Le documentary pas d’éloges


En temps normal, je rechigne à parler musique. Un peu complexé par mon amateurisme en la matière, hormis en de rares occasions, je ne m’aventure pas trop en territoire mélomane. Mais parfois quand le cinéma se penche sur la question est que la qualité est au rendez-vous, ne rien dire est criminel.

Six mètres derrière

20 feet from stardom affLe premier documentaire dont je voulais parler est 20 Feet from Stardom de Morgan Neville. On y apprend à connaître certaines des voix les plus connues de la chanson mondiale, des voix célèbres mais des noms souvent inconnus.

Que seraient certains des morceaux du hit parade sans les voix des choristes pour les sublimer ? Combien de fois se retrouve-t’on à reprendre les chœurs d’une chanson plutôt que les couplets du chanteur principal ? C’est le point de départ de ce documentaire qui se fait fort de mettre enfin sur le devant de la scène certaines des choristes les plus marquantes de la musique anglo-saxonne des cinquante dernières années.

Leurs noms nous sont le plus souvent hermétique mais des Rolling Stones à Sting en passant par Ray Charles, Stevie Wonder, Tina Turner, David Bowie, Michael Jackson ou Bruce Springsteen, elles ont contribué aux chansons les plus connues de tous les temps. Certaines se sont essayées à une carrière solo mais quasiment toutes, malgré un talent indéniable, sont restées dans l’ombre, restant les satellites d’étoiles géantes de la variété internationale.

20 feet mixteTous les intervenants du documentaire s’accordent à dire que certaines et certains ont des voix et des talents qui pourraient éclipser les plus grands noms de la musique. On passe son temps à se demander comment de telles voix sont restées dans l’ombre et à s’extasier devant l’éventail de morceaux qui seraient tout autres sans elles.

En plus de rendre hommage à toutes ces chanteuses et chanteurs, on peut y voir une véritable réflexion sur le phénomène de la starification, sur la cruauté de l’industrie de la musique et sur la notion de destin. Comme tous les documentaires, il est passé un peu inaperçu lors de sa sortie en fin d’année dernière mais après un Oscar du meilleur documentaire, il est maintenant temps de profiter de sa sortie en DVD, Blu-ray et autres plateformes de téléchargement et streaming, pour le découvrir ou le redécouvrir.

 

Une godasse voyage au cœur des influences de la musique rock

sonic font

Le documentaire musical suivant que je souhaitais évoquer est en fait une série documentaire de huit épisodes de 50 minutes chacun. Après Sound City l’an dernier, dans lequel Dave Grohl documentait un studio mythique de Los Angeles, l’idée a fait un peu de chemin et Foo Fighters : Sonic Highways dont chaque épisode est réalisé par le leader et fondateur du groupe lui-même a la particularité d’accompagner la sortie du nouvel album éponyme des Foo Fighters.

Avec vingt ans d’existence, je ne vais faire l’affront à personne en essayant de présenter les Foo Fighters si ce n’est en rappelant qu’avec des hauts et des bas, ils font partie de ces groupes emblématiques des années 90 et 2000. Le concept de la série documentaire produite et diffusée sur HBO est que le groupe enregistre un morceau dans huit villes des États-Unis connues pour l’importance de leurs scènes musicales. Dave Grohl et ses quatre acolytes enregistrent donc à Chicago, Washington D.C., Nashville, Austin, Los Angeles, Seattle, New York et la Nouvelle Orléans.

sonic leitmotPour être franc avec vous, le nouvel album du groupe me passe un peu au dessus la tête. De ce que j’ai pu entendre, j’ai l’impression que le fait qu’un seul producteur ait travaillé sur tous les morceaux de l’album a eu pour résultat d’effacer un peu la sonorité et l’identité propre qu’aurait dû normalement apporter chaque ville. Le producteur en question est tout de même Butch Vig, ancien de Garbage qui avait déjà produit le précédent album des Foo Fighters et surtout LE Nevermind de Nirvana. Après, vous me direz qu’un album de rock qui garde une même sonorité tout du long est le signe d’un groupe qui a une identité musicale forte, qui a son propre son. Mais pour un album qui est sensé s’imprégner de l’histoire et de la musique de huit différentes villes, une telle uniformité donne la sensation de passer un peu à coté de l’opportunité.

Les différents épisodes suivent une même structure, ils commencent par une citation, Dave Grohl fait quelques interviews, le groupe s’installe dans un studio mythique, ils commencent à répéter, ils rencontrent quelques légendes locales, s’extasient devant les empreintes qu’ont laissé leurs illustres prédécesseurs et ils finissent par jouer un morceau avec des paroles qui s’inspirent des interviews et qui apparaissent en incrustation pendant qu’ils jouent.

Ce qui est vraiment intéressant dans chaque épisode c’est le pèlerinage aux sources de Dave Grohl, de ce qui fait sa musique. Tel un fanboy lambda (un peu privilégié quand même), il nous fait rencontrer à la fois des membres de sa vraie famille et des membres de sa famille musicale, qui sont autant d’apôtres et parfois des prophètes de la religion rock’n’roll.

La rencontre avec les légendes locales de la musique, entre blues, punk, rock, country, grunge, jazz et folk est fascinante et passionnante. Entre propriétaires de studio d’enregistrement, musiciens, activistes et connaisseurs avertis, le name dropping est vertigineux et surtout représentatif de l’histoire et de la culture des États-Unis des 50 dernières années.

Certains épisodes sont un peu moins inspirés et frôlent la subjectivité. Je pense en particulier à l’épisode de Los Angeles qui ne me semblent pas vraiment capturer l’essence de la ville, entre autre parce que le groupe choisit d’enregistrer dans le désert californien plutôt que dans la ville elle-même. Le fait que Dave Grohl ait déjà réalisé Sound City auparavant doit contribuer à la volonté de non-redondance, j’en conviens.
Et à coté de ça, d’autres épisodes comme ceux de Washington D.C. et surtout de la Nouvelle-Orléans vous donnent des frissons et vous font monter les larmes aux yeux, tant l’histoire musicale est intrinsèquement liée à l’histoire de la ville. Pendant l’épisode en Louisiane on pense forcément à l’excellente série Treme qui aborde des thématiques identiques avec bien plus de brio et de profondeur.

Si je reste un peu mitigé sur l’album final qui découle de cette démarche, je suis on ne plus enthousiaste sur la série documentaire qui rend hommage vibrant à la musique et à ceux qui l’ont fait et la font encore. Chaque épisode est un bonheur à regarder. Avec un respect infini, Dave Grohl discute avec tout ce beau monde et au passage il nous offre un voyage finalement très personnel, intime même, une plongée aux sources de son identité musicale. C’est émouvant, très prenant et on se prend à attendre l’épisode suivant avec plus d’impatience qu’un alcoolique devant un bar fermé ou un musicien devant une guitare mal accordée. Entre histoire, héritage, passation de témoin et rencontres humaines et musicales, on sent que Dave Grohl et le reste des membres du groupe passent d’excellents moments et leur joie est communicative. Que vous soyez fan ou pas des Foo Fighters, cette série documentaire est indispensable, ne passez pas à coté.

Que ce soit 20 Feet from Stardom ou Sonic Highways, les deux sont garantis avec chair de poule et frissons. Comme disait Jean-Jacques « Quand la musique est bonne »…

 
Sonic chills20 Feet from Stardom de Morgan Neville
Sortie ciné le 4 Décembre 2013 et en DVD le 14 Mai 2014.
 

Foo Fighters Sonic Highways de Dave Grohl
En cours de diffusion sur HBO depuis 17 Octobre 2014.

 


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