Cities : Skylines, city builder is back !


Il y a deux ans, je vous parlais des jeux PC que j’attendais pour l’année 2013. Le nouvel opus de SimCity trônait en tête de la liste et tout ou presque augurait d’un nouvel excellent épisode. Sauf que la déception fut énorme, SimCity 2013 fut un échec cuisant. Non pas que ce soit un mauvais jeu, mais après le modèle de perfection qu’était SimCity 4, difficile de s’y retrouver dans ce jeu aux mécaniques branlantes, à la finition bâclée et aux possibilités plus que limitées. Dans la foulée de cette débâcle, EA fermait le studio principal de Maxis et les fans déçus de city builder (gestion de ville) sont retournés au glorieux ancêtre SimCity 4, toujours aussi bon mais un peu trop vieillissant puisque sorti en 2003. Toutes les alternatives proposées par d’autres studios ne lui ont jamais fait d’ombre. Alors quand un petit studio finlandais tente l’aventure, peu de gens en attendaient grand chose. Et pourtant…

La Scandinavie, l’autre région du jeu vidéo

L’équipe derrière Cities : Skylines est un petit studio d’une dizaine de personnes, Colossal Order, basé à Tampere en Finlande. Créé en 2009, il est l’auteur de deux jeux de gestion de transports en commun : Cities in Motion 1 et 2. Le premier opus, sorti en 2011, est un petit jeu sans prétentions mais qui se laisse très agréablement jouer, et assez simple à prendre en mains. Le deuxième volet, sorti pour sa part en 2013, m’a personnellement moins convaincu, bien qu’il recèle de bonnes idées. En tout cas, lors de la GamesCom 2014 à Cologne, le studio annonce son nouveau projet : un city bulder nommé Cities : Skylines. Le trailer de présentation rassure d’emblée les échaudés de SimCity 2013 : le jeu supporte les mods créés par la communauté et il n’y a aucune obligation d’être connecté à Internet pour y jouer. Néanmoins, la plupart des observateurs reste sur ses gardes : le studio est très petit et le public encore déçu par le précédent SimCity.

Jeu sans prétentions, Cities in Motion 1 était une bonne surprise.

Jeu sans prétention, Cities in Motion 1 était une bonne surprise.

L’éditeur, en revanche, n’est pas totalement inconnu puisqu’il s’agit de Paradox Interactive, un éditeur indépendant basé à Stockholm en Suède. L’entreprise possède une très bonne réputation, notamment chez les amateurs de jeux de stratégie. Le studio de développement interne de Paradox, Paradox Development Studio, est connu pour ses jeux de « grande stratégie » historiques : Crusader Kings, Europa Universalis, Victoria et Hearts of Iron. Dans ces jeux, vous prenez en main la destinée d’un Etat ou d’une dynastie et c’est à vous de le faire prospérer, de l’étendre et surtout de le maintenir vivant à travers les vicissitudes de l’Histoire. Les mécaniques de ces jeux sont assez complexes, les forums officiels de l’éditeur sont donc un véritable repaire de passionnés qui aident et guident les petits nouveaux dans la jungle des possibilités offertes par ces jeux.

Je ne peux pas résister à l’envie de vous raconter une de mes parties sur Crusader Kings II. Je décide de jouer la seigneurie de Connacht en Irlande, dans le but d’unir toutes les provinces de l’île sous ma bannière. Après alliances, mariages, persuasions et guerre, je réussis à devenir roi d’Irlande. Le problème, c’est que mon chef de famille se fait vieux et son fils unique, qui doit lui succéder, vient de se faire excommunier par le pape, et tous mes vassaux ne peuvent pas le voir en peinture. La mort dans l’âme, je dois me résoudre à l’enfermer et l’exécuter avec, heureusement, le soutien de ma famille et de la population. Et coup de chance, son fils à lui, mon petit-fils donc, est aimé de tous et peut donc me succéder sans problèmes. Mes trois filles ont, de plus, eu des mariages fructueux : l’une est reine d’Angleterre, l’autre est reine de France et la petite dernière est reine du Danemark. Sauf que la France et l’Angleterre se déclarent la guerre et mes deux gendres me demandent de choisir mon camp…

La carte simplifiée de Crusader Kings 2. Ne partez pas, ce jeu est vraiment excellent !

La carte simplifiée de Crusader Kings 2. Ne partez pas, ce jeu est vraiment excellent !

Vous l’avez compris, avec des jeux d’une telle profondeur, Paradox Interactive s’est construit une solide réputation. Bien qu’il ne développe pas lui-même Cities : Skylines, l’image de marque de l’éditeur fait que l’on attend beaucoup de ce city builder.

City Hunter

Le principe de Cities : Skylines est tout ce qu’il y a de plus simple. Vous arrivez devant une carte où ne sont placés que des échangeurs vers une grande autoroute et, parfois, un accès vers une voie de chemin de fer. Votre job consiste à créer de vos mains la ville de vos rêves en zonant des parties de votre carte selon la demande en parcelles résidentielles, industrielles ou commerciales. Il faut également assurer le bon approvisionnement de votre petite bourgade naissante en eau et en électricité, répondre aux besoins de services, d’éducation ou de santé des arrivants. Au début, vous êtes limités à une parcelle de la carte pour étaler votre cité. Mais au fur et à mesure que votre ville grandit, vous aurez la possibilité d’acquérir des espaces voisins afin d’assurer un développement plus large à cette mégalopole que vous créez. Colossal Order a limité par défaut la taille des villes à 9 parcelles afin que le jeu reste stable sur la majorité des configurations, ce qui vous assure quand même une place conséquente. Mais si vous voulez réaliser vos rêves les plus fous, des mods proposent de débloquer 24 espaces libres. Autant vous dire qu’avec un terrain de jeu de cette envergure, tout est permis.

Rassurez vous, il vous faudra plusieurs heures avant d'arriver à ce résultat

Rassurez vous, il vous faudra plusieurs heures avant d’arriver à ce résultat

Cities : Skylines n’a rien de révolutionnaire dans le monde des city builders, ce qui tombe bien car jamais le studio finlandais n’a souhaité proposer quelque chose sortant des carcans du genre. C’est plus la volonté de faire un jeu de gestion moderne prenant les bases saines de SimCity 4 qui a guidé les développeurs. Force est de reconnaître qu’ils ont réussi au-delà de toutes les espérances. Je ne fais guère durer le suspense, le jeu est excellent. Les habitués de ce type de productions ne seront pas dépaysés et les nouveaux arrivants vont vite trouver leurs marques. En effet, Skylines adopte un système de progression en rapport avec la croissance démographique de votre ville. Lors de vos premiers pas, vous êtes très limités dans les bâtiments que vous pourrez construire. Puis, au fur et à mesure que vous franchissez des paliers de population, de nouvelles possibilités vous sont proposées. Le système est plutôt bien pensé car il vous évite de partir dans une frénésie de constructions pas toujours adaptées à la taille actuelle de votre ville et de vous retrouver très rapidement dans le rouge.

cities skylines 1

Pour que le joueur puisse recevoir des informations sur l’état de sa ville le plus rapidement possible, Colossal Order a essayé d’innover. Au lieu d’un bandeau défilant de nouvelles, le studio a fait le choix d’un faux flux Twitter qui recense des tweets émanant des habitants de votre ville. Beaucoup de joueurs n’ont pas aimé cette façon de faire, un mod existe déjà pour l’enlever du jeu. En ce qui me concerne, cela m’a été plusieurs fois utile. Par exemple, j’avais décidé de fournir de l’électricité uniquement produite avec de l’énergie renouvelable à mes habitants. J’ai donc décidé de construire un parc éolien permettant de satisfaire la demande de ma ville puis je me suis occupé d’autre chose. Sauf que je n’avais pas vu qu’une partie de ma ville s’était considérablement développée, entraînant une hausse de la demande en électricité que mes éoliennes actuelles ne satisfaisaient plus. Heureusement, des tweets rageurs sur le manque d’électricité sont apparus, me sortant de mes occupations et me permettant de réagir au bon moment.

Cité fier de ta création, tape dans tes mains.

Le point le plus important sur lequel vous devez vous pencher à tout moment, c’est votre infrastructure routière. Croyez-moi : c’est l’aspect le plus important du jeu et vous allez passer du temps à défaire et à refaire vos accès routiers. Sans un équipement performant, vous allez très vite vous retrouver avec des bouchons partout dans votre ville. Et les bouchons, ça ralentit votre industrie, car les employés des usines ne peuvent pas aller au travail, ça plombe votre commerce car les biens à vendre sont très mal acheminés, vos services comme la police, les pompiers ou la prise en charge des personnes décédées ne sont plus efficaces. Il est vrai que certaines fois, on passe plus de temps à peaufiner son système routier et ses transports en commun que d’étendre sa ville proprement dite, mais c’est franchement gratifiant. Le hashtag #roadporn n’aura jamais aussi bien représenté que par ce jeu.

"T'avances, hey, connard ?"

« T’avances, hey, connard ? »

Ma rédac’ chef, lorsque j’ai évoqué pour la première fois Cities : Skylines, m’a tout de suite posé la question la plus importante : « Est-ce qu’il y a Godzilla à l’intérieur ? ». Pour les anciens joueurs de SimCity, c’était un petit plaisir que de lancer des catastrophes sur sa ville, un reliquat de notre instinct de destruction je suppose. J’ai dû malheureusement lui répondre par la négative : oubliez tremblements de terre, cyclones, aliens ou autres Godzilla, le jeu ne propose pas (encore) de calamités à lancer sur ses créations. Cependant, il y a d’autres moyens pour faire subir à votre petite communauté de terribles dégâts. J’ai par exemple vu une partie où la station de pompage d’eau potable se trouvait en aval de la station de rejet des eaux usées. Avec le courant, la station de pompage récupérait les eaux sales pour les distribuer dans le réseau d’eau de la ville. Autant vous dire que le nombre d’habitants a subi une chute vertigineuse. Autre exemple : une ville où la pose un tantinet aléatoire d’un barrage hydroélectrique a entraîné l’engloutissent de tout un quartier. Oui ,il n’y a pas de catastrophes implantées, mais certaines décisions de joueur suffisent amplement à déclencher une grosse pagaille.

J’ai souvent évoqué l’existence de mods pour le jeu. En effet, le parti pris initial de Colossal Order est de laisser libre cours à la créativité des joueurs de Skylines, il a donc offert des outils pour créer des modifications, de nouveaux bâtiments ou même des cartes. On aurait tellement aimé que Maxis fasse la même chose. Je ne me lancerai pas dans l’énumération des meilleures créations, la page dédiée de Steam se suffit à elle-même. Justement, l’intégration du jeu dans le Workshop de Steam (espace où sont mis à disposition des possesseurs d’un jeu des images, des guides, des mods) favorise énormément le partage de ces créations. Au point que chaque joueur peut, aujourd’hui, avoir une expérience de jeu différente selon les mods qu’il télécharge. Parfaite représentantion de la créativité sans limites de certains joueurs, la recréation de la carte de Grand Theft Auto V dans Cities : Skylines de façon à priori assez fidèle a fait le tour de la presse vidéoludique.

Vous l’aurez compris, je recommande chaudement Cities : Skylines. Il ne remplace pas SimCity 4 qui reste à mon sens le maître-étalon du genre mais il est ce que le city builder a fait de mieux en dix ans. Plutôt joli, fluide même avec la configuration minimale, très addictif, il est de plus vendu à petit prix (un peu moins de 30 € neuf) et est disponible sur tous les systèmes d’exploitation. Si vous souhaitez en savoir plus ou avoir un petit coup de main pour bien commencer, n’hésitez pas à vous rendre sur le sujet dédié sur le forum de CanardPC, sur le subreddit /r/CitiesSkylines ou encore sur le forum officiel de Paradox Interactive. Vous y trouverez conseils et informations. Bonne chance pour vos futures constructions !

Addendum : Après être devenu le jeu édité par Paradox le plus acheté dès son premier jour d’exploitation avec près de 250 000 ventes, Colossal Order vient d’annoncer avoir passé la barre de 500 000 ventes en une semaine de commercialisation. Un grand bravo à eux !


Cities : Skylines de Colossal Order Paradox Interactive 27,99 € 10 mars 2015 Disponible sur Windows, MacOS et Linux