La maison de soie : un roman d’Anthony Horowitz


Il est des mythes qui ne faiblissent jamais. Celui de Sherlock Holmes, avec ses nombreuses adaptations, en fait partie. Ce tout nouveau volume des aventures du célèbre détective, écrit par Anthony Horowitz, se veut dans la lignée des nouvelles originelles. Il marque ainsi une rupture avec les dérivés cinématographiques et télévisuels récents qui interprètent plus ou moins librement l’œuvre de Conan Doyle.

Des adaptations pas toujours fidèles

En effet, les séries et films sortis dernièrement s’éloignent de plus en plus du canon. Les longs métrages de Guy Ritchie mettent en scène un Sherlock complètement hollywoodien, et l’on perd presque tout le côté déduction dans le deuxième opus. Sherlock, série créée par Steven Moffat et Mark Gatiss, présente un Holmes authentique mais qui opère à notre époque. Quant à Elementary, série américaine créée par Robert Doherty, je dois dire que je suis perplexe : Sherlock a tout de Dr House, John est incarné par Lucy Liu et l’histoire prend place à New York. Vous comprendrez qu’un retour aux sources ne fait pas de mal.

Anthony Horowitz est un auteur qui compte pour moi. J’ai dévoré Alex Rider lorsque j’étais plus jeune, et je suis sûre que je les relirais aujourd’hui avec plaisir. J’ai donc été à la fois ravie et perplexe lorsque j’ai découvert ce nouveau Sherlock. Ravie, en raison de mon amour pour l’auteur, et perplexe, car pour moi Sherlock est un monument, un style difficile à égaler. J’ai connaissance de l’expérience de Horowitz dans la rédaction de scénarios d’enquêtes policières adultes, mais je ne crois pas en avoir vu ou lu. J’ai donc abordé ma lecture avec le souvenir d’Alex, très intriguée par ce que ça allait donner. Mais pas inquiète. En effet, ce livre est une commande des ayant-droits de Conan Doyle, et ils connaissent bien mieux que moi l’œuvre de ces deux auteurs.

Mais passons au roman, intitulé La maison de soie.

La Maison de Soie

Une enquête prenante

Alors que John Watson, dont la femme s’est absentée, passe quelques jours chez Sherlock Holmes, un homme vient frapper à la porte. Il a repéré devant chez lui un homme louche, et craint qu’une vieille affaire de son passé ne revienne le hanter. Cet évènement va déclencher une véritable chute de dominos, chaque pas dans l’histoire en faisant tomber de nouveaux.

Le style, tout comme l’intrigue, sont fidèles à ce que je me rappelle de Sherlock, l’original. Il y a longtemps que je n’ai pas parcouru la prose de Sir Arthur Conan Doyle, aussi mon esprit n’est sans doute pas aussi critique qu’il aurait pu l’être. Cependant, l’ambiance brumeuse de Londres, les bars et ruelles inquiétantes, les fumeries d’opium, les nombreuses références à d’anciennes enquêtes de Sherlock, tout est là pour nous immerger complètement dans l’univers et nous faire oublier que le maître n’est pas derrière la plume. Ces références placent cette histoire dans la trame des autres romans et l’insèrent ainsi plus facilement dans le canon. Même si le Sherlock d’Horowitz a un côté un peu plus humain que dans mes souvenirs, on retrouve tout ce qui fait de lui un personnage si haut en couleur : les talents de déguisement, le violon, la propension à l’addiction, et surtout cette incroyable capacité de déduction. Une discussion avec Mycroft, son frère, nous offre ainsi un dialogue délicieux et complètement improbable.

J’ai de plus trouvé qu’il y avait par moment une certaine ambigüité dans la relation entre Sherlock et John. Pas dans leurs actions, mais dans des remarques de personnes extérieures. On préfère par exemple faire jurer John sur sa relation avec Sherlock plutôt que sur son mariage. Visualiser les personnages en tant que ceux de la série de la BBC m’a peut-être aidé à remarquer ces allusions, bien qu’elles soient bien moins fréquentes que dans l’adaptation de Steven Moffat.

Une visualisation incontrôlable

Je dois en effet malheureusement avouer que j’ai eu Benedict Cumberbatch et Martin Freeman dans la tête. Étant une grande fan de la série Sherlock, il m’a été très difficile, voire impossible, d’imaginer les personnages autrement. Mais cela ne m’a en rien empêché de me projeter dans cette fin du XIXe siècle. Horowitz décrit en effet avec talent le Londres de 1890 et cette course haletante vers la Maison de Soie.

Il n’y aura qu’un livre, et on sent que l’auteur a voulu faire plaisir aux lecteurs. J’ai déjà mentionné plusieurs éléments et la présence de Mycroft, mais sachez que ce roman réserve de nombreuses surprises, des clins d’œil qui feront sourire les connaisseurs. Le Rose and Crown par exemple, bar où se rendent Holmes et Watson. Il existe un bar nommé ainsi, et son tout premier manager est aujourd’hui le propriétaire du Sherlock Holmes Pub et du Moriarty’s Bistro. Il ne s’agit peut-être que d’une coïncidence, mais avouez qu’elle est troublante.

En conclusion, on retrouve ici un Sherlock Holmes brillant, à l’esprit acéré, comme toujours. L’histoire est sombre, le crime choquant, et on se pose des questions jusqu’au dernier chapitre. Le dénouement est surprenant autant qu’inattendu. Horowitz reste dans le ton jusqu’à la fin, et même si le problème est d’actualité, il s’insère parfaitement dans cet univers londonien brumeux et mystérieux. Et la mention de Whitechapel n’est pas là pour nous rassurer.

La Maison de Soie, par Anthony Horowitz
Calmann-Lévy
2011, 16,25€


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