmi nous, dans notre réalité. Ils ont tous fui la tyrannie de l’Adversaire qui gouverne tous les royaumes, autant d’univers fictionnels différents qui se côtoient et dont ils sont tous issus.

La galerie de personnages est vertigineuse, elle va des personnages des contes de Perrault, Andersen, Grimm ou Kipling, il y a des personnages mythologiques, folkloriques, des dieux, héros chevaleresque, jusqu’à des incarnations de concepts littéraires. Pinocchio discute avec Mowgli, le vent du Nord est respecté de tous y compris de la reine des neiges et Lancelot est aux ordres du Prince crapaud.
Fables est une série épique, politique et mythique mais surtout fantastique dans tous les sens du terme. Toujours sous la direction de Bill Willingham, les 24 ou 25 tomes selon l’édition, ont été dessinés par une armée d’artistes différents. Ce changement très fréquent de dessinateur est parfois déstabilisant quand il n’est pas agaçant, mais l’histoire reste excellente de bout en bout.

La série et ses dérivés, Fairest, Jack of Fables et Cendrillon, ferait un excellent sujet de thèse, tant la variété des thèmes abordés, les références, le jeux narratifs et les histoires racontées sont immenses. Commencer la série c’est comme entrer en sacerdoce, on est d’abord attiré par les jolies couvertures de James Jean ou Adam Hughes, puis les histoires racontées sont un mélange de guerres, de politique, de croyances et de Destins, le tout présenté sur des pages avec des enluminures. Nuls doutes qu’il y aura des textes apocryphes et que les séries dérivées vont continuer encore un temps mais le pape Willingham a créé une religion et un culte dont on parlera encore pendant un moment.

C’est donc avec un petit pincement au cœur que l’on laisse partir tous ces personnages, en se disant que leur immortalité ne tient qu’à la popularité qu’ils ont génération après génération, autant dire qu’ils sont là pour longtemps.

 
Outcast de Robert Kirkman et Paul Azaceta – Delcourt

Descender de Jeff Lemire et Dustin Nguyen – Urban Comics

Saga de Brian K. Vaughan et Fiona Staples – Urban Comics

Fables de Bill Willingham et Mark Buckingham – Semic, Panini Comics et Urban Comics