L’art délicat du générique de série


Chez Mandorine, on aime beaucoup les séries et faire découvrir nos petites préférées. Il y a quelques temps déjà, nous vous avons parlé du livre Génériques ! qui réalisait une analyse complète de l’art complexe du générique de série. Mais aujourd’hui, j’ai envie de vous livrer mon petit Panthéon personnel, ces ouvertures qui restent marquées dans mon imaginaire et que je peux regarder avec plaisir même au bout de la vingtième saison. Attention, ce n’est pas parce que j’aime d’amour une série que je trouve forcément son générique excellent, et inversement. Par exemple, je suis un grand fan de Scrubs mais le générique me laisse froid. A contrario, Game of Thrones m’ennuie profondément mais je reconnais la maestria de sa séquence d’ouverture. Plongeons nous donc dans six introductions de séries télévisées incontournables.

Rome (HBO, 2005-07)

Non content d’être ma série préférée de tous les temps, notamment grâce à sa thématique, la qualité de ses acteurs et la beauté de ses reconstitutions, Rome possède également un excellent générique, superbement travaillé, qui puise dans l’imagerie des maisons et des rues de l’époque romaine. Sous nos yeux, les graffitis s’animent, la chevelure de Méduse devient vivante, les combats de gladiateurs se font acharnés… Il y a pas d’images tirées des épisodes dans cette séquence d’une minute et trente secondes, mais elle pose tout de suite l’ambiance de la vie quotidienne de l’époque. Elle annonce également la couleur : ce sera une histoire de pouvoir, de sexe, d’ambition et de mort. Ce générique ne changera pas durant les deux saisons que durera la série mais c’est toujours avec délectation que l’on assiste à ce petit chef d’œuvre.

 

Dexter (Showtime, 2006-13)

Comment réussir à retranscrire dès les premières secondes de l’épisode la personnalité multiple et complexe de Dexter Morgan, policier le jour et serial killer la nuit ? L’ouverture de la série, intitulée Morning Routine, réussit ce pari compliqué. On suit le lever de Michael C. Hall, son rasage, son petit déjeuner… un lever tout ce qu’il y a de plus normal. Sauf que dans la façon de le filmer, dans le grain de l’image ou encore dans le déroulé du générique, tout concorde pour mettre le spectateur mal à l’aise car le parallèle est très marqué entre sa « morning routine » et ses activités de tueur. La musique utilisée accentue d’ailleurs encore plus ce décalage. Un générique entre sourire et malaise et un coup de maître pour Dexter.

The Wire (HBO, 2002-08)

The Wire est une oeuvre complexe, géante et massive, aux thématiques multiples, une radioscopie des Etats-Unis à travers la ville de Baltimore. C’est cette dernière qui tient le rôle principal plutôt que les différents personnages. Ainsi, le générique brasse lui aussi des dizaines de thèmes, des images récurrentes au fil des saisons, comme un clin d’œil aux initiés, et de nouvelles qui éclairent les spectateurs sur le sujet principal de la saison. Le coup de génie vient également de la musique : The Wire utilise Way down in the hole de Tom Waits comme thème principal, mais modifie l’interprète selon la saison, toujours pour dire aux habitués qu’ils sont en terrain connu, mais qu’il faut s’attendre à du nouveau.

Le Prisonnier (ITV, 1967-68)

Série extrêmement novatrice à sa diffusion, incorporant des éléments d’espionnage, de science-fiction, de philosophie et de nombreux autres thèmes, Le Prisonnier a marqué l’histoire de la série télévisée. Son pitch est parfaitement retranscrit dans sa séquence d’ouverture : un agent des services d’espionnages anglais démissionne de son travail et rentre chez lui, à priori pour faire ses valises et partir en vacances. Sauf que d’autres personnes vont l’endormir à l’aide d’un gaz soporifique. A son réveil, l’agent se retrouve prisonnier d’un village mystérieux, se fait désormais appeler Numéro 6 et les dirigeants de ce village n’auront de cesse de vouloir lui extorquer la réponse à une question : pourquoi a-t-il démissionné ? Le générique profite d’un thème musical universellement reconnu et c’est dans celui-là qu’est prononcée cette phrase célèbre : « Je ne suis pas un numéro : je suis un homme libre ! »

Six Feet Under (HBO, 2001-05)

Le cas du générique de Six Feet Under est un peu particulier à mes yeux. La série raconte l’histoire d’une famille tenant une entreprise funéraire, on se retrouve donc avec une thématique de la mort incontournable. Pour le générique, le choix a été fait de se focaliser sur le parcours d’une personne décédée, depuis la fin de sa vie (les deux mains qui se lâchent) jusqu’à son enterrement. Le générique ne raconte finalement presque rien de la trame de Six Feet Under, mais permet de rentrer directement dans l’univers si particulier de la série. Il y a une sorte d’alchimie entre la musique choisie et les images utilisées, de très belle qualité et c’est ce qui fait rentrer cette séquence d’ouverture dans mes préférés.

True Detective (HBO, 2014- en cours)

Encore une série HBO me direz-vous, et vous n’aurez pas tort. J’aime beaucoup le style des génériques des séries de Home Box Office, très travaillés et ne sombrant (presque) jamais dans la facilité. True Detective en est encore une démonstration parfaite : visuellement excellent, utilisant les visages des protagonistes comme des toiles où se projettent les paysages traversés dans l’intrigue, le tout accompagné d’une musique lancinante. Avec le changement d’acteurs et de décors de la saison 2, il est fort probable que ce générique soit modifié et j’espère très sincèrement que le nouveau sera aussi bon.

 

Et vous, quels sont vos génériques de séries préférées ?