La Rafle


C’est  par un dimanche matin ensoleillé, jour de Carnaval, que j’ai décidé de sacrifier ma grasse matinée pour assister à l’avant-première du film La Rafle. Mais sur l’écran, ce ne sont pas les chars fleuris que nous voyons passer mais un tout autre défilé, particulièrement éprouvant.

La RafleParis, été 1942. La France vit sous le régime de Vichy. Joseph, un jeune garçon de 11 ans, subit la stigmatisation de l’étoile jaune et les interdictions imposées au peuple juif. Il continue malgré tout à profiter de la vie au milieu de sa famille et de ses amis jusqu’à ce jour du 16 juillet 1942… Au petit matin, 13000 juifs sont raflés chez eux et emmenés au Vélodrome d’Hiver… Commence alors pour tous ces gens un enfer qui changera à jamais le cours de l’Histoire de France.

S’il existe des films qui empêchent un groupe d’adolescents  de manger du pop-corn, poussent les gens à applaudir et laissent des spectateurs prostrés dans leurs fauteuils, la tête dans les mains pour cacher leurs larmes, La Rafle est de ceux-là.
On peut avoir l’impression que tout a été dit sur la Shoah, tout écrit et tout réalisé, à tel point que certaines personnes pensent qu’il ne sert à rien de ressasser ce passé. Pourtant, La Rafle arrive à nous captiver, à nous bouleverser à travers la description d’événements dont on pensait tout savoir et qui, finalement, nous sont encore partiellement étrangers. En effet, ce film relate un épisode rarement abordé au cinéma, la rafle du Vel’ d’Hiv’, à laquelle le gouvernement français a pris une telle part active que la honte a poussé tout le pays à jeter un voile de pudeur sur ce passage de notre histoire. Il faudra d’ailleurs attendre 1995 pour que le président, Jacques Chirac, reconnaisse la responsabilité de la France et présente ses excuses à tout un peuple.

Ce film a l’avantage de mettre l’accent sur le point de vue et le devenir des enfants juifs, qui sont, dans la plupart des films, simplement relégués à des rôles de figuration ou de faire-valoir de l’horreur. Ici, ce ne sont pas les adultes joués par des acteurs célèbres comme Jean Reno, Mélanie Laurent ou Gad Elmaleh qui sont les héros mais bien les enfants dont on suit le destin malheureusement écourté. Leur omniprésence est un formidable générateur d’émotions mais on ne tombe pas pour autant dans le misérabilisme. Non,  si le film joue sur notre corde sensible et notre empathie, c’est bien parce que ce qui s’est passé est effroyable, pour nous faire réagir, pour nous éviter d’oublier des faits dont on peut parfois avoir l’impression qu’ils sont rabâchés. D’ailleurs, les quelques moments de légèreté du film viennent également des enfants. Les jeunes acteurs sont assez naturels, avec une mention spéciale à l’interprète de Joseph, Hugo Leverdez, qui semble prêt à un bel avenir cinématographique.

Roselyne Bosch

Roselyne Bosch

Roselyne Bosch n’aborde pas l’événement de façon manichéenne puisque chacun se retrouve en prise avec sa propre conscience. Si certains se mettent en danger pour sauver des voisins  alors que d’autres se soumettent à l’autorité avec plus ou moins de zèle, s’épargnant de faire un geste significatif pour éviter le massacre par peur des risques, ceux-là peuvent également fermer les yeux en laissant s’enfuir des juifs. Les scènes de réunion entre les décideurs  révèlent la désinvolture des uns et le malaise face à la situation des autres.

Pour ce qui est des images, le film n’a certes pas la sobriété esthétique de La liste de Schindler de Spielberg ou  la froideur glaciale de Nuit et Brouillard d’Alain Resnais mais il propose une reconstitution soignée des lieux et des faits. Les scènes du Vel’ d’Hiv’ sont particulièrement impressionnantes et laissent facilement deviner l’ampleur du désastre. C’est peut-être aussi ce réalisme qui rend ce film si proche de nous et si poignant, surtout que les personnages ont presque tous existé ou ont été inspirés de personnes ayant réellement existé. Et si le film se termine sur un pseudo happy-end (car avec une histoire pareille, il ne peut pas y en avoir vraiment), c’est aussi pour nous redonner un peu d’espoir et nous sauver du désarroi dans lequel il peut nous plonger.

Ce n’est pas seulement un devoir de mémoire que d’aller voir ce film mais surtout un devoir envers vous-mêmes que d’éviter de manquer une expérience de cinéma telle que celle-ci. Et un petit conseil, préparez votre boîte de mouchoirs !

NB : Joseph Weismann, dont la vie a servi de base pour ce film,  y a fait une apparition, ainsi que sa fille, son fils et son petit-fils.


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La Rafle de Roselyne Bosch
1h55
Drame historique

Distribution :
Mélanie Laurent : Annette Monod
Schmuel Weismann : Gad Elmaleh
Joseph Weismann : Hugo Leverdez
Dr David Sheinbaum: Jean Reno
Sura Weismann: Raphaëlle Agogué
Bella Zygler: Sylvie Testud

Site officiel : http://www.larafle-lefilm.com/


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