If My Heart Had Wings


Aaaah, qu’il est bon de se croire explorateur téméraire d’un monde que peu d’êtres ont foulé. N’écoutant que mon courage, j’ai coupé des kilotonnes de lianes de ma machette dans cette jungle vierge. Bien sûr, c’était avant de comprendre que dans ce ténébreux lieu réside en fait des visages et des coutumes que nous connaissons plus ou moins. Car si ce dont je vais vous parler aujourd’hui ne vous dit pas grand-chose à première vue, faire un saut hors de la caverne allégorique peut combler cette lacune.

Au commencement, pour comprendre mon sujet, il faut comprendre d’où il vient et qui il est. C’est ce que j’ai voulu faire, facétieux « anthropologue du jeu vidéo » que je suis. Si Antoine vous avez convié à explorer le visual novel pour ceux qui n’aiment pas ça, me rappelant ainsi ma courte expérience sur Narcissu il fut un temps, j’ai voulu aller plus loin et tenter moi aussi ma chance dans un domaine du jeu vidéo dont on parle beaucoup mais où peu s’aventurent.

If my heart had wings

 

Visual Novel : le Soleil rougissant

Si dans sa structure, le visual novel n’est ni plus ni moins qu’un livre interactif (allant du drame à la romance en passant par la comédie) avec une boîte de dialogues et quelques éléments emprunté aux bandes-dessinées en plus d’enregistrement vocaux, il faut savoir que la quasi-totalité de la production est japonaise. D’où son relatif anonymat jusqu’à présent. C’est seulement depuis quelques années, autant que j’ai de doigts sur mes mains, que le marché occidental s’intéresse au phénomène japonais et tente, d’abord par le biais de fans, de faire parler de ce genre si singulier pour nous, en traduisant certains jeux tout aussi singuliers. Car si une grande majorité des visuals novels est originellement destinée à un public majeur (comprenant donc des scènes érotiques ou pornographiques), ceux qui arrivent en Occident sont pour la plupart censurés. Un traitement qui pourrait paraître injuste mais qui trouve son origine dans l’habitude du marché nippon de censurer les visuals novelslorsqu’il s’agit de les vendre sur le marché des consoles et donc pour un public plus large. Voyez donc ça comme une deuxième vie pour les jeux les plus inspirés. If my heart had wings (que je vais m’empresser de nommer IMHHW) est justement de ces jeux. Originellement sorti en 2012 sous le titre Kono Oozora ni, Tsubasa wo Hirogete par la société Pulltop, il est ensuite censuré l’année suivante lorsque, toujours sur PC, la société Moe Novel décide de le localiser pour les pays anglophones. De là, le jeu entre dans le catalogue Steam, le 26 novembre dernier. Entrons désormais dans le vif du sujet et parlons donc de mon contact vidéoludique. De quoi parle IMHHW ?

If my heart had wings

 

Ici tour de contrôle

Dans un futur proche, Aoi, le personnage que vous incarnez, retourne dans sa ville natale mais néanmoins fictive de Kazegaura, après avoir passé cinq années dans une autre région tout aussi fictive. Sur la colline bordée d’éoliennes, il rencontre une fille, en fauteuil roulant, nommé Kotori. A cet instant, ils verront le vol gracieux d’un planeur. De cette rencontre découle la suite de l’histoire. Au lycée, il retrouve ses amis d’enfance et découvre un club dont le seul but est de fabriquer un planeur. De mon expérience participative du jeu, je retire plusieurs choses. Le début de l’histoire, bien qu’un peu kitch et prévisible, laissera la place au fur et à mesure à une histoire plutôt bien cousue. Et forte heureusement, car ce ne sont pas les samples trop banals ou étrangement épiques qui vous accompagnent pendant les longues heures de jeu qui vous feront passer le temps en dodelinant de la tête. Heureusement pour vous, une option permet de moduler les sons du jeu. Marre d’entendre le doublage des personnages ? Si vous n’êtes pas habitué à regarder des productions japonaises qui en font des tonnes, vous pouvez dire « stop ». Le travail sur les bruitages est quant à lui bien plus inspiré. Si vous ne connaissez pas les cigales japonaises qui sévissent sur l’archipel pendant l’été, vous risquez d’être surpris. Nos grillons provençaux sont un doux murmure à côté. Pour le reste, il s’agit d’un habillage de sons du quotidien, allant de l’ouverture de porte aux bruits de moteurs, bienvenus pour apporter cohésion et prégnance au récit.

 

Avion-nous rendez-vous ?

Pour ce qui est du contexte, le héros masculin, que vous incarnez, devient le concierge d’un dortoir pour filles affilié à l’école de quartier, à son arrivée en ville. Autant vous dire que des relents de Love Hina, célèbre manga « harem », me sont montés au nez très rapidement. Un jeune homme avec un tas de jeunes vierges, on peut facilement s’imaginer comment ça va se terminer. D’autant plus que je sais désormais que ce jeu disposait de scènes érotiques. Et finalement, malgré le cadre ô combien pratique pour ce genre de récit, les scènes relatant plus ou moins cette condition de loup dans la bergerie se résument au strict minimum (je rappelle que ce jeu est tout public, au final). On est donc en face d’un jeu qui privilégie son histoire au détriment d’un divertissement onanique.

On pourrai croire cette image issue d'un visual novel. En fait, elle est tirée de Love Hina, le manga de Ken Akamatsu., adapté en anime par Declic Images.

On pourrai croire cette image issue d’un visual novel. En fait, elle est tirée de Love Hina, le manga de Ken Akamatsu., adapté en anime par Declic Images.

 
Au fil de l’aventure, qui se résume à suivre les péripéties de nos héros entre le dortoir et le club d’aviation du lycée, vous aurez à faire quelques choix simples à l’écran pour donner la tournure au récit que vous désirez avoir. A savoir, comme dans Katawa Shoujo, se rapprocher plus volontiers d’une fille plutôt qu’une autre. Bien entendu, chacune à son caractère propre. Parfois stéréotypé, parfois original, ils ont tendance à évoluer au fil de l’aventure pour révéler l’épanouissement de l’humain confronté aux difficultés, aux joies et aux amours naissants. Avec tout ça, rien ne parait bien nouveau. Pour ceux qui ont déjà vu des animes japonais sur la vie d’un(e), lycéen(ne), rien ne parait plus banal. Pour autant, le jeu donne dans l’originalité lorsqu’il s’agit de parler de passion pour l’aviation.

 

« Dis avion »

IMHHW est donc un jeu qui tourne non pas autour du mouvement des jupes face au vent d’Est mais bien sur la création, le fonctionnement et le pilotage d’un avion ou assimilé. Chose agréable, là où on pourrait s’enfoncer dans les dialogues horriblement techniques et lourds tel un épisode d’Urgences en pleine asystolie, le jeu reste globalement didactique et plaisant à suivre. En apprendre un peu sur l’effet Bernoulli, le phénomène météorologique du Morning Glory Cloud ou sur le rôle d’un aileron en vol ne fera qu’étoffer votre culture générale, à défaut de vous emmener au septième ciel. If my heart had wings

 

De battre mon cœur a continué

Si rien ne me laissait penser que le jeu a été censuré, l’histoire de IMHHW n’est finalement rien de plus qu’une romance japonaise comme on peut en voir beaucoup ces derniers temps. En plus d’être bien écrite concernant les différentes relations qui lient les personnages auxquels on finit par s’attacher, vous passerez les vacances de fin d’année avec une histoire sentimentale sur le rôle du temps qui passe et des choses qui restent les mêmes quand d’autres changent. L’histoire d’une tranche de vie, le temps d’un été quand on est lycéen et qu’on a encore la vie devant soi. Un argument qui réchauffe le cœur en cette saison. Vous en aurez en plus pour votre argent car ce ne sont pas moins de trente heures de jeu qui vous attendent, et ce, à ma grande surprise. Un générique de début après un prologue de sept heures, ça fait tout drôle. Si j’ai pu avoir peur que l’avion métaphorique dans lequel je me suis installé volontairement ne tombe à pic, direction le triangle des Bermudes, le jeu nous gratifie tout au plus, de certaines scènes de maillots de bain ou d’histoires de sous-vêtements faussement puritaines. Et à une période où des médias retrouvent le goût pour la chair comme la chaîne américaine HBO (Game of Thrones, True Detective) qui bombe le torse, au sens propre et figuré, le jeu fait figure d’enfant de cœur bien élevé dans sa version européenne. Alors si l’envie vous en dit, que comme moi, vous avez l’âme d’un voyageur en terres méconnues, vous pouvez prendre le prochain vol, direction l’exotisme japonais.

If My Heart Had Wings
Moe Novel
traduit en anglais sur Steam
14,99€ (hors période de soldes)