Geek is the new sexy


« I like having low self esteem. It makes me feel special »

Il y a quelques années encore, être geek (ou nerd, ou intello, peut importe le nom qu’on donne à ces êtres particuliers) c’était pas vraiment tendance. Ce qui se reflétait dans les séries TV et au cinéma. L’intello était le faire-valoir du héros, le personnage ringard et maladroit, avec un gros manque de confiance en lui, pas franchement glamour, et incompréhensible pour son entourage : on peut citer Willow (Buffy contre les vampires), Carlton (Le prince de Bel Air), Jerry Steiner (Parker Lewis ne perd jamais) ou le marchand de BD des Simpson. Même Ross Geller (Friends) a mis un sacré moment avant de devenir plus cool. Seules les séries Malcolm et Daria – qui est ENFIN arrivée en DVD, soit dit en passant – avaient pour personnage principal un nerd bien affirmé.

Tout ça, c’était avant. Avant que des geeks ne conquièrent le monde en inventant des trucs et des bidules au fond de leur cave, qui, mine de rien, on révolutionné le monde – et les ont rendu richissimes aussi, ça aide -. L’exemple le plus récent est bien entendu Marc Zuckerberg, le grand manitou de Facebook, dont la vie vient d’être adaptée au grand écran par David Fincher himself. L’ère de l’infamie semble être révolue. Être geek, c’est tendance. Des tas de films et séries intègrent des intellos (ou pseudo-intellos) assez glam’, ou assez intégrés socialement pour réussir à conclure avec la jolie fille de l’histoire à la fin. Très édulcoré tout ça. En France, c’est plutôt du côté des web-séries qu’il faut chercher, et on peut y trouver de « vraies » références geeks, avec des morceaux de Donjons et dragons, de MMORPG et de comics dedans (Hellogeekette, Nerdz, Noob, The Guild). On pense aussi à Kaameloot, format court mixant chevaliers de la Table Ronde et références hyper-geek, de Star Wars à Stargate en passant par les dialogues d’Audiard. Mais celle qui bat tous les records d’audience et de fous rire est américaine. The big bang theory.

« Look what you’ve created here. It’s like nerdvana! »

Léonard, Sheldon, Raj et Howard sont chercheurs en physique quantique – sauf Howard, qui n’est « que » ingénieur, comme ses amis aiment à le lui rappeler régulièrement-. Sheldon et Léonard partagent un appartement, sorte de temple dédié à la culture geek : molécules d’ADN géantes pour toute décoration, consoles de jeux vidéo vintages, et collection ahurissante de comics sont leurs plus précieux trésors. Leur vie se résume plus ou moins à leur travail, réfléchir sur des sujets aussi abscons que la théorie des cordes, et à leurs loisirs : jeux vidéo (Halo en tête), marathons et débats de films et séries (Star Trek, Star Wars, Le seigneur des anneaux…), Boggle en Klingon et expériences scientifiques insolites, du genre création d’un robot ou réflexion d’un laser sur la Lune. De vrais nerds, on vous dit. Inutile de préciser qu’ils sont légèrement déphasés avec le monde qui les entoure et plus ou moins inaptes à la communication avec le sexe opposé. Raj est même incapable de communiquer avec une femme (à moins d’avoir bu, ou d’utiliser un pull legen… wait for it… dary!). Ce petit monde est bouleversé lors de l’arrivée de Penny, leur jolie voisine, ignorante de la culture geek… Fou amoureux d’elle, Leonard s’efforce de l’intégrer à la vie du groupe, non sans heurts. Le choc des cultures entre Penny et Sheldon – le plus intelligent du groupe – est inévitable. Obsessionnel, asocial et autiste, son incompréhension totale de la vie en société est l’objet de quiproquos hilarants et de tirades interminables et savoureuses…

C’est la première fois depuis longtemps – depuis Friends, en fait – qu’une série me semble complètement originale. Par exemple, How I met your mother est pour moi un recyclage éhonté de Friends, dans un pub – oh, oui, jetez moi des briques, mais j’assume -. Drôle, mais déjà vu. Bien qu’accumulant les références (BD, cinéma, humour et langage), The big bang theory crée son propre univers. Mais surtout, il y a une vraie chimie entre les acteurs. Ma seule appréhension serait que Sheldon, personnage hilarant, certes, ne soit trop mis en avant dans le futur, vu son succès auprès des fans. C’est mon seul reproche concernant la série : la saison 4 pèche parfois à force de vouloir trop jouer sur l’effet comique produit par Sheldon…

Forcément, la série parle plus aux geeks, ils comprennent les références et se retrouvent dans les situations vécues par les personnages. Mais The big bang theory a séduit un public beaucoup plus large que ça. Pour preuve : la saison 4, diffusée en ce moment aux USA, réunit tous les soirs environ 14 millions de téléspectateurs et c’est la série n°1 regardée par les 18-49 ans.

Quand on vous disait de ne pas sous-estimer le pouvoir du geek.


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