BD : Long John Silver ou la légende pirate


«…
Il va mêler l’or et le sang pour sceller son destin aux confins des royaumes perdus de l’Amazonie.
Il est le dernier pirate.
Il est la légende.

Long John Silver. »

Voici en partie ce que l’on peut lire à  l’arrière de chaque tome de cette BD. Ces quelques lignes sont pleines de promesse et  reposent intégralement sur les charmes d’un personnage, le légendaire, le sans foi ni loi,  le pirate de son état Long John Silver. Personnage crée dans les années 1880 par R.L Stevenson, il est  issu du fameux roman L’île au trésor. Mais rassurez-vous, nul besoin d’avoir lu le livre pour se plonger dans l’univers de John Long Silver.

L’histoire commence directement dans le vif du sujet, Lord Byron Hasting touche enfin au but en trouvant la fameuse cité de Guynacapac. Il y arrive grâce à son guide, un indigène très intrigant  et mystérieux du nom de Moxtechica, alors qu’il y a laissé presque tout son équipage…
Les feux de l’action mis en place peut alors débuter la véritable histoire, celle de Lady Vivian Hasting qui, délaissée au pays, pense que son mari est mort et vit de mœurs légères et sans le sous. Il est d’ailleurs temps pour elle de se trouver un nouveau mari d’autant plus qu’elle attend un bâtard… Elle apprend alors de la bouche même de son beau-frère, Edward Hasting, que son mari est toujours en vie et qu’il a enfin trouvé la cité. Ce dernier accompagné du fameux Moxtechica est chargé de vendre tous les biens de son frère afin de lui venir en aide. Par peur d’être répudiée, (on ne voit pas encore qu’elle est enceinte),  Vivan Hasting fait appel au Docteur Livesey, vieille connaissance de Long John Silver pour pouvoir l’approcher et arriver à ses fins : prendre le contrôle de l’expédition de sauvetage, voler l’or  et  éventuellement se débarrasser de son mari.

Le personnage de Long John Silver prend toute son envergure dès sa première apparition. Vieux baroudeur entouré d’hommes fidèles, le personnage sent le vécu et flaire la bonne occasion de reprendre le large. Cependant Long John a pris de la bouteille depuis ses aventures avec son ancien capitaine, le capitaine Flint , ce qui ne l’empêchera pas de signer un pacte de sang avec Lady Vivian Hasting. C’est donc en vieux loup de mer, usé par le temps, et pourtant toujours aussi imperturbable et charismatique, que nous est dépeint ce personnage. Il a l’aura pour mener des hommes et il réussira — non sans grabuge — à faire partie de l’équipage d’Edward Hasting. S’en suit alors un combat insidieux entre Long John, qui ne cache pas son passé, et Edward Hasting bien décidé à le faire passer à la potence avant leur arrivée en Amazonie… Secondé par Dantzig, son lieutenant, il ne va avoir de cesse de piquer à vif Long John afin de le démasquer en tant que pirate et à force de le titiller eh bien comme dit un célèbre proverbe : « chassez le naturel, il revient au galop… »

Long John Silver joue sur des thèmes bien connus  et que l’on retrouve dans toutes les histoires de conquêtes des fameuses cités d’or. Histoires qui ont fait la légende d’hommes comme Pizarro ou encore Cortés. Mais au final, dans la BD, les cités d’or sont encore bien loin et la mer est partout. Le véritable enjeu est la piraterie. Long John Silver arrive parfaitement à nous dépeindre, en l’espace de très peu de tomes, la noirceur des hommes qui voyage sur le galion « le Neptune ». Des hommes qui versent le sang dans les sombres cales du bateau, des hommes qui ont soif de rêve et pour qui l’honneur et la camaraderie sont des plus importantes. Une fois leur but fixé, rien, ni personne ne peut les en détourner.

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D’un point de vue général, le premier tome souffre un peu d’une mise en place un peu trop longue. Mais quelque part, cela nous permet de bien nous imprégner du caractère de chaque personnage et donc de libérer les tomes suivant de ce genre d’écueil. Dès que le Neptune prend son départ, l’intrigue se met enfin en place. Le tome 2 est donc celui où l’on savoure pleinement l’histoire et auquel on s’attache. Le tome suivant, sorti en mai dernier, est encore meilleur et l’on en regrette de savoir que le tome 4 sera le dernier…

D’un point de vue graphique le tome 1 souffre parfois d’irrégularité avec des cases détaillées suivie de personnages qui sont difficilement identifiables. Je pense notamment à des secondaires comme la servante de Vivian Hasting ou encore le protégé de Long John, le jeune Jack. Heureusement là aussi la BD se rattrape dès le tome 2. Mon seul regret concret est la colorisation. Je trouve qu’elle alourdit parfois le dessin. Pour avoir vu quelques planches de la version non colorisée, disponible dans une version de luxe, les planches sont déjà assez sombres en soi et la mise en couleur  manque de temps en temps de finesse.

Hormis ces quelques détails, Long John Silver est une BD qui se bonifie à chaque tome. Elle a d’ailleurs été plébiscitée dans plusieurs festivaux. En 2009, on la retrouve notamment dans la sélection officielle   d’Angoulême et elle a reçu la même année le prix de la meilleure série au Festival de Solliès-Ville.

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Alors si vous n’avez pas peur des coupes gorge et que vous sentez l’appel de la mer, Long John Silver est pour vous !

Seita

Crédit :

Titre : Long John Silver
Auteurs : Xavier Dorison (Scénario) et Matthieu Lauffray (dessin et colorisation)
Édition :  Dargaud
Tomes déjà parus : 3
Dernier tome prévu pour 2011.
Prix édition classique : 13,50€
Prix édition de luxe : 29,00€

Précédemment, dans la série Festival International de la BD d'Angoulême