Conseil d’orientation


En matière de télévision il y a plusieurs façons de se sentir soudainement bousculé, soulevé, voire même dans certains cas précis et typiquement liés à l’inattendu de la situation, bouleversé.

C’est ce qui m’est arrivé l’autre jour alors que je bullais devant la télé, prétextant être en pleine dépression ou frappée d’une indigestion, je ne sais plus, à côté d’un monticule de linge propre (ou qui l’avait été avant que les chats n’aillent y gérer quelques affaires professionnelles) que j’aurais pu plier en même temps si je n’avais pas été aussi absorbée par un téléfilm incroyable sur cette chaîne publique qui commence par un T et dont l’histoire se déroulait dans une sorte de colonie de vacances avec des adolescents agités – d’aucuns diront que c’est un pléonasme, et d’ailleurs j’ai entendu à ce propos qu’une étude avait été réalisée sur cette délicate période de la vie que nous choisissons pour la plupart de refouler prétendant n’avoir jamais vraiment été concernés mais j’y reviendrai une autre fois parce que je ne tiens pas à faire l’étalage de l’ensemble de mes connaissances tout de suite – où une monitrice/mère de famille, à dire vrai je n’ai pas exactement saisi qui elle était mais c’est dû aux complexités des dialogues et au fait que j’ai manqué le début, tentait de résoudre d’insolubles problèmes scénarisés à la truelle avec des adolescents embourbés dans des histoires d’amour congénérique et de haine parentale le tout sur un fond de ménage à trois plutôt troublant puisque jusqu’à la fin il était impossible de dire si la directrice de la colo allait choisir son ex dont elle était enceinte et qui lui offrait des fleurs ou son mec pas très leste ni malin mais qui au moins ne lui avait pas déjà donné toutes les raisons de rompre et de passer à autre chose. Ou les deux.

Allez savoir, c’était vraiment bien ficelé et bourré d’habiles retournements de situation qui faisaient qu’à un moment je devenais vraiment impatiente que la madame enceinte fasse un choix d’autant que pendant ce temps chez les ado ça y allait sévère entre les insultes et les fugues (un vol de bagnole caractérisé pour aller boire de l’alcool en guise de climax) et que la preuve était faite que les adultes responsables étaient tellement empêtrés dans leurs problèmes dont même Freud se serait lavé les mains, qu’ils étaient tout à fait incapable d’exercer leur rôle de surveillants, de conseillers et encore moins de protecteurs.

Bref, je ne sais plus très bien comment tout ça s’est terminé mais j’ai senti que mon âme s’était effritée quand juste après le générique j’ai entendu la voix d’une femme plutôt contente de m’annoncer que le téléfilm que je venais de suivre avec intérêt m’avait été proposé par je ne sais plus quelle marque de chorizo. C’était devenu impossible à nier, mon cerveau qui aurait pu servir la science – et j’entends bien sûr la servir avant ma mort – n’était plus qu’un agglomérat de niaiseries divertissantes détourné du but ultime de la vie que je ne connais pas vraiment mais que je suppose beau et vertueux, le contraire de ce que j’ai vu à ce moment-là, pantoise et avachie, l’image de mon cerveau en forme d’éponge. Une éponge avec des morceaux de saucisse dedans.

J’étais pile à l’endroit où la route se sépare en deux, à gauche un rangement radical passant par un complet et obligatoire remaniement de mon emploi du temps, la promesse d’une vie plus vertueuse au bout suivie de la mort et à droite la dépression devant l’inutilité de mon existence, l’affaissement de mon âme, des paquets de chips, et aussi la mort.

C’est à ce moment-là que sur ma télé s’est affiché un message sur fond violet « Nous n’avons détecté aucune activité depuis plus de 2 heures et l’extinction automatique de votre téléviseur est programmée pour dans 2 minutes : OUI – NON ».

C’était un téléfilm en deux parties.


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