Guide pour la compréhension des Japan Idols


Je suis comme les autres à la base pourtant. J’étais comme tous les français, convaincu qu’il n’y avait aucune différence notoire entre la Chine et le Japon. Que la télévision japonaise se limitait à des émissions faisant passer Intervilles pour une émission de la Chaîne Parlementaire. Que la musique japonaise n’était qu’un amas de trucs bizarres, kitchs et colorés, et que de toute manière il n’y avait qu’eux pour apprécier ça. Et puis j’oubliais tout ça et je regardais Morandini sur Direct 8, l’âme en paix.

 

Les Morning Musume en 2000. Aucune d'entre elles ne fait partie du groupe actuel.

Mais non, il fallait que Nolife décide d’exister, et en tant que chaîne musicale spécialisée sur la musique japonaise. Donc avant de voir les émissions sur les jeux vidéo, il fallait parfois supporter ces clips avec des chanteuses aux voix suraiguës. Rage.

Et puis tu te rends compte qu’en fait, derrière les génériques des animes téléchargés sur Megaupload à l’époque où tu pouvais, il y a des vrais groupes de musique. Et plutôt sympas. Et donc tu te mets à apprécier toute cette musique, aussi japonaise qu’elle soit. (Rappelons que le marché de la musique japonaise est le deuxième marché musical mondial.)

Mais quand même, tu voyais avec une certaine régularité des clips roses bonbon avec des girls bands remplis de midinettes qui doivent être aussi majeures que mon auriculaire. Là est l’essence de la musique japonaise moquée, celle qu’on pointe du doigt en rigolant bien fort. Celle qui humilie la vraie musique japonaise. Ah, saleté.

Mesdames et messieurs, il s’agit du phénomène connu sous le nom de « Japan idols ». Un concept un peu étrange pour nous qui avons depuis longtemps laissé choir les Spice Girls dans la poubelle. Et comme je suis un étudiant propre et carré, après vous avoir présenté l’anti-thèse, je vous présente la thèse. Non les Japan idols ne sont pas un signe de dégénérescence de l’humanité, ni une tumeur à éradiquer. Moi j’aime bien les idols, je l’assume, et je m’explique. Car derrière tous les préjugés digne de piliers de bar, il y a avant tout une bonne dose d’incompréhension. Voici une liste non-exhaustive de faits sur les Japan idols, certains infirmant, d’autres confirmant les préjugés que l’on peut avoir.

 

Les Japan idols sont nées grâce à la France.

Affiche de "Cherchez L'idole" avec Sylvie Vartan

Parlez-en à vos grands parents et dites-leur de quoi ils sont responsables.

Non ? Et pourtant si. Le terme et le concept viennent des idoles yéyé, des années 60 en France, popularisés au Japon grâce à Sylvie Vartan et au film Cherchez l’idole. Ainsi on obtint pendant de longues années au Japon des groupes de jeunes (généralement féminins) à l’image gaie et souriante, se produisant à travers diverses chansons, clips, émissions télés, spectacles, etc. Le genre tomba en désuétude au début des années 90, pour finalement connaître à nouveau au grand boom au début des années 2000 grâce aux Morning Musume et à leur tube Love Machine (si quelqu’un vous pose des questions à la lecture de ce clip, dites que c’est pour votre culture).

 

 

Les Japan idols ne sont pas exactement des usines à star.

On aurait vite fait de se dire quand on voit le nombre d’idols que ce sont toutes des starlettes et qu’il y a tellement de gens pour apprécier ce genre de musique qu’elles peuvent vivre grassement. Mais en fait non. Seuls quelques groupes arrivent à véritablement se pérenniser. Et encore c’est un grand mot, nous y reviendrons plus tard. En fait il existe une tonne d’idols locales qui n’auront jamais connu leur quart d’heure de succès. Quels sont les groupes vraiment populaires et représentatifs alors ?

Je parlais des Morning Musume, eh bien il faut savoir qu’à la suite, leur producteur donna naissance au Hello! Project (Ou H!P), un vaste ensemble de groupes et de sous-groupes féminins. Parmi les principaux, on notera les Morning Musume (ou les Momosu pour les intimes), les Berryz Kôbô, les °Cute, les S/mileage et les Buono!, ainsi que quelques groupes affiliés, comme les Hangry & Angry. Seul concurrent à ces groupes, les AKB 48 (à prononcer à l’anglaise), plus grand groupe de pop jamais crée (en terme de nombre en tout cas), se produisant dans le quartier de Akihabara (d’où les initiales), avec qui il existe plusieurs variantes, dont les OJS 48 (Ojisan 48), un groupe masculin dont l’âge moyen est 61 ans. Comme quoi il y en a pour tous les goûts. Alors oui, vous allez me dire qu’il y en a tellement que c’est une vraie usine. Certes, mais toutefois même les idols des groupes les plus populaires sont loin d’être indépendantes, comme on peut s’en douter, et touchent un simple salaire alors que la société de production garde tous les revenus. Et ajoutons à ça que…

Album des OJS 48

Pour les chorégraphies, c'est mal parti.

 

Les idols sont éphémères.

Dire que toutes les filles qui sortent de groupes d’idols deviennent des stars est amplement erroné, même dans le cas des groupes les plus populaires. Il faut savoir que passé un certain âge, les idols quittent le groupe pour laisser leur place aux plus jeunes. Un destin pas forcément réjouissant, car seules quelques veinardes arrivent à continuer leurs carrières, en tant que solo (comme Ai Takahashi, qui a récemment quitté les Morning Musume à 25 ans) ou en tant qu’autre groupe (comme Hangry&Angry). Mais pour une bonne partie, elles retombent dans l’anonymat, quittent le monde de la musique et fondent une famille. Ou alors, subissent la pression de la presse à scandale.

De fumer en dessous de l'âge légal, jusqu'à adultère et mari voyou, Ai Kago aura tout vu. Et fut renvoyée du H!P.


Ainsi, il est intéressant de savoir que même si les Morning Musume existent encore aujourd’hui, aucune des filles de la première génération de début 2000 n’existe dans le groupe actuel. Ainsi il n’y a au final que les producteurs pour maintenir l’identité des groupes. Bien sûr les remplacements sont progressifs, et dans le cas de groupe comme les AKB 48, on pourrait se dire que remplacer une fille passe plus inaperçu. Même si c’est comme les Pokémon, il y a toujours des fous pour retenir tous leurs noms.

 
Toutefois, un autre contre-exemple serait les Perfume. A la base petit groupe d’idols, aujourd’hui un groupe de techno/pop bien au delà du concept d’idol, il est un des groupes les plus influents au Japon.

 

Les idols sont des femmes et des ados comme les autres.

Aso Natsuko

Aso Natsuko, alias Na-chan. Ne me regardez pas comme ça, elle a mon âge.


C’est fou hein ? Les idols des années 80 avaient une vie très codifiée et réglée comme du papier à musique. De nos jours, on les laisse plus dicter leurs propres goûts, et montrer leur vraie personnalité. Ce qui est plus agréable mine de rien, car on voit avec leur fraîcheur et leur spontanéité que ce sont avant tout des adolescentes passionnées de danse et de chant. Et comme dit précédemment, elles n’ont pas forcément une vie de star. Par exemple, Aso Natsuko, qui est arrivée à se faire connaître en France grâce à Japan In Motion (diffusé sur Nolife), et qui fait d’ailleurs régulièrement des concerts dans notre hexagone, fait des études de droit, car elle n’a aucune garantie que ses activités d’aujourd’hui se pérennisent. Et ce n’est pas la seule dans le cas.

 
 
 

En conclusion ?

Les groupes d’idols sont pour la plupart des stars à l’essai, et sont globalement considérés comme la strate inférieure aux vrais groupes de musique. Être idol peut tout aussi bien être un tremplin vers la vie de star tout comme un rêve éphémère. Car passer d’un statut à l’autre peut s’avérer très difficile, comme on peut le voir dans Perfect Blue (même si l’histoire reste un brin exagérée quand même). Et les idols n’ont pas forcément bonne réputation au Japon non plus. Pourquoi je les apprécie quand même ? Non, ce n’est pas de la très bonne musique, mais c’est de la musique réjouissante. Les idols avec leurs tenues colorées, leurs chorés entraînantes et leurs voix pleines de joie mettent de bonne humeur le matin et apportent un rayon de lumière dans un monde dominé par la morosité et l’aigreur. J’en écoute personnellement à petite dose pour me remonter le moral, et ça fait du bien. On n’est pas obligé de toujours se prendre au sérieux, le ridicule ne tue pas, et pour reprendre les mots d’un grand homme, on peut aimer le caviar tout comme les fraises tagada.


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