Concert : Placebo – Battle for the sun


Le mardi 5 novembre, j’ai filé au Zénith de Toulouse, fébrile, pour voir Placebo en concert. Ils sont un peu moins sous les feux de la rampes que certains de leurs confrères mais ont connu des déboires similaires. Addiction à tout un tas de substances & lassitude en tête. Placebo semblait fragilisé lors de la tournée de l’album Meds, en 2006 : leur belle complicité émoussée, la verve du chanteur perdue au milieu de sa désintox’, des sets légèrement mécaniques, toujours de qualité, mais sans réelle passion, et l’impression tenace que le trio montait sur scène comme on vient pointer au travail le matin.

On apprenait d’ailleurs dès la fin de cette tournée que Steve Hewitt, batteur du groupe, quittait le navire, après 11 ans de bons et loyaux services. Ce qui n’a pas vraiment étonné. Je m’étais alors souvenu que, quelques années auparavant, alors même que le groupe allait bien, que l’entente était bonne et l’envie présente, Steeve Hewitt avait lâché, lors d’une interview : « Placebo, c’est Brian & Stefan ». C’était vrai. En 2006, donc, selon les propres mots de Brian Molko – chanteur et figure emblématique de la formation – Placebo était devenu un groupe qui ne se parlait plus. Cet album, Meds, tant décrié par certains mais intéressant sur bien des points, était un opus oppressant, déprimant même. Le chanteur avait beau clamer à l’époque que cet album signait la fin de périodes très sombres – son addiction aux drogues dures en tête – et montrer que « tout allait bien », on sentait un malaise. Pas vraiment le spleen qui les a fait connaitre – textes noirs, contant des histoires d’amour déchues et de drogues à n’en plus finir – mais un réel problème dans cette mécanique si bien huilée : et si l’envie n’était plus là ?

Trois ans plus tard, le groupe finit par sortir de son silence et par la même occasion dévoile un nouvel album ; après avoir pris du repos, travaillé sur des projets personnels – dont l’excellent Hotel Persona auquel Stefan Olsdal a collaboré – recruté un nouveau batteur et changé – encore – de look capillaire. Brian Molko retrouve sa coupe longue des débuts, du temps où lui et Stefan cultivaient leur côté androgyne, apparaissaient sur scène attifés de robes, souvent alcoolisés et multipliaient les provocations en affichant effrontément leurs préférences sexuelles. Le temps des albums Placebo & Without you I’m nothing; ce second opus étant toujours considéré par bien des fans comme leur meilleur. La comparaison s’arrête là, la période Teenage angst est bel et bien terminée, et tant mieux, serais-je tentée de dire. Quitte à déplaire à ceux qui pensent que Placebo, c’était mieux avant, je répondrais qu’on ne peut rester éternellement coincés dans la frustration adolescente qu’éructait le groupe à l’époque, ni écrire éternellement sur soi-même. Depuis Black Market music, ils ont arrêté de se regarder systématiquement le nombril et on commencé à parler du monde qui les entoure, et de très belle manière qui plus est. Même si leur musique reste toujours très personnelle – et c’est ce qui plait – elle s’ouvre plus encore à l’extérieur avec l’album Sleeping with ghosts. Pour preuve le titre éponyme, vision d’apocalypse du monde actuel. Puis arrive Meds, où quasiment toutes les chansons parlent d’anesthésie, par la drogue, l’alcool, de dégoût de soi et d’histoires d’amour maladives… Non seulement les textes sont moins ambigus, moins oniriques, mais le malaise est tangible. Le groupe est malade.

 

Battle for the sun - 2009

Battle for the sun - 2009

Battle for the sun émerge donc à un moment très particulier. On sait que le groupe est reparti pour un tour mais on ne sait pas vraiment s’il va mieux. Sur le papier, de bonnes références. L’album a été arrangé par Alan Moulder, qui a travaillé pour My Bloody Valentine, Smashing Pumpkins et Nine Inch Nails.
Le disque est déroutant. Vivant, entrainant même. Tout l’inverse de Meds. Ça parle de vie, de lumière et de bataille contre l’obscurité.

 

Selon Brian Molko :

« [cet album n’est] pas du hard rock et ce n’est pas de la pop, c’est probablement de la « hard pop ». Je crois que nous avons fait un disque qui est presque le revers de Meds. Nous avons fait un album qui parle de choisir la vie, de choisir de vivre, de sortir de l’obscurité pour entrer dans la lumière. Pas nécessairement de tourner le dos à l’obscurité parce que c’est là, c’est essentiel, c’est une partie de ce que vous êtes, mais plus de choisir de rester dans la lumière du soleil plutôt. »

Soit. Un peu mystique comme description, mais on a l’habitude. J’écoute un peu l’album avant de me rendre au concert, mais pas trop. J’aime découvrir les morceaux dans leur énergie live, Placebo a toujours transcendé sa musique en concert de toute manière.

20H00. Une salle bondée, des jeunes, des moins jeunes, un public très mixte au final. Et pratiquement pas de gothiques-punkettes beuglant des « Briiiiaaaaan » à longueur de temps. Étonnant. Des écrans diffusent d’abord des courts-métrages, suivis d’un clip promotionnel pour une association contre l’esclavage moderne. Le Placebo nouveau est engagé. Puis un groupe australien, The Expatriate, ouvre le bal. Je n’ai pas été très attentive mais le son est sympa, quoiqu’un poil trop similaire à celui de Coldplay par moment. Problème : je n’aime pas Coldplay. Je prends donc mon mal en patience. C’est de toute manière l’essence même d’une première partie, on n’a rien contre elle mais ce n’est pas pour ça qu’on a acheté le billet. Le public est distrait, il discute, il boit, il jette un œil sur sa montre. On est anxieux, on se demande si le groupe s’est réveillé, s’il s’est rétabli. 21H00. Après une autre salve de court-métrages divertissants, les lumières s’éteignent enfin.

Brian Molko - © Photo www.viplive.tk

Un déferlement. Des images bombardées sur tout un tas d’écrans, un son rock qui vous envahit les oreilles, le sourire aux lèvres de Brian Molko ne trompe pas. On en a enfin la confirmation, Placebo est ranimé, les guitares lourdes rebranchées, l’envie revenue. Le set commence par quelques chansons de l’album, que je découvre délicieusement rock. Battle for the sun, For what it’s worth, Speak in tongues & Asthray heart dévoilent qu’en plus de savoir taper, le nouveau batteur du groupe donne de la voix. Steve Forrest apporte une énergie indéniable à l’ensemble. Il tape, encore et encore, il est communicatif, souriant, il a plaisir à être là. Comme par magie, la complicité entre Stefan Olsdal et Brian Molko réapparait, ils semblent galvanisés par la jeunesse de Steve Forrest (22 ans).

Puis les anciens titres arrivent, à foison, contrairement à la tournée de Meds où seulement quelques hits étaient distillés ça et là. Song to say goodbye, Special needs & Because I want you sont sublimées par le piano et par la violoniste Fiona Brice – qui s’est occupée des cordes pour l’enregistrement de Meds et de Battle for the sun – certes très discrète mais bien présente musicalement. Infra red, Meds, Every me, every you sont portées par une énergie très rock, qui emporte tout sur son passage. Puis une version sublime de Blind, piano et guitares profonds, avec un Brian Molko qui semble enfin croire à ce qu’il chante. Pourtant cette chanson m’avait laissée sceptique lors de la sortie de Meds. Sleeping with ghost, titre uniquement joué lors de la tournée de l’album éponyme, trouve une seconde vie, avec ce commentaire du chanteur : « Ce titre ne parle pas de vies antérieures mais des vies à venir.» Puis la balade Follow the cops back home, elle aussi plus belle, plus vivante que lors de la dernière tournée. Et le petit clin d’œil qui permet de savoir qu’on a retrouvé le Brian Molko des grands jours, celui qui modifie les paroles de ses chansons au gré de ses humeurs, au gré de ses réactions à l’actualité. « Suspended animation glue, blame it on Sarkozy » (« On s’enlise dans la léthargie, mettons ça sur le dos de Sarkozy ».

Steve Forrest - - © Photo www.viplive.tk

Retour aux chansons de Battle for the sun. Énergie punk pour The never-ending why et Devils in the details, qui jaillit, pleine de rage, Molko s’acharne sur sa guitare ; son electro pour Julien qui fait danser la foule… avant l’arrivée de The bitter end et Special K, qui font lever les derniers paresseux. La salle est debout, danse, chante, tape des mains, saute. Le concert aura duré deux heures et se termine par un Taste in men lui aussi remanié, qui réjouit les fans les plus âgés et calme un peu les plus jeunes dans la fosse (ils n’ont peut-être pas écouté l’album Black Market Music). La soirée se termine sur une standing ovation et un groupe souriant, saluant ensemble le public (ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps). Comme je suis une éternelle insatisfaite j’ai trouvé le public un peu long à se chauffer, mais on ne peut pas tout avoir…

Alors, certes, Placebo a encore du chemin à faire, cet album n’est pas le meilleur qu’ils nous livreront, mais c’est quand même celui qui leur a redonné la pêche et l’envie de jouer ensemble. Et qu’il est agréable de voir ces deux là souriants pour une fois !

Placebo – Battle for the sun
Sorti le 8 juin 2009
Dreambrother
Site officiel

Environ 15€

Comme toujours, vous pouvez trouver cet album chez votre disquaire préféré et vous pouvez écouter quelques titres sur le Myspace du groupe.
A noter que Placebo vient de gagner sa première récompense en 15 ans de carrière, le Best Alternative Act aux Europe Music Award.