Les âmes s’envolent, les écrits restent


2014 fut une bonne année pour les Moutons Électriques, de l’aveu même de son gérant et co-directeur littéraire André-François Ruaud. C’est surtout l’année la plus prolifique pour la maison d’édition, avec des succès de librairie (Un éclat de givre d’Estelle Faye et Manesh de Stefan Platteau) ainsi que d’autres très bons ouvrages comme le premier tome de l’Histoire du Futur Proche de Roland C. Wagner. Alors que 2015 commence, je voulais mettre l’accent sur un titre sorti en novembre de l’année dernière, Les Âmes envolées de Nicolas Le Breton.

J’avais déjà lu le premier livre de l’auteur, La Geste de Lyon, qui se déroulait à l’époque médiévale dans l’ancienne capitale des Gaules et j’avoue que l’annonce de son futur livre, à caractère steampunk, m’avait beaucoup intéressé. Bien m’en a pris : c’est un excellent roman, plein d’action et d’humour avec un héros, le préfet Louis Lépine, aussi attachant que drôle. J’ai posé quelques questions à Nicolas Le Breton, les voici.

NicolasLeBreton

Question classique pour commencer : peux-tu te présenter rapidement à nos lecteurs ?

J’ai 41 ans et travaille pour payer les factures (on en est tous là), comme guide et conférencier à Lyon. J’ai sous la besace des livres variés, ayant écrit : une trilogie de polars médiévaux, La Geste de Lyon (parue aux Moutons Électriques), un beau-livre et un ouvrage de récits, Grands Criminels Lyonnais, parus chez Ouest-France. Le roman Les Âmes Envolées représente mon premier vrai ouvrage de littératures de l’imaginaire mais, je l’espère, le premier d’une longue série, tant j’ai eu la sensation de « revenir à la maison » en l’écrivant.

Comment t’est venue l’idée de l’histoire des Âmes Envolées ? Est-ce qu’elle te trottait en tête depuis un certain temps ou c’est finalement assez récent ?

La seule suggestion de mon éditeur de faire un roman de steampunk a déclenché une cataracte d’idées qui ne s’est pas arrêtée pendant une semaine. Je n’ai pas eu de problème pour en trouver, bien au contraire : il a fallu surtout les trier pour en faire un tout cohérent !

Tes premiers romans se passaient dans le Lyon médiéval. Est-ce que ta façon de travailler s’est modifiée avec ce changement de genre ?

Je ne serais pas le seul à faire le lien entre roman historique et roman d’imaginaire : la démarche est très semblable, puisqu’il s’agit de créer une histoire dans un monde éloigné, étranger au lecteur au moins par certains aspects. Je n’ai pas ressenti de différence profonde, d’autant que, par certains aspects, les Âmes est un roman historique. Une histoire du XXe siècle retournée comme un gant, mais quand même…

Vous pouvez y aller, c'est du très bon aussi !

Vous pouvez y aller, c’est excellent aussi !

Malgré ton passage du roman historique au steampunk, tu es resté chez le même éditeur. Comment t’a-t-il accompagné dans ton projet ?

André-François Ruaud s’était laissé séduire par la Geste, un ouvrage hors des sentiers habituels des Moutons. Pour les Âmes, par contre, c’est lui qui me l’a demandé, sachant que je lui avais confié ma volonté de faire un roman imaginaire. Il a suffi qu’il lâche le mot de steampunk, pour que le barrage trop longtemps contenu ne cède…

Quelle a été ta principale difficulté au moment de créer un univers steampunk crédible ? En tant que lecteur, je me suis toujours demandé comment les auteurs arrivaient à imaginer un monde différent de celui que l’on connaît tout en le rendant familier ?

Difficulté ? Non, vraiment, sur la création du monde, aucune. Je me suis amusé comme un petit fou !

Lesâmesenvoléescover

Quelles ont-été tes principales inspirations pour les « Âmes envolées » ?

Les classiques : Jules Verne, Tardi, mais aussi Lovecraft… Mais l’inspiration primordiale a été le roman extraordinaire de James Hilton, Lost Horizons, qui est à l’origine du Mythe de Shangri-La en Occident. On ne dira jamais assez combien ce livre est réussi, envoûtant et puissant. Mes héros se devaient de visiter le mystérieux Beyul caché au cœur de l’Himalaya… mais chut ! je n’en dirai pas davantage ici.

Le personnage principal est le préfet de police Louis Lépine. Fut-il ton premier choix en tant que héros ? Ou tu as hésité avec d’autres figures historiques ?

Je me suis creusé le crâne une bonne journée sur le héros que je voulais donner au roman. Une fois que l’idée de Lépine m’est venue, elle ne m’a pas lâchée. C’était, a posteriori, l’évidence même pour un héros de steampunk français ! Le père d’un concours d’inventions loufoques ! Sapristi, palsambleu, ventre saint-gris ! Je tenais mon protagoniste !

Oui, vu comme ça, on ne l'imagine pas en héros d'un roman steampunk. Pourtant...

Oui, vu comme ça, on ne l’imagine pas en héros d’un roman steampunk. Pourtant…

J’avais rencontré Lépine au cours de bien des lectures, parce qu’il est Lyonnais, et puisque je me suis intéressé de près à l’histoire de la Police de cette époque, pour mes visites et conférences sur la ville de Lyon. Disons que, comme Bonnot, il me surnageait dans le cerveau, et n’a eu qu’à agiter son haut-de-forme pour que je le tire de là…

La dernière question sera un peu la tienne : quelle question ne t’a-t-on jamais posé et à laquelle tu aimerais vraiment répondre ?

As-tu un rêve irréalisable ?
Faire un tour du monde à bord d’un grand zeppelin des années 20…
Vous pouvez retrouver l’auteur sur son blog : Fatras et Alambics


Les Âmes Envolées de Nicolas Le Breton Les Moutons électriques 328 pages, 22 € 6 novembre 2016