Evil Heart


C’est une série complète en quatre volumes.

Résumé : Suite à un ter­rible drame fa­mi­lial, Umeo et sa sœur aînée Ma­chi­ko, tous deux étu­diants, vivent seuls. Élève ba­gar­reur, Umeo est assez mal dans sa peau. Un jour, il tombe sur un en­traî­ne­ment d’aïkido. Fas­ci­né, il ima­gine que cet art mar­tial ja­po­nais pour­rait le rendre plus fort que tout le monde ! L’aïkido l’in­vi­te­ra à ca­na­li­ser sa co­lère mais pour­ra-il le sor­tir de la spi­rale de la vio­lence, apai­ser son es­prit et trou­ver sa voie ?

Pour commencer je vais citer la phrase d’introduction de Jonathan, parce qu’elle colle parfaitement à ce manga aussi.  « [Evil heart] n’est pas un manga tendre, au contraire, il est classé seinen, manga pour adulte. Et ça se comprend. »

Ça se comprend, mais pas au premier abord.

Comme vous pouvez le constater sur les couvertures, le dessin est assez doux, plein d’arrondis et à part quelques regards durs, rien ne laisse penser que tout cela mérite une classification seinen. En commençant à lire cette mini série, j’avoue que je pensais me distraire avec une énième histoire de gamin chétif qui se met aux arts martiaux et se découvre un talent qui le place d’emblée au dessus du lot… Que nenni !!  Je me suis pris cette série en plein dans les tripes, en écrivant cette chronique je ressens encore toute l’émotion et l’intensité qui se dégage de ces quatre volumes.

On découvre assez vite que cette classification seinen n’est pas du vent.  Point d’hémoglobine, pas de tripes à l’air, pas de sexe mais une violence d’une intensité rare et une émotion pleine de pudeur, donc jamais larmoyante, mais digne d’une tragédie grecque. La violence est physique au départ mais c’est surtout  le réalisme de la violence psychologique qui  impressionne. Cette violence est celle qu’on peut voir tout les jours autour de nous, celle dont on entend parler, celle que souvent l’on tait mais qui détruit des vies et des familles jour après jour.

Les personnages d’Umeo et de Daniel, son maître d’aïkido, incarnent les deux faces de la violence, la non contenue et la maîtrisée. La sœur, elle même, souffre de voir son frère s’autodétruire et devenir petit à petit l’image d’une violence qu’elle ne connait que trop bien. Tous les personnages sont d’une façon ou d’une autre confrontés à la violence, comme dans la vie…

Last Night A « Gaijin » Save My Life

L’aïkido, que j’ai moi même longtemps pratiqué, est un des points qui m’ont amenés à lire ce manga. L’art martial n’est ici qu’un prétexte pour raconter ce véritable drame et je dois dire qu’il est utilisé à la perfection. L’auteur a totalement saisi toute la philosophie, toutes les implications que la pratique de cette discipline apportent dans la vie de l’aïkidoka, quel que soit son niveau. Pour que les choses soient plus claires, je vais essayer de définir un peu ce qu’est l’aïkido,

Art martial japonais né au 20e siècle mais basé sur des techniques de combats héritées des samouraïs. Aïkido peut se traduire par «  la voie de la concordance/de l’harmonisation des énergies  ». Ce sont des techniques de défenses à mains nues et contre armes blanches où l’on utilise toujours la force de l’adversaire. Elle se caractérise par l’absence de compétions et par une grande tendance à la spiritualité, à la philosophie et au respect de l’adversaire. On neutralise l’adversaire en canalisant sa violence. On apprend à connaître l’autre, à s’accorder avec lui et par la même occasion, on en apprend sur soi par le principe même de l’empathie.

Tout cela, et bien plus encore, est présent dans ce manga. Umeo découvre un art martial qui selon lui pourrait le rendre plus fort, mais ce n’est pas physiquement qu’il va le devenir, mais bien mentalement et en tant que personne. Et tout ça grâce à ce professeur d’anglais, cet étranger qui va lui apprendre, à lui un petit nippon, un bout de sa propre culture.

Un autre des personnages va vivre une expérience de violence qui va remettre en question toute sa passion et son approche des arts martiaux, confronté à sa propre  impuissance face à une agression maitrisée des milliers de fois dans sa tête, son incapacité à agir, la paralysie engendrée par la violence, la vraie, la dure celle qui cloue sur place.

L’aïkido est ici à la fois une bénédiction qui, étendue non plus à la seule activité « sportive » mais à la vie, permet de se reconstruire  et un prétexte, véritable McGuffin, pour nous raconter des vies et des personnes qui évoluent au contact des autres.

Evil Heart de Tomo Taketomi est une œuvre bouleversante par sa justesse, par son thème, par ses personnages tangibles, par son réalisme mais aussi par sa beauté formelle qui allie la douceur des formes arrondies, des mouvements circulaires de l’aïkido  à des dessins aux traits vifs, rapides et dérangeants comme  la violence qu’ils traduisent.

Hautement recommandable!


Evil Heart de Tomo Taketomi Kana Collection Big Kana 190 pages - 7€