8 fictions qui feraient chouiner un chasseur de bébés phoques


Il s’agit d’un des marronniers des conférences de rédaction de Mandorine – au même titre que les vidéos de goélols et les vannes sur les dictateurs communistes : le top dix des films les plus déprimants au Monde. Liste que nous élaborons avec délectation dans le secret de nos réunions depuis quelques temps déjà. Dans notre grande mansuétude, nous la partageons avec nos chers lecteurs, histoire de partager notre dépression et de gâcher votre weekend. Vous pouvez envoyer vos emails d’insultes ici.

NB : cette chronique contient de nombreux spoilers. Évitez de la lire si vous n’avez pas encore vu les films et séries évoquées. La rédac’ ne saurait être tenue responsable de votre colère de fangirls & fanboy trahis. De toute manière, vous n’avez pas nos adresses.
Breaking Bad Gif

1 – Le tombeau des lucioles

Autant entrer directement dans le vif du sujet, avec le film qui a ému aux larmes 100% de ses spectateurs. Sorti en 1988, le chef d’œuvre d’Isao Takahata, adapté de la nouvelle semi-autobiographique La tombe des lucioles de Akiyuki Nosaka, raconte l’été de Seita et de sa sœur Setsuko, qui, suite au bombardement de Kobe, doivent survivre seuls dans un abri désaffecté. Mais le manque de nourriture et la maladie viennent rapidement entacher l’insouciance toute enfantine des premiers jours.

Le tombeau des lucioles fait partie de ces films où choisir la scène la plus déprimante est mission impossible, tant le récit dans son ensemble est cruel de réalisme. Seules quelques scènes de poésie pure proposent une respiration au spectateur, avant de le replonger dans la réalité douloureuse de l’enfance face à la Guerre. La scène où Setsuko « cuisine » des onigiri avec une motte de terre reste la scène la plus déchirante du film à mon sens, mais je n’ai – heureusement pour vos glandes lacrymales – pas pu trouver la vidéo en ligne. J’ai donc choisi de vous montrer la scène finale du film, dans laquelle Seita prépare le cercueil de Setsuko, avant d’incinérer son corps dans un bucher improvisé.

« Que Le tombeau des lucioles soit un film d’animation ne signifie pas qu’il doive épargner le spectateur. La guerre est une chose monstrueuse, horrible. Des enfants meurent. Pour ce film, j’ai recherché une manière simple mais directe de montrer les choses, la mort. Les spectateurs, même les plus jeunes, prennent ainsi conscience de la réalité, de la vérité. Personne ne me l’a reproché au Japon. Tous ont compris le film, l’ont accepté. »

Isao Takahata dans Le tombeau des lucioles. France : Kaze, 2002 (Ed. collector)

2 – Alabama Monroe

Yon avait misé en septembre dernier sur Alabama Monroe, mélodrame flamand qui a rapidement gagné ses galons grâce à un bouche-à-oreille très positif. The Broken Circle Breakdown (en VO) raconte la vie commune chaotique d’Élise, qui tient un salon de tatouage, et de Didier, musicien jouant du banjo dans un groupe de bluegrass. Le couple tombe rapidement amoureux, tous deux partageant le même engouement pour la musique et la culture américaine. Mais leur mariage est mis à rude épreuve quand un évènement aussi tragique que soudain frappe leur famille.

Plusieurs scènes du film sont bouleversantes et il est particulièrement difficile d’en réchapper les yeux secs. Dans le passage qui suit, Élise et Didier, sur scène avec leur groupe, chantent une chanson évocatrice, If I needed you. Le texte parle du lien existant dans un couple, malgré les moments difficiles, et de lendemains plus heureux. La réalité des images est tout autre, puisque la tension entre Élise et Didier est palpable, Élise s’efforçant d’ignorer Didier qui tente désespérément d’établir un contact avec sa partenaire. Cette séquence est une sorte d’oxymore émotionnelle pour le spectateur, qui écoute une chanson douce au texte réconfortant tout en assistant à la scène d’un couple qui se délite.

3 – My Girl

Retour au début des nineties. A l’époque, Macaulay Culkin est toujours cet enfant-acteur à la bouille adorable, star de films grand-public et rappant dans un clip de Mickaël Jackson. En 1991, il tourne dans My girl, une bluette sur l’enfance racontant l’été de Veda, jeune fille hypocondriaque dont le père tient une entreprise de pompes funèbres dans le sous-sol de leur maison. Macaulay Culkin y interprète le rôle de Thomas, le meilleur ami impopulaire et allergique-à-tout de Veda. Les liens de Veda et Thomas vont se renforcer tout au long de l’été, durant lequel ils connaitrons leur premier baiser.

Au premier abord, My girl semble surmontable, si ce n’est l’absence de mère et l’ambiance de pompes funèbres rendant Veda complètement névrosée. Mais il contient une scène, mémorable pour tous ceux qui ont vu le film à l’époque, dans laquelle Anna Chlumsky, la jeune actrice interprétant Veda, déclenche les larmes du spectateur. Thomas, attaqué par un essaim d’abeille, vient de décéder, et ses funérailles ont lieu dans la maison de Veda. Celle-ci éclate en sanglots lorsqu’elle le voit dans son cercueil.

Probablement le premier film devant lequel j’ai pleuré. Depuis, cette scène me fait immanquablement ouvrir un paquet de mouchoirs. Qui aurait cru que la mort de Macaulay Culkin m’aurait tant affectée ?

4 – Là-haut

J’ai personnellement élu la première séquence de ce film « ascenseur émotionnel le plus réussi de l’histoire du Cinéma ». Ellie et Carl, amis depuis l’enfance, se marient et emménagent dans leur nouvelle maison. La séquence qui suit est magistrale. Entièrement muette, elle raconte leur vie commune en quelques minutes. La première, joyeuse et pleine de promesses, a tendance à déclencher de petits « aaaaw » réjouis et attendris chez le spectateur – ce fut le cas dans la salle de cinéma lorsque je suis allée voir le film –. Puis vient la première descente. Silence total et choqué dans l’assemblée. Cahin-caha, les personnages reprennent espoir, et nous aussi. Les aléas de la vie s’en mêlent, mais le ton reste léger, et nous observons ce petit couple vieillir ensemble avec bonheur. Tous deux devenus âgés, Carl se débrouille pour offrir à Ellie le voyage dont ils rêvent depuis si longtemps. Mais Ellie tombe grièvement malade, et laisse Carl seul dans la maison qu’ils ont construite avec amour.

Comme toujours, les histoires narrées par Pixar prennent une résonance toute particulière auprès du public adulte. Là-haut nous prouve une fois de plus que Pixar sait mieux que quiconque raconter de belles histoires, profondes et poétiques, en seulement quelques minutes. Le tout sans paroles.

Petit rappel, si vous aimez jouer aux montagnes russes avec votre humeur :

5 – Toute la saison 4 de la série Futurama

Je vous ai parlé à plusieurs reprises de mon affection pour Futurama. Si la série est parfois très drôle, elle n’en reste pas moins une satire grinçante de la société contemporaine, plaçant le spectateur face à une réalité déprimante : guerres, religions, cynisme, racisme, bureaucratie inflexible, réchauffement de la Terre, pollution, toxicomanie industrialisée, tout y passe. Cette ambiance caustique trouve son summum lors de la saison 4, dans laquelle les scénaristes semblent avoir réuni toutes leurs pensées cafardeuses. Il faut dire qu’ils venaient alors d’apprendre l’annulation de la série, d’où l’ambiance particulièrement sombre de cette saison.

Un épisode en particulier est régulièrement évoqué dans nos discussions, chez Mandorine : Jurassic Bark (Ceux qui m’aiment prendront le chien, en VF). Dans l’épisode 7 de la saison 4, Fry reconnaît son chien, fossilisé, lors d’une exposition d’objets du 20e siècle. Bouleversé, il déploie toute son énergie pour le récupérer, puis tente avec l’aide du Professeur Farnsworth de le ramener à la vie.

L’épisode est ponctué de flashbacks nous ramenant au 20e siècle, dans lesquels Fry partage des moments heureux avec Seymour, son chien, auquel il a, entre autres, appris à aboyer en rythme sur Walking on sunshine. Mais, au moment de lancer l’opération, une « abomination contre le Seigneur » selon le professeur Fansworth, Fry apprend que Seymour est décédé à l’âge de 15 ans, soit plus de 10 ans après sa cryogénisation. Pensant que son meilleur ami a du l’oublier et vivre une longue vie sans lui, Fry abandonne l’idée du clonage. Vient alors la scène finale de l’épisode, dernier flashback montrant les dernières années de Seymour. Autant dire qu’après cet épisode, personne ne peut décemment écouter la version anglaise de la chanson phare des Parapluies de Cherbourg, ni même Walking on sunshine, sans verser une petite larme.

6 – Philadelphia

Tom Hanks interprète le rôle d’Andrew Beckett, qui lui valut de remporter l’Oscar du meilleur acteur pour la première fois de sa carrière – il en remporta un autre pour sa performance dans Forrest Gump -. Andrew Beckett est un brillant avocat homosexuel à qui rien ne semble résister. Son ascension professionnelle vertigineuse s’arrête brutalement le jour où il est licencié du cabinet dans lequel il officie. Persuadé que la « faute professionnelle » pour laquelle il a été remercié relève en fait d’homophobie et de discrimination envers la maladie qu’il a contractée (le sida), il décide d’attaquer ses anciens employeurs en justice. Pour ceci, il s’adjoint les services de Joe Miller (Denzel Washington), un avocat aux tendance homophobes et effrayé par sa maladie.

Je vous épargne la scène de la mort d’Andrew, pour vous montrer une autre scène poignante du film. Andrew explique à un Joe sceptique la signification de l’aria La mamma morta, tirée de l’opéra Andrea Chénier d’Umberto Giordano, chantée par Maria Callas. L’émotion pure d’Andrew parvient à toucher Joe, qui se perd dans son incarnation de l’aria. Grâce au jeu de Tom Hanks et Denzel Washington, et à la voix de Maria Callas, cette scène est probablement une des plus intenses que j’ai vue au cinéma.

7 – Six Feet Under

Six Feet Under est une de mes séries cultes. Elle figure également en bonne place dans le top des séries dont les fins sont brillamment réussies. Créée par Alan Ball (American Beauty, qui pourrait également se trouver dans cette liste), la saga raconte l’histoire de la famille Fisher. Suite à la mort Nathaniel Fisher, patriarche et fondateur de l’entreprise de pompes funèbres familiale, ses deux fils reprennent le flambeau malgré leurs caractères diamétralement opposés.

Nate (Peter Krause), le fils prodigue, accepte à la surprise générale de travailler dans l’entreprise familiale, au grand dam de David (Michael C. Hall, avant de devenir Dexter), fils introverti peinant à accepter son homosexualité, qui avait mis ses rèves de côté pour seconder son père. Claire (Lauren Ambrose), la benjamine, peine à trouver sa place dans la famille, et dans la société en général. Quant à Ruth, la mère de famille, c’est une femme dévouée à ses proches, qui ne saura jamais réellement vivre pour elle-même, même après le décès de son mari.

Difficile de résumer en quelques lignes ce chef-d’œuvre et ses (très) nombreuses scènes dramatiques, certaines étant restées à jamais gravées dans la mémoire des fans de la série. J’ai ainsi longuement hésité entre la séquence montrant le décès de Nate et la scène finale de la série. Dans cette scène, Claire dit au revoir à sa famille et part en voiture vers son avenir. Durant le trajet, une suite de flashfowards montre les évènements marquants de la vie de ses proches, ainsi que leurs morts. La chanson Breathe Me de Sia, qui accompagne la scène, devient dès lors une sorte de Madeleine de Proust pour le spectateur, déclenchant un sentiment de nostalgie à chaque nouvelle écoute.

8 – La liste de Schindler

Achevons-nous avec le chef d’œuvre de Steven Spielberg. La liste de Schindler raconte l’histoire vraie d’Oskar Schindler, industriel allemand membre du parti nazi. Dans le but de devenir riche, il embauche dans son usine de la main d’œuvre bon marché choisie au sein de la communauté juive, tout en maintenant des relations cordiale avec les nazis. Jusqu’au jour où il assiste au massacre du ghetto de Cracovie. Une petite fille en particulier attire son attention, grâce au manteau rouge qu’elle porte – seule touche de couleur présente dans le film -. Plus tard, il décèle le même manteau rouge sur l’un des charriots transportant les corps.

Profondément affecté par le massacre et par la mort de cette petite fille, Schindler apprend que les prisonniers du camps de Cracovie vont être transférés à Auschwitz. Il décide alors d’acheter le plus grand nombre possible de ces prisonniers, et de les abriter dans son usine sous couvert d’embauche jusqu’à la fin de la guerre.

Et s’il vous reste encore quelques mouchoirs…

Dans notre quête de la Larme d’or, nous avons également pensé à Rémi sans famille, dont les enfants des eighties se souviennent comme le dessin animé du samedi matin le plus déprimant qu’il leur ait été donné de voir. Rémi y perd quand même tour à tour son chien, Joli cœur, le petit singe de la troupe qui succombe durant un spectacle, et Vitalis, qui avait pris Rémi sous son aile. Le tout après avoir été abandonné par ses parents, puis vendu par son père adoptif. Un anime rempli de joie et de bonne humeur, donc.

Côté japanimation, nous avions également pensé à 5 cm par seconde, dont je vous ai déjà parlé en ces pages. La chanson One more time, one more chance de Yamazaki Masayoshi, qui clôt le film, épouse particulièrement l’ambiance faite de nostalgie et de regret du film de Makoto Shinkai.

Certains films d’Hayao Mirazaki figurent également en bonne place. On pense évidement au ton pessimiste de Princesse Mononoké, mais aussi à la solitude des petites Mei et Satsuki (Mon voisin Totoro) et de Chihiro. L’absence de mère est un thème récurrent chez Miyazaki. Tout comme les films des studios Pixar, les films des studios Ghibli sont connus pour leur doubles sens de lecture plutôt déprimants.

mei-satsuki

Il a d’ailleurs été difficile de nous limiter à un seul Pixar. Les films issus de ces studios sont en effet connus pour plonger leurs spectateurs dans une mélancolie profonde. Wall-E et son ambiance apocalyptique sur fond d’humanité trop paresseuse pour y faire face en est un bel exemple. Les rédacteurs ont aussi fréquemment cité la trilogie Toy Story dans la liste, bien que j’y sois imperméable (mais Raj leur donne raison).

J’ai longuement hésité à inclure The Truman show ou Eternal sunshine of the spotless mind dans cette liste. Jim Carrey est bouleversant de justesse dans ces deux films, prouvant qu’il excelle tout autant – voire plus – dans les rôles dramatiques qu’en clown déjanté. Et Kate Winslet et Kirsten Dunst ajoutent à la mélancolie d’Eternal sunshine of the spotless mind.

Thibaud nous a également suggéré Ano hi mita hana no namae o bokutachi wa mada shiranai (aka le nom de série le plus imprononçable de la liste), lors du brainstorming. Son commentaire ? « 11 épisodes, 150 paquets de mouchoirs. ». Vous êtes prévenus.

Et si vous souhaitez définitivement vous ruiner le moral, il vous reste Le choix de Sophie, dans lequel Sophie (Meryl Streep), arrivée aux portes du camp d’Auschwitz avec ses deux enfants, ne peut en garder qu’un auprès d’elle, condamnant l’autre à la mort.

Raj Toy Story