Concours de nouvelles Animasia 2009 – Prix Spécial : Little Boy
Pour la 5e édition du festival Animasia, qui s’est déroulé du 2 au 5 avril 2009 à Pessac, nous avons organisé un concours de nouvelles sur le thème : Voyage au centre de l’Asie.
Félicitations à Sandra Chery qui a remporté le Prix Spécial avec sa nouvelle Little Boy.
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Il est deux heures, Hiroshima sommeille. Dans la chambre d’hôtel, Yoko tente de s’étirer vainement tandis que les bruits en provenance de l’extérieur s’éteignent petit à petit. Il est toujours là, étalé sur elle de tout son long. Il ne semble pas avoir envie de partir. Pas tout de suite. La faible lumière de la nuit se reflète à l’intérieur de la chambre. Quelques divers vêtements jonchent le sol, une bouteille de shôchû orne la table basse… A moitié pleine – ou à moitié vide selon Yoko, deux verres renversés l’un à coté de l’autre sur le tapis. Ces indices témoignent du début de soirée qu’elle a passée. Qu’elle passe tous les soirs.
De quelle origine était-il celui-là ? Anglais ? Non, elle avait pris l’habitude d’entendre cet accent si prononcé, ce n’était pas le même. Français ? Allemand ? Elle n’en savait rien. Ni des motivations du jeune homme pour venir séjourner au Japon. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’il pouvait aisément se débrouiller en Japonais, assez pour lui demander ses services à la fin d’un dîner. Il était blond, grand, la vingtaine ? Elle se dirait presque plus vieille que lui. Mais il semblait être expérimenté. Enfin, cela ne veut sûrement rien dire dans son pays. Il était cependant doux. Elle n’avait pas eu cette … Joie, depuis un moment. En ce temps de guerre, les hommes sont brusques. Impatients. Et cherchent dans les plaisirs de la chair, une sorte d’échappatoire à l’ambiance qui règne en ville. Ses services étaient en effet plus demandés ces derniers temps. Mais elle tenait à garder un service de qualité, à défaut d’enchaîner les prétendants comme le font d’autres femmes. Elle aimait sympathiser avec sa clientèle. Certains revenaient même la voir lors de leurs prochains voyages en ville. Les visages se différenciaient ces derniers temps.
Il esquissa un vif mouvement du bras droit. Son sommeil avait l’air agité. Elle le comprenait. C’est peut-être pour cette raison qu’elle ne dort plus vraiment lorsqu’elle est en service. Elle se doit d’être douce. De répondre aux attentes de son client. De porter un masque. Pas de garder sa mine déconfite comme lorsqu’elle se réveille après un mauvais rêve. Un rêve de son enfance.
Il est sept heures, Hiroshima s’éveille. La faible lumière du jour entre dans la pièce à travers la fenêtre. Elle se faufile entre les stores pour baigner de sa chaleur le moindre recoin, le moindre meuble de la chambre. Yoko reste allongée sur le lit, le visage tourné vers l’extérieur, feignant de dormir. Elle l’entend se lever, assez péniblement ; et entamer la recherche de ses vêtements. Qu’il est lent. Elle commençait à bien l’apprécier mais cette interminable attente la stresse. Elle entend chaque bruit, étudie chaque mouvement, et tente de s’imaginer le chemin qu’il parcourt dans son dos. Le bruit sourd contre la table basse la fait frémir. Il vient de déposer l’argent qu’il lui doit. Elle espère dorénavant qu’il s’en aille. Et qu’elle puisse enfin aller dormir. Lentement, les pas se rapprochent. Il se baisse vers son visage et dépose un simple baiser sur son front. Les joues de la jeune femme se teintent de rouge et il quitte la pièce en fermant lentement la porte.
C’est à ce moment précis, à sept heures et neuf minutes selon l’horloge, que l’alarme aérienne retentit dans les rues de la ville. Le cœur de Yoko bat légèrement plus vite. Mais elle ne se soucie que très peu de ce bruit, elle a l’habitude de l’entendre. Elle va lentement vers la salle d’eau de la chambre pour en finir avec cette nuit.
Il est huit heures, Hiroshima s’émerveille. L’alerte aérienne a été levée. Les enfants sont de retour dans les rues. Ils jouent. Certains vont étudier, cela se voit sur leurs visages. Yoko s’est rhabillée, se trouve même être très élégante. Les rues de la ville au petit matin lui sont familières. Elle rentre se coucher à l’heure où les passants vont travailler. Elle reconnaît différentes têtes, elle a pris l’habitude de les voir en rentrant. Beaucoup de passant la saluent, principalement des hommes. Les femmes la regardent plus avec une certaine méfiance dans le regard. Pourtant, rares sont les fois où elle a accepté de vendre ses services à des hommes mariés.
Yoko continue de déambuler le long des pousse-pousse. Elle se penche lentement vers une fleur des champs poussant sur le bas coté, juste devant la porte d’entrée de l’hôpital de Shima. Un bruit sourd fend l’air.
Il est huit heures et seize minutes, Hiroshima sommeille.
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P’tite nouvelle très sympa aussi, décidément vous aviez décidé de pas y aller sur des sujets frivoles ;)
Rattacher le quotidien à l’horreur des faits…nouvelle très touchante.