Django unchained : le nouveau Quentin déchainé


Depuis trois ans déjà, je trépignais d’impatience de voir ce que pouvait bien nous pondre le réalisateur du très couillu/punchy/explosif Inglorious basterds… Après le film de guerre, le film noir, les films d’exploitation en tout genre, les multiples clins d’œil et j’en passe, c’est donc au western spaghetti que l’ami Quentin Tarantino a décidé de rendre pleinement hommage avec Django unchained, et quel hommage !

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L’histoire sans spoilers ? En 1858, un esclave (Django) est racheté par un ex-dentiste reconverti en chasseur de prime (Dr Schultz) qui va en retour le former et l’aider à retrouver sa femme (Broomhilda) vendue à un propriétaire de plantation (Calvin Candie). Jusqu’ici, une histoire classique du genre, donc. Mais comme vous vous en doutez, vu que c’est Tarantino aux fourneaux, la recette de ce western là sera plus… comment dire… épicée !

django brünhildPrenez tout d’abord des dialogues typiquement « tarantinesques», c’est-à-dire pleins d’humour, de digressions parfois absurdes ou inutiles en apparence mais qui font passer un vrai message.
Ici, c’est tout le passé esclavagiste de l’Amérique qui est rappelé, avec tous les clichés d’opinions de l’époque. Bizarrement, le seul à ne pas être de cette mouvance est le personnage, européen, du Dr Schultz, et chez Tarantino, ce n’est pas neutre…

Django Unchained est tellement un aboutissement dans la filmographie de QT qu’apparemment il a mis toute la presse d’accord. On est forcé de constater que tous ses films précédents ne sont que des étapes qui mènent au sublime de ce nouveau film. Il y a dans Django Unchained toute la coolitude, la violence, l’humour, la construction (bien plus linéaire donc plus mûre), les invités, la musique vintage de ses films précédents mais en plus cette fois ci, il y a ajouté un propos politique et historique qui donne de la profondeur à l’ensemble. Que l’on aime ou pas, on ne peut pas lui retirer que le grand gamin qu’il est est parvenu à un nouveau stade dans son genre.

Rajoutez des acteurs au top : un Jamie Foxx bien convaincant et stylé comme tout héros de western, un Christoph Waltz encore une fois impeccable et attachant dans le rôle d’un chasseur de prime, qui au départ ne libère Django que par intérêt avant qu’un autre lien ne s’instaure entre eux, un Leonardo Di Caprio qui campe un Calvin Candie qui cabotine un brin mais reste néanmoins crédible, un Samuel L. Jackson (fidèle des fidèles des films de Tarantino) qui bien qu’ayant un rôle secondaire et peu présent se remarque et se démarque. Kerry Washington apporte juste assez de ce mélange de force et de fragilité gracieuse nécessaire à la damoiselle en détresse pour ne pas être une potiche et pour finir, il y a l’indispensable acteur jugé « has been » mais qui dans un film de l’ami Quentin fait monter son degré de coolitude, j’ai nommé Don Johnson (Deux flics à Miami ça vous dit quelque chose ?) qui incarne un propriétaire terrien sudiste aux allures de Buffalo Bill.

django quatuorMais Tarantino ne serait pas Tarantino s’il n’invitait pas tous ses potes à faire une apparition, sans oublier bien sûr des invités prestigieux qui sont autant de clins d’œil au cinéma qu’il aime. Les citer tous ici serait un peu trop long mais relevons tout de même la présence de Jonah Hill, de Michael et James Parks, de Zoe Bell, de Tom Savini, de Russ et Amber Tamblyn et surtout du Django originel Franco Nero.

Oui, Quentin Tarantino est un artisan du cinéma à sa façon. Il n’a cessé durant toute sa filmographie de rendre hommage à des genres cinématographiques tombés en désuétude, leur donnant une modernité tout en respectant les codes visuels et scénaristiques qui leur sont propres. Tous ces films des années 50-60-70 ont imprégné sa façon de faire du cinéma, avec une tendresse, une connaissance aiguë du genre qu’il met en scène et un plaisir palpable à chacun de ses films…

Dès ses débuts, QT a été le roi du cinéma ultra-référencé qui rend hommage à un ou plusieurs genres cinématographique. Son cinéma est devenu un genre en soi, copié et recopié par d’autres, mais il est le premier qui a ouvertement assumé son passé de cinéphile marginal, qui a digéré tout un pan de la culture du cinéma B ou Z et nous la sert accommodée à sa façon. Ici il a mêlé les références cinématographiques à la légende folklorique germanique de Siegfried et Brünhild, faisant ainsi du personnage de Candie un dragon méphistophélique.

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Dans Django Unchained on retrouve toute la puissance des décors naturels de John Ford, le charme du cinéma de Raoul Walsh, la violence graphique d’un Sam Peckinpah, la crasse classe et la mise en scène d’un Sergio Leone et la sauvagerie inventive d’un Sergio Corbucci. Que de demander de plus quand on verse dans le western ?

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Saupoudrez de violence, d’hémoglobine et d’explosions en tout genre et ajouter un dernier quart d’heure des plus jouissifs comme cerise sur le gâteau. Pour finir, enrobez tout cela d’une bande originale allant d’Ennio Morricone à Tupac en passant par James Brown, Luis Bacalov, RZA et John Legend et vous obtiendrez la quintessence de ce qui fait un Tarantino dans la plus pure tradition…

Et tant qu’il prendra ce plaisir à nous en mettre plein la vue et les oreilles comme il l’a fait avec Django unchained, nous, nous ne bouderons pas le nôtre.