C’est donc cela que les Anglais appellent humour


Épisode no de la série Olympiades britanniques en séries

Pour célébrer à notre façon les Jeux Olympiques – et Paralympiques – de Londres, nous avons décidé de vous présenter nos séries britanniques préférées durant tout l’été. Le dernier volet de ces Olympiades britanniques en séries vous parle du célèvre humour british.

Dans cette olympiade estivale sur les séries british, s’il est une chose qu’il eut été difficile de passer sous silence, c’est bien leur humour mondialement connu. Pays natal du nonsense, les voisins d’Albion ont su depuis longtemps mettre leur perfidie légendaire et leur flegme génétique au service d’un humour absurde, pince sans rire, et, pour qui y est sensible, hilarant.

Le format télévisuel s’est bien entendu parfaitement adapté à l’essor de ce nonsense. Et leur insularisme chevillé au corps leur a permis d’éviter les écueils du « faire comme » leurs cousins transatlantiques, au point de pervertir les formats, durées ou structures d’émissions a priori ultra-formatés. Sitcoms sans personnages récurrents, politiquement incorrect, saisons comprenant peu d’épisodes avec parfois des arrêts de plusieurs années, les anglais font ce qu’ils veulent, comme ils veulent. Et avec succès.

 

The fool on the (Benny) hill

L’humour anglais télévisuel doit beaucoup à deux ancêtres, qui bien qu’opposés sur le style humoristique n’en sont pas moins éminemment anglo-saxons et ont le mérite d’avoir été dans les premiers à dépoussiérer la vénérable institution qu’est la BBC. A cette fin des années 60, quand le rock avait obtenu à grand peine sa place sur les ondes et la télé était encore en pleine puberté honteuse, un premier larron, héritier de la veine de comédie slapstick, débarque devant les yeux ébahis de ses compatriotes pour faire rire le royaume pendant près de quarante ans, à base de personnages absurdes et de poursuites en accéléré rythmées au son de Yakety Sax, ritournelle devenue célèbre dans le monde entier. Benny Hill, fleuron des dimanches soir de FR3 puisque c’est de lui qu’il s’agit, a laissé une empreinte indélébile dans la comédie télévisuelle anglaise, laissant public aussi nombreux qu’attristé lors de sa mort.

 

It’s…

Les années 70 ont également vu apparaître une autre série anglaise a sketches, qui a durablement marqué le paysage humoristique. En effet, à cette époque, une bande de fous fait imploser le poste à base de l’humour le plus absurde jamais vu sur les ondes. Le cirque volant de Monty Python venait de faire son apparition, et 40 ans plus tard le monde du rire en subit encore l’onde de choc. Les tribulations de ces six sujets de sa Majesté et du yankee égaré, faites de comique de répétition, de violent nonsense et de loufoquerie érigée en religion ont réussi, tour de force incroyable, à changer pour toujours l’humour, avec un succès public incroyable qui ne s’est jamais démenti. Mélange d’éducation élitiste (John Cleese, mais surtout le docteur Graham Chapman ont fréquentée les guindées universités anglaises) et d’humour des classes populaires, le tout lié par les saynètes animées par Gilliam, l’autre Terry, le show, malgré sa courte durée de vie, a laissé une empreinte indélébile. Faites le test et clamez dans une assemblée :

« je viens porter une réclamation, vous m’avez vendu un perroquet mort »

Il y aura toujours une poignée de gens qui lèveront la tête, un grand sourire entendu sur les lèvres, faisant alors se dérouler dans leur tête un sketch si drôle qu’il fit même rire pendant la plus grosse blague de Graham Chapman, son propre enterrement.

A noter que les Python sont aussi impliqués dans les plus inqualifiables méfaits de l’humour anglais tells que la série Fawlty Towers, portée par l’insupportable et hystérique, donc formidable, John Cleese, sans parler de leur filmographie comprenant les cultissimes Sacré graal et La vie de Brian.

 

Rowan Atkinson’ le glas

Il fut célébré lors de la cérémonie d’ouverture des JO comme un morceau à part entière de la culture populaire britannique, au même titre que les Beatles ou la révolution industrielle. C’est dire si Mr Bean, créature ayant complètement phagocyté son créateur, Rowan Atkinson, a pris une place énorme dans l’imaginaire collectif. Ce n’est pourtant pas la seule œuvre qu’a légué l’homme à l’humour télévisuel du royaume. Il faut en effet ajouter la fameuse série Black Adder, qui revisite toute l’histoire Anglaise avec pour personnage central un gringalet aussi fourbe que pleutre.

 

Ab Fab four

Patsy et Edina ont toujours la flamme

Le problème d’avoir de si brillant précurseurs, couplés a une production anglophone surabondante de l’autre côté de l’océan, auraient pu rendre la tâche de la singularisation ardue. C’est sans compter sur le mauvais esprit dont savent si bien faire montre nos voisins. Et plutôt que de le gaspiller sur des broutilles, ils ont préféré l’investir a bon escient dans une production télévisuelle pour qui l’adjectif politiquement incorrect semble un peu étroit. D’ AbFab au sketches délirants de Little Britain en passant par les peu orthodoxes Eddie et Richie de Bottom, les personnages vulgaires, bêtes et méchants semblent devenus une spécialité de la TV britannique, souvent source d’originalité pour les scénaristes américains en mal d’inspiration. La première citée, narrant les aventures de deux quadras navrantes, égoïstes, superficielles et accro a des substances diverses, les célébrissimes Patsy et Edina, a été une rampe de lancement pour cette nouvelle race de comédie. Cernant avec une ironie mordante la vie plus ou moins mondaine de ces femmes accro à un monde superficiel où l’alcool coule à flot, le ton absolument irrévérencieux de cette série a détonné aussi bien qu’il a fait date.

 

Spaced cake

Les années 90/début 2000 verront un certain nombre de séries mêlant humour irrévérencieux et loufoquerie toute britannique. Citons par exemple Father Ted et sa cohorte d’ecclésiastiques pas très orthodoxes, ou encore Black books et son libraire irlandais irascible, alcoolique et suicidaire, dont le but dans la vie semble celui d’amener son commerce à la ruine en méprisant aussi scrupuleusement sont entourage que ses clients. Coupling , la série de Stephen Moffat s’inscrit également dans cette vague des séries irrévérencieuses et brillantes, avec sa bande de jeunes adultes avec de véritables préoccupations de leur temps.

A cette même époque va apparaître sur les ondes télévisées une série au ton décalé dont l’écriture, aussi bien scénaristique que visuelle, va piocher dans la culture populaire au sens large. Les personnages de spaced parlent certes avec un accent british à couper au couteau, mais leurs références tapent aussi bien dans le cinéma hollywoodien (De Star Wars à Spielberg en passant par les films de guerre), dans les comics que dans les jeux vidéos, la Playstation première du nom étant presque un personnage à part entière, préfigurant le boom de la culture geek. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que parmi l’équipe de créatifs on retrouve l’acteur scénariste et le réalisateur du cultissime Shaun of the Dead Simon Pegg, et Edward Wright (par ailleurs auteur d’un film dont on à peine parlé ici, Scott Pilgrim).

 

Rick Gervais, coulant que le petit suisse

Pour finir ce panorama sur les séries humoristiques trans-manchiennes il ne faut pas oublier The Office, la série qui a propulsé Ricky Gervais au plus haut, au grand dam des stars qu’il n’a pas hésité à égratigner lors de la cérémonie des Golden Globes. Mockumentaire (faux documentaire humoristique) sur la vie dans une petite entreprise de province britannique, la série égratigne aussi bien la petitesse d’un patron aussi bête qu’imbu de lui-même que les travers d’une équipe où l’ennui se dispute avec les petites mesquineries. Le jeu sidérant de justesse de Ricky Gervais, entouré d’un casting au diapason, rend ce show troublant de réalisme, au point de se trouver parfois mal à l’aise face aux réactions stupides de ce patron crétin. Reprise dans un format identique dans un certain nombre de pays (dont chez nous avec François Berléand en patron de PME miteuse), seule est à retenir l’américaine pour sa divergence assez rapide avec l’original grâce a un certain savoir faire yankee et surtout pour son acteur principal, Steve Carrell.

 
Le panorama ici présent n’est pas forcément exhaustif, et les oublis, faute à une mémoire défaillante et une subjectivité certaine, sont probablement nombreux. Mais ces quelques morceaux de l’histoire télévisuelle rigolarde au pays de la croix de Saint Georges illustrent finalement bien que chez nos amis brittons, l’humour est bien une histoire sérieuse.

Précédemment, dans la série Olympiades britanniques en séries