Une nuit en Enfer, le culte du bon goût

Par une chaude après-midi de juin il y a dix-neuf ans, en pleine fête du Cinéma, le jeune amateur de cinéma était aux anges, il allait découvrir le nouveau film de Robert Rodriguez, Une nuit en Enfer. Avec encore en mémoire les souvenirs extatiques et humides de Desperado et après avoir vu les bandes annonces, l’adolescent que j’étais aurait volontiers signé avec son sang pour pouvoir visionner ce film. Et Arte a le bon goût de diffuser cet excellent film ce lundi soir pour fêter son dix-neuvième anniversaire presque jour pour jour.

 

 

Une nuit en Enfer (From Dusk till Dawn en VO), c’est un film qui commence comme un polar, devient un thriller et finit par être un film fantastique de vampires des plus grand-guignolesques. L’histoire est celle des frères Gecko, deux saligauds qui, pendant leur cavale, prennent en otage la famille d’un pasteur en pleine crise de foi. Ils atterrissent dans un bar routier à la frontière mexicaine et c’est là que les choses sérieuses commencent.

Des dialogues percutants, des acteurs cool, une bande son géniale, de l’action, du gore, du sexy et beaucoup d’humour, en somme un film culte presque instantané.

Comme le disait Charles, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre. Un temps où George Clooney était quasiment un inconnu, un mec que certains connaissaient comme le Docteur Doug Ross, un temps où pour nous vendre du café on faisait appel à de faux colombiens qui nous disaient « il est bon ton café, gringo ! ». Et dans ce film avec un même accent latino on dit à un futur vendeur de café « il est bon ton sang, gringo! ».

Parce qu’Une nuit en Enfer, après coup, est devenu une pierre angulaire de ma cinéphilie. Le film est la deuxième collaboration entre le déjà culte à l’époque Quentin Tarantino et Robert Rodriguez, tout les deux fans absolu de cinéma B. Ils ont créé un film à la hauteur de leur passion. Une sorte de projet Grindhouse avant l’heure avec déjà Michael Parks, Danny Trejo et Tom Savini. Acteurs qu’on retrouvera quelques années plus tard dans Boulevard de la Mort, Planète Terreur ou Machete.

Rétrospectivement, on découvre petit à petit, en se forgeant sa culture cinéma, toutes les petites références, tous les petits clin d’œil au cinéma de genre, des films de zombies, de vampires, la blaxploitation, etc. Tant et si bien qu’on fini par adorer encore plus le film.

A sa sortie, Une nuit en Enfer, c’était du fun et du bonheur. Presque vingt ans après ça l’est toujours mais on peut y ajouter une meilleure compréhension du sous-texte du film. Ces deux frères pourris jusqu’à la moelle qui s’en prennent à une famille qui lutte avec ses propres problèmes, et débarquent dans le septième cercle de l’Enfer, nous démontre que tout est relatif. Quand les deux frères cessent d’être des anti-héros pour devenir les protecteurs de la famille, et que cette même famille exorcise littéralement ses démons en les tuant.

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Une nuit en Enfer c’est aussi une porte d’entrée excellente dans l’histoire du Cinéma de genre, mais pas que. Le film est une version moderne avec des vampires de l’Assaut (Assault on Precinct 13) de John Carpenter, qui était lui-même une version contemporaine du Rio Bravo de Howard Hawks. Howard Hawks qui est à l’origine d’un autre film culte, Scarface. Film surtout connu grâce à sa version des années 80 écrite par Oliver Stone. Réalisateur qui deux ans avant Une nuit en Enfer sortit Tueurs Nés avec une certaine Juliette Lewis, et dont le scénario avait été écrit par un certain Quentin Tarantino. La boucle est bouclée et les fanboys sont comblés.

Le film a donné depuis deux suites inavouables et une série qui doit encore faire ses preuves, mais il a surtout donné l’excellent documentaire Full Tilt Boogie. Le docu est un véritable pamphlet sur le cinéma indépendant et sur le pouvoir des syndicats dans l’industrie Hollywoodienne, donc lui aussi hautement recommandable.

Ne ratez pas ce lundi la diffusion d’Une nuit en Enfer sur Arte, pour voir, revoir, et apprécier un bon film. Et pour gagner en coolitude.

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Et n’oubliez pas que notre bonne cité bordelaise abrite un Titi Twister pour pouvoir débriefer le film autour d’une bonne bière.