Hugo Cabret, la mécanique des rêves


Tonton Marty devient fréquentable

Martin Scorsese, célèbre pour ses films de gangsters et ses collaborations avec Robert DeNiro et Leonardo DiCaprio, a sorti, fin 2011, Hugo Cabret, film adapté d’un livre illustré pour enfants.

Le film (tout comme le livre) raconte l’histoire à Paris au tournant des années 1930, d’Hugo Cabret, qui vient de perdre son père, horloger, et se retrouve orphelin. Alors qu’il vit dans une gare, le jeune garçon tente de réparer l’automate que son père cherchait à restaurer avant sa mort. N’hésitant pas à l’occasion à voler viennoiseries ou petits objets, il est pris en flagrant délit par un vieux monsieur tenant une boutique de jouets. Ce vieux monsieur cache un secret que le jeune Hugo va tenter de percer à jour.

You talkin’ to me ?!?

Autant dire qu’après toute une série de films plus ou moins violents à divers niveaux, depuis les années 70, ce dernier film sort du lot dans la filmographie de Scorsese et prend son style un peu à contrepied. Au revoir les « fuck » et tout ses dérivés, au revoir les gros guns, New York et la mafia. Bonjour Paris, les enfants, le cinématographe et les acteurs britanniques.

Hugo Cabret est un véritable conte de Noël
: neige, belle histoire, déprime et enfants, tout est là. C’est quand même son premier film « tous public » depuis 18 ans. Malgré le fait que ce soit son premier et seul film pour enfants, il n’est pas étrange que ce soit Scorsese qui le réalise, c’est même assez logique. Le film est un magnifique hommage au cinéma de George Méliès, c’est une véritable déclaration d’amour au cinéma en général et à celui de ce pionnier en particulier.

Pour ceux qui n’ont pas révisé George Méliès : illusionniste de profession, il est le père des effets spéciaux au cinéma. On lui doit les premiers films purement fantastique et merveilleux. Rêves, imagination, ses films, dont la plupart a disparu, n’avaient aucune limite, pour le plus grand plaisir et effroi de ses contemporains.

Scorsese est quant à lui surtout le pionnier du débit mitraillette hérité de ses années d’addiction à la cocaïne et de sa passion contagieuse pour le cinéma, il a depuis passé le relais à Quentin Tarantino, un autre réalisateur à l’œuvre cinéphilique et violente qui aime apparaître dans ses propres films.

Mais Scorsese était sûrement le plus indiqué pour faire ce film. Pour rappel il est très actif dans la protection des vieux films et il est un cinéphile avéré. En 1990, il a crée la Film Foundation pour la préservation du patrimoine cinématographique et des vieux films particulièrement. De plus sa filmographie a toujours été très référencée et comporte plusieurs remakes. Certains disent même que, dernièrement, son cinéma n’est plus que ça, il se perd dans les hommages et les reproductions au détriment de l’originalité.

De mon point de vue Hugo Cabret est carrément un magnifique et onéreux spot de pub de deux heures pour la promotion de The Film Foundation, le tout en trois dimensions.

Ce méli-mélo sur Méliès met en liesse et ne me lasse pas.

Hugo Cabret est l’adaptation du livre pour enfants de Brian Selznick, L’Invention d’Hugo Cabret, publié en 2007 aux États-Unis. Le livre a reçu des prix parmi les plus prestigieux dans sa catégorie, c’est donc une histoire solide, pleine de nostalgie, de poésie et de mécanique d’horlogerie. Mais il n’en ressort pas moins que c’est quand même un film pour cinéphile plus que pour enfants, ces derniers n’ayant pas forcément tout le bagage pour apprécier les références multiples. En dehors des références évidentes aux premières heures du cinéma, aux premières émotions des spectateurs de l’époque des frères Lumière, à Harold Lloyd (il n’y a qu’à voir l’affiche) et à Méliès. Il y a aussi dans le film de jolis clin d’œil à Django Reinhardt, à Jules Vernes, à Charles Dickens, au steampunk et aux vieux bibliothécaires érudits entre autres.

Don’t stop me now

Côté casting, il est amusant de remarquer que la majorité des acteurs est britannique. Que ce soit Sir Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Asa Butterfield, Sir Christopher Lee, Ray Winstone, Emily Mortimer, Helen McCrory, Sir Richard Griffiths, Frances De La Tour ou Jude Law on peut dire que c’est un film au casting très « God save the Queen » et surtout énoôormissime. La seule intruse est Chloé Grace Moretz qui vient soutenir Martin Scorsese face à la perfide Albion. Au passage, je tiens à dire que Chloe Moretz est bien plus percutante et drôle quand elle est grossière comme dans Kickass, pour ne citer que celui là, mais on imagine que face à tant d’acteurs au parler pointu on a tendance à s’essayer à la sobriété. Notons quand même que c’est, pour Scorsese, le premier film sans Leo DiCaprio depuis 12 ans. Avant ça, Marty rendait fou Nicolas Cage à Hell’s Kitchen, et ni ses cheveux ni lui ne s’en sont remis depuis.

Ce Hugo Cabret m’a beaucoup fait penser à une production Pixar : il y a de la nostalgie, une tristesse latente, une excellente réalisation, le film s’adresse aux plus jeunes mais les adultes y trouvent leur compte grâce aux multiples références et le tout est en 3D. Chose rare d’ailleurs dans les productions récentes, la 3D est ici vraiment bonne, Scorsese l’utilise à bon escient, elle fait partie intégrante de la mise en scène et il met à profit de nombreuses possibilités qu’offre cette technologie.

Les jeunes acteurs s’en sortent bien mais ils sont surtout tirés vers le haut par les vieux de la vieille de la Shakespeare company. Le point fort du film reste quand même le coté visuel, les décors, la déjà mentionnée 3D, et les effets spéciaux participent beaucoup à la magie du tout.

Hugo Cabret est un film qui a le potentiel pour devenir culte et qui sera découvert et redécouvert de nombreuses fois à mesure qu’il prendra de la valeur et de la pertinence avec les années.

Pâte Filmo narrative

Allez pour finir un petit exercice de style qui contient le titre de tous les films de Tonton Marty à ce jour :

« On peut se demander qui frappe à ma porte, venant de ces rues méchantes. Je réponds qu’Alice n’est plus ici, mais ce n’est que le chauffeur de taxi. Il vient me chercher pour m’amener à New York, NY pour les intimes. Heureusement que ce n’était pas ce taureau sauvage de mes cauchemars. Pendant le trajet les passants m’apparaissent comme une valse de pantins et après des heures, le chauffeur veut voir la couleur de l’argent. Venir ici est une sorte de dernière tentation et premier cri de mes histoires New Yorkaises. Je ne suis pas encore un des affranchis mais j’ai les nerfs à vif, il est fini le temps de l’innocence, maintenant je peux jouer au casino, j’ai de la présence et je roule à tombeau ouvert, je fais partie des gangs de New York. Maintenant je me dis que j’aurais pu être aviateur ou jouer les infiltrés chez un photographe pour exercer ma passion et finir mes jours sur une île, le shutter pour seule préoccupation. Au fait mon nom est Hugo. »

 

 

 

 

 


Hugo Cabret de Martin Scorsese 14 Décembre 2011 avec Asa Butterfield, Chloe Grace Moretz, Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Christopher Lee, Emily Mortimer,....