Fallout New Vegas, retombées radioactives dans le Mojave


Lorsque j’ai commencé à jouer à Fallout New Vegas, j’avais dans l’idée dans parler rapidement sur Mandorine dans le cadre des Brèves… histoire du temps passé à jouer. Cependant plus j’y jouais, plus ce que j’avais à en dire prenait de la place, jusqu’à remplir un article entier. C’était le moins que je puisse faire pour rendre honneur à l’un des meilleurs jeux de la décennie 2010.

Fallout New Vegas

Qui-n’en-veut de ma licence ?

Pour comprendre la genèse du développement de Fallout New Vegas, il faut reprendre l’histoire là où je l’avais laissée lors de mon article parlant du RPG sur PC. La licence Fallout, après deux épisodes mythiques, se retrouve à l’abandon après l’annulation du 3e épisode ; le studio responsable du développement, Black Isle Studios, est dissout et l’éditeur, Interplay, en état de coma prolongé. Les deux tentatives de diversification, Fallout Tactics en 2001 et le très mauvais Fallout : Brotherood of Steel en 2004, n’ont pas eu le succès escompté. En clair, il y avait bien peu d’espoir de voir un retour de la franchise sous sa forme originelle.

En 2006, étranglé par les dettes, Interplay vend les droits de cette série à Bethesda Softworks. Le studio, éditeur et développeur, est surtout connu pour sa série de RPG médiéval-fantastique The Elder Scrolls, réussite critique et commerciale. Bethesda décide de se mettre au travail et sort en 2008 Fallout 3, largement inspiré des mécanismes de la série qui a fait le succès du développeur. Le succès auprès de la presse et des joueurs est énorme, mais les anciens fans de Fallout enragent : tout le message idéologique, les choix moraux sont passés à la trappe. Le jeu est bien plus sage que ses aînés. Le scénario n’est lui non plus pas vraiment fameux. Mais si vous voulez mon opinion, cela ne m’étonne pas vraiment : les Elder Scrolls sont superbes au point de vue ambiance et paysages, mais sont très mauvais côté histoire.

Au vu les excellents chiffres de ventes, Bethesda sait que pour réinstaller définitivement la licence, il faudra sortir très vite un nouveau volet. Cependant, le studio interne de l’éditeur est trop occupé à créer le cinquième volet de la série Elder Scrolls, qui sortira en 2011 sous le nom de Skyrim. L’entreprise se tourne donc vers un studio externe, Obsidian Entertainment, pour réaliser le prochain Fallout. Ce geste est bien perçu par les amoureux de la franchise : ce studio est en effet composé de nombreux anciens de Black Isle Studios qui ont travaillé sur les deux premiers volets. Mais alors, qu’est ce que ça a donné ?

Rien ne va plus

Nous sommes en 2281, plus de 200 ans après le 23 octobre 2077, date funeste qui a vu en deux heures l’anéantissement de la quasi-totalité de la population mondiale. Diverses factions se sont constituées parmi les survivants, l’une des plus importantes étant la République de Nouvelle-Californie (RNC). Elle est ce qui se rapproche le plus d’un Etat comme l’on pouvait en connaître avant la guerre nucléaire : frappe de sa propre monnaie, armée constituée, élection d’un président… Elle possède néanmoins de nombreuses parts d’ombre. Elle mène campagne dans les terres désolées du désert du Mojave, autour de ce qui était Las Vegas, pour intégrer ce territoire au sein de la République. Mais elle fait également face à un ennemi dangereux.

République de Nouvelle-Californie

Grande habituée de la licence, la RNC est de la partie

Cet ennemi, c’est la Légion de César, entité qui a uni 81 tribus de l’Est sous la bannière d’un chef, César. Pratiquant le meurtre de masse, l’esclavage, l’asservissement des femmes et le crucifiement, elle cherche également à prendre le Mojave et à détruire la RNC. Elle possède une grande force militaire, fanatisée par ses chefs. Quatre ans auparavant, la RNC a réussi à la repousser lors d’une bataille au barrage Hoover et aujourd’hui, une nouvelle bataille est imminente. Et la balance penche plutôt du côté de la Légion.

Fallout New Vegas

Alors on ne dirait pas comme ça, mais ces gens font peur !

Au milieu de ce jeu de pouvoirs, là où se tenait la ville du pêché, scintillent la nuit les lumières de New Vegas. Sur une portion réduite de l’ancien Strip, des familles font revivre quatre casinos ouvert jours et nuits, un fragment d’opulence dans ces terres désolées. Autour du nouveau Strip, le bidonville de Freeside, Vegas du pauvre où se fréquentent maisons de jeu miteuses et magasins vendant des produits plus ou moins légaux… New Vegas est indépendante, ne prend parti ni pour la RNC, ni pour César. Et le propriétaire d’un des quatre casinos, Monsieur House, qui a posté dans Vegas et Freeside ses Sécuritrons (des robots qui maintiennent la loi, souvent violemment), compte bien que cela reste ainsi.

Fallout New Vegas

Mr House (qui n’est pas Mickey Mouse) a la mainmise sur New Vegas

A travers le Mojave, on trouve de nombreuses tribus et villes indépendantes. Elles se nomment Primm, Novac ou Goodsprings. On peut croiser les Boomers, les Poudriers, les Grands Khans ou les Disciples de l’Apocalypse. Certaines tribus n’ont fait aucune alliance, d’autres penchent pour un camp. Tous ont un œil sur le combat qui s’engage entre la RNC et la Légion, sachant que quelque soit le vainqueur, beaucoup de choses risquent de changer.

Le héros, c’est-à-dire vous, est un courrier qui travaille pour le Mojave Express, une sorte de Poste locale. Vous êtes chargé de livrer un colis sur le Strip de New Vegas. Mais vous êtes intercepté par un individu et ses hommes de main sur la route, près du cimetière de Goodsprings. Après avoir récupéré le colis, l’homme vous tire une balle dans la tête et vous enterre. Cependant, vous êtes sauvé par un Sécuritron du nom de Victor, qui vous emmène voir le docteur de Goodsprings.

Il ne reste plus qu’à récupérer le colis, régler son compte à celui qui vous l’a pris et le livrer. Mais bien sûr, ça va se révéler plus compliqué que prévu.

Quelqu’un de S.P.E.C.I.A.L.

Le système de jeu de Fallout New Vegas reprend dans les grandes lignes celui qui a fait ses preuves depuis le premier Fallout. Lors du réveil du Courrier chez le docteur Mitchell à Goodsprings, une mini-quête va permettre au joueur de configurer son héros, tout d’abord en choisissant son sexe et son apparence. Puis il va falloir répartir les points de compétences dans les statistiques principales. Fallout New Vegas utilise en effet le système dit S.P.E.C.I.A.L., acronyme de Strenght, Perception, Endurence, Charisma, Intelligence, Agility et Luck (en français  Force, Perception, Endurance, Charisme, Intelligence, Agilité et Chance). Vous avez une quarantaine de points à répartir dans ces compétences principales, dix maximum dans chaque. Ces compétences principales vont forger votre style de jeu : Force et Endurance vont faire de votre héros un personnage qui aime faire parler la poudre, Charisme et Intelligence sont plus indiqués si vous voulez tout régler par la diplomatie… Ce qui est important à savoir, c’est que ces compétences ne seront jamais augmentées, sauf en achetant des modules spécifiques, extrêmement rares et chers.

Ceci fait, vous allez devoir répartir d’autres points dans vos compétences. Plus précises que les statistiques principales, elles permettent d’affiner ce que votre personnage sait ou ne sait pas faire. On retrouve dans cette catégorie le Troc, le Discours, les Armes à feu ou à laser, les Sciences et d’autres choses. Chaque compétence peut recevoir jusqu’à cent points, sachant que les points à la création de votre personnage sont déterminés par vos statistiques principales. Vous pouvez choisir jusqu’à trois compétences « majeures » qui reçoivent ainsi des points bonus. Enfin, à chaque fois que vous augmentez de niveau, vous recevez des points à répartir dans ces domaines. Les compétences sont une mécanique essentielle de Fallout New Vegas : les manières de réussir les missions sont nombreuses, les compétences permettent de débloquer l’un ou l’autre des moyens possibles pour la réussite de celles-ci.

Fallout New Vegas

Boum. T’es mort.

Enfin, vous pouvez choisir une aptitude parmi une grande liste. Les aptitudes sont des bonus obtenus pour le joueur, portant sur une catégorie spécifique. Par exemple, « Rechargement rapide » vous permet de recharger votre arme 25 % plus rapidement. « Métabolisme rapide »  vous redonne 20 % de vie en plus quand vous vous soignez. « Nyctalope » octroie des bonus de perception pendant la nuit. « Sanguinaire » fait exploser l’ennemi lorsque vous le tuez. En clair, il y a des bonus pour tout. Vous pouvez en choisir une aptitude supplémentaire toues les deux niveaux ; sachant que vous pouvez progresser jusqu’au niveau 30 dans le jeu de base, vous avez la possibilité de gagner au maximum 15 aptitudes.

Expliqué comme ceci, ça paraît complexe. Mais en cours de jeu, ce système expliqué de telle manière qu’il reste digeste même pour le joueur qui n’est pas habitué des jeux de rôle. Et ce système permet de construire le personnage que l’on souhaite.

Fallout New Vegas

Dans quel pétrin me suis-je fourré ?

Même en plissant les yeux, c’est pas glorieux

On va évacuer tout de suite le point le plus fâcheux de Fallout New Vegas : sa partie technique et graphique. Le jeu utilise une version modifiée du moteur de jeu Gamebryo, utilisée pour The Elder Scrolls IV – Oblivion et Fallout 3. Le problème, c’est que ce moteur avait déjà des problèmes de stabilité lors de la sortie d’Oblivion en 2006. Fallout New Vegas, sorti en 2010, reprend le même moteur avec les mêmes problèmes de stabilité, et surtout assez vieillissant. La technique ne fait pas de miracle  : c’est plutôt moche. La même année, des titres comme Mass Effect 2 ou Red Dead Redeption sont bien plus agréables à l’œil.

Fallout New Vegas

Que fait un T-Rex dans le Mojave ?

A sa sortie, le jeu était bardé de bugs en tout genre. Là aussi, c’est une constante des jeux utilisant le moteur Gamebryo. Heureusement, comme pour tous les jeux de la franchise Elder Scrolls, des fans ont créé un patch non-officiel, réparant un grand nombre de bugs et ajoutant quelques éléments nouveaux. Pour les joueurs PC, je ne peux que vous conseiller l’installation de ce patch, qui vous pouvez trouver traduit en français à cette adresse. D’autre part, le jeu est très ouvert aux mods, n’hésitez pas à en installer pour améliorer certains aspects qui vous déplaisent. Une liste intéressante de mods est proposée sur le forum de Canard PC.

There is no happy ending

Mais s’il est si moche, pourquoi jouer à Fallout New Vegas ? Pour son écriture et son histoire. Elle paraît peut-être très bateau lors du début de votre aventure mais petit à petit, elle révèle toute son ampleur. Dans un sens, ce n’est pas vous le personnage principal du jeu, mais bien le Mojave : chaque recoin, chaque montagne, chaque village a son histoire à raconter, ses quêtes à achever, quelque chose à dire sur les jeux de pouvoir en cours. Vous allez aussi pouvoir, au gré de vos aventures, rencontrer des personnes qui peuvent devenir vos compagnons de route. Outre le fait de vous sentir moins seul, leurs aptitudes peuvent vous être très utiles. Et leurs quêtes secondaires vous ouvrir un peu plus les yeux sur la réalité du Nevada post-apocalyptique.

Lors de vos moments de marche solitaire, je vous conseille très vivement d’activer la radio pour profiter de Radio New Vegas : la petite sélection de musiques des années 1960-70 colle parfaitement avec l’univers désolé et vous permet d’« égayer » votre voyage. Car traverser le désert du Mojave sans un son, si ce n’est le bruit du vent, les grognements de bêtes et les lointains coups de feu, il faut avouer que ça peut mettre franchement mal à l’aise.

En clair, ne vous fiez pas aux graphismes datés et aux éventuels bugs que vous pourrez croiser. Fallout New Vegas est le digne successeur des deux premiers épisodes, un bijou d’écriture comme on en joue trop rarement. Même si vous vous sentez un peu perdu au début, insistez : le jeu est gorgé de contenu et a beaucoup à vous offrir !

NB ; Si l’histoire des jeux Fallout vous intéresse, je ne peux que vous recommander le livre Fallout, les mutations d’une saga, que vous pouvez trouver chez Presse Non-Stop.

Images © 2010 Bethesda Softworks LLC.


Fallout New Vegas de Obsidian Entertainment Bethesda Softworks 19 octobre 2010 Disponible sur Playstation 3, Xbox 360 et Windows

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