Encore des nouilles Monsieur Desproges ?


Comme vous le savez déjà, chez Mandorine, nous sommes amateurs de bons mots, mais tout autant de bonne bouffe. Aujourd’hui, les chroniques culinaires de Pierre Desproges passent entre nos mains, autant vous dire qu’il y a de quoi se délecter, intellectuellement ET gustativement !

« Les femmes et le bordeaux, je crois que ce sont les deux seules raisons de survivre. »

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore ce maître de l’humour, voici un bref rappel biographique. Né en 1939, c’est vers trente ans que Pierre Desproges entame sa première carrière de journaliste à L’Aurore, où il affûte sa plume dans La rubrique des chats écrasés. Par la suite, il passe aux chroniques radio, sur France Inter (dont la plus connue restera Chronique de la haine ordinaire), puis à la télévision dans l’émission Le petit rapporteur avec ses interviews décalée (dont on retiendra celle de Françoise Sagan), Le tribunal des flagrants délires ou bien La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, entre autres, où il exerce son sens de l’absurde et son humour corrosif. En parallèle de toutes ces casquettes, il monte également sur scène, que ce soit en solo, en première partie des concerts de Dalida, ou en duo avec Thierry Le Luron.

Malheureusement, un cancer l’emporte en 1988, laissant derrière lui l’image d’un amoureux des mots à l’humour grinçant ; à qui des thématiques délicates telles que la religion, le racisme ou l’antisémitisme ne faisaient pas peur. Bref, une bonne dose de poil à gratter dans la bienséance du paysage humoristique français.

Vous connaitrez enfin la réelle signification de la phrase
« On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ».

« Entre une mauvaise cuisinière et une empoisonneuse, il n’y a qu’une différence d’intention. »

Saviez-vous également que de septembre 1984 à novembre 1985, Pierre Desproges a collaboré à la revue Cuisine et vins de France pour une chronique mensuelle qui s’appelait  » Encore des nouilles  » ? Sous ce titre un brin provocateur (rappellons que c’est à la base une revue de bons vivants, destinée à un public plutôt aisé, donc pas exactement le public-cible habituel de monsieur Desproges ) se cache une célébration des plaisirs de la table.

L’aventure aura duré à peine plus d’un an, mais la maison d’édition Les Echappés, appartenant à Charlie Hebdo, a eu l’ idée de réunir ces textes dans un recueil presque trente ans plus tard. Dix-huit chroniques culinaires, autant de prétextes à des histoires qui nous font découvrir un homme pour lequel on plaisante pas avec la nourriture, mais surtout avec le vin.

En atteste la chronique L’aquaphile, dans laquelle il décrit de manière très lyrique, et avec moult éloges, une femme, avec laquelle il a rendez-vous dans un restaurant. A cette occasion, il commande une bouteille d’un grand cru pour achever le tableau de cette soirée qui s’annonce parfaite. La chute de cette chronique montre à elle seule que pour lui, le vin est une affaire sérieuse :

« Cette conne a mis de l’eau dedans. Je ne l’ai plus jamais aimée. »

Desproges

Si vous êtes déjà amateurs d’humour desprogien, peut-être déplorerez-vous un manque de nouveauté, voire d’attrait dans ces textes qui n’apportent aucun éclairage nouveau sur son auteur. Connaisseurs ou non, vous aurez peu de risques d’être déçus, car son sens de la description et de la formule bien tournée font toujours mouche des années plus tard. Que ce soient des souvenirs gustatifs (liés par exemple à une tournée de dix jours au Québec, un voyage raté à Ibiza ou bien la vision d’un panneau publicitaire), des diatribes enflammées contre les buveurs d’eau, la fadeur de l’asperge et l’incohérence des Fables de Jean de la Fontaine, ou bien la supposée histoire de l’invention du pain pour saucer les plats, chacune de ces chroniques est prétexte à une anecdote qui parfois peut confiner au nonsense le plus absolu, mais que nous terminons tel un bon repas, repus et ravis.

Si vous n’êtes pas rebuté(e)s par les phrases à rallonges – dans lesquelles il excellait –, prenez-vous à lire à haute voix une des chroniques (testé et approuvé par votre rédactrice ici présente) pour être convaincu(e) de leur efficacité redoutable.

Encore des nouilles - Pierre DesprogesPour finir, il m’est important de préciser que le livre est enrichi de citations culinaires de l’auteur formulées hors des colonnes de Encore des nouilles, ainsi que de dessins d’auteurs « Made in Charlie Hebdo » créés pour l’occasion par Cabu, Catherine, Charb, Luz, Riss, Tignous et Wolinski. Une manière de rendre hommage en images à l’un des maîtres de l’humour noir que peu d’humoristes peuvent se targuer d’égaler aujourd’hui.

 
 
Encore des nouilles de Pierre Desproges
Éditions Les Echappés,
14,90€