Et tous mes amis seront des inconnus de Larry McMurtry


Épisode no18 de la série Littérature US

Le nom de Larry McMurtry ne vous dit peut-être rien, mais il s’agit d’un auteur très populaire aux États-Unis. Avec six romans adaptés à l’écran, dont La dernière séance et Tendres passions, un prix Pulitzer en 1986 pour Lonesome Dove et un Oscar pour le scénario du Secret de Brokeback Moutain, l’auteur texan est ce que l’on peut appeler une valeur sûre. Son roman Et tous mes amis seront des inconnus – dont le titre est inspiré d’une vieille chanson country –, récemment réédité chez Gallmeister, nous emmène en road-trip du Texas à la Californie, en passant par la frontière mexicaine.

Had to Get Out of Texas

Danny Deck, étudiant texan, est également écrivain. Quand il apprend que son roman va être publié, Danny s’empresse d’entasser quelques affaires dans sa vieille Chevrolet. Direction : la Californie. Laissant dernière lui de fidèles amis, c’est avec un brin de nostalgie qu’il prend la route avec Sally, sa jeune compagne épousée sur un coup de tête, qui s’ennuie déjà de lui et dont la seule attente semble être celle de fonder une famille. Malheureusement pour lui, l’ex de Sally est également du voyage, pendant de longs miles, et bien décidé à séduire Sally à nouveau. Quelques péripéties, une crue subite en plein désert et un car rempli de mexicains le feront cependant changer d’avis, laissant Danny et Sally à leur mariage silencieux.

Incorrigible rêveur, un peu paresseux et prompt au laisser-aller ainsi qu’à la déprime, Danny traine, beaucoup, à San Francisco. Raisons invoquées : le climat qui ne lui convient pas, il fait trop froid, le matin est brumeux et ne l’incite pas à écrire de bonne heure, la magie des beatniks a disparu depuis longtemps ; alors il traine. Il lit le roman-fleuve de son voisin, quand il ne joue pas au ping-pong avec lui, ou ne passe pas des heures à regarder des navets dans le cinéma de son quartier. Dépité par San Francisco, il finit par y laisser Sally et partir vers Hollywood, où un producteur lui a demandé d’adapter – enfin, de réécrire complètement – son roman en scénario pour le cinéma.

Lost in Translation

La galerie de personnages que Danny rencontre durant son road-trip à travers les États-Unis est foutraque et réjouissante. Hippies généreux avec les champignons hallucinogènes, petite-amie-artiste un peu psychorigide, oncle sans âge vivant dans un ranch reculé et persuadé du retour prochain d’Emiliano Zapata (!), rangers violents, homophobes et abhorrant les hippies, pompiste-écrivain aimant dicter sa sagesse à qui voudra bien l’entendre… Un bel aperçu de l’Amérique de la fin des 60’s, entre conservatisme texan et prémices de la libération sexuelle californienne, en passant par une frontière mexicaine déroutante et quelque peu inquiétante, refuge de hors-la-loi en tous genres et de prostituées désabusées.

Au milieu de tout ce petit monde, Danny peine à se situer. Est-il réellement cet écrivain hippie aux cheveux trop longs et aux mœurs légères ? Un étudiant texan rêvant de grands espaces et de trouver le véritable amour ? Car c’est un des soucis majeurs de Danny : son cœur d’artichaut bât trop souvent, parfois pour plusieurs femmes en même temps, quitte à ne pas démêler désir et sentiments. Malléable à souhait, il s’imprègne des avis, critiques, et conseils de ceux qu’il rencontre, et passe sa vie à se demander qui il est vraiment. Et à vouloir trop se définir, Danny finit par s’y perdre.
Notons, comme toujours, l’édition impeccable proposée par Gallmeister – et l’excellente nouvelle traduction de l’ouvrage pour l’occasion de cette réédition –. Sachez également que ce roman est cité par Tarantino himself comme l’un de ceux l’ayant le plus influencés.

Si comme moi, vous avez un goût immodéré pour la littérature US, les road-trips, les personnages marginaux et l’ambiance si particulière des années 60, ce livre est fait pour vous.
Vous découvrirez un roman poétique, amusant, avec quelques touches de western et de questionnement existentiel. Un must-read.
Et tous mes amis seront des inconnusEt tous mes amis seront des inconnus de Larry McMurtry

(All my friends are going to be strangers, titre original)
Traduit de l’américain par Laura Derajinski (2013)

Éditions Gallmeister
Collection Americana, février 2013
330 pages, 23,70 €

Précédemment, dans la série Littérature US