Le rabaissement – Philip Roth


Épisode no16 de la série Littérature US

« Parfois c’est stupéfiant de se retrouver là mois après mois, saison après saison, et de se dire que tout se passe sans vous. Exactement comme quand on sera mort. »
Philip Roth – Le rabaissement.

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Cet article a été publié pour la première fois le 18 janvier 2012.

Ce sentiment est celui de Simon Axler, acteur renommé qui a brûlé les planches des plus importants théâtres, interprété les plus grands rôles, les plus difficiles aussi. Un acteur qui, à soixante-cinq ans révolus, perd toute confiance en lui, en son talent. Petit à petit l’engrenage se met en marche. Il devient incapable de monter sur scène ; de guerre lasse, sa femme le quitte ; il se terre dans sa maison de campagne loin de New York et de sa vie d’acteur. Après une tentative de suicide manquée – il n’y a pas cru – , il fait un séjour en hôpital psychiatrique, où il observe d’autres patients suicidaires raconter inlassablement leurs échecs, leurs vies misérables. Puis retourne à sa vie d’ermite, spectateur de sa propre vie attendant on ne sait quel miracle.

Le « miracle » attendu arrive en la personne de Pegeen, jeune femme en âge d’être sa fille. Ses parents, acteurs ratés, sont de vieux amis d’Axler. Pegeen vient de se faire larguer par sa copine, qui a décidé de devenir « un homme moustachu ». Après avoir passé vingt-trois ans « en tant que lesbienne », Pegeen décide de changer de vie, et de corps. Elle laisse Axler modeler son physique, la métamorphoser en modèle de féminité, à son propre goût. Avec elle, Axler retrouve le désir, de l’espoir, de la confiance, des rêves et des fantasmes. Mais faute d’amour salvateur, Simon s’enfonce dans un plaisir obsessionnel, malsain.

Le dernier acte se déroule comme prévu. La résurrection espérée n’aura pas lieu. Les espoirs du vieil homme se transforment en délire. Il parviendra néanmoins à incarner son dernier rôle, à y croire un peu en le jouant. Dernier succès de ce loser sur le tard. Mais Simon laisse tout de même le dernier mot à un autre. Tchekhov, en l’occurrence.

Philip Roth a très probablement écrit les livres les plus déprimants que j’ai lus. Le rabaissement est son trentième roman, en trois actes. On y retrouve des thèmes chers à l’auteur, le sexe, le plaisir masculin, la vieillesse, la mort. 122 pages de malheur, de misère humaine, de descente inexorable vers le fond. 122 pages magnifiques de vérité, qui nous mettent face à nos propres angoisses.

NB : ce roman risque de déclencher un petit coup de déprime ou une baisse de confiance en soi, à éviter si vous n’avez pas le moral.

 
 
Mise à jour du 8 avril 2015 :
L’adaptation cinéma du livre sort aujourd’hui dans les salles françaises, sous son titre original cette fois-ci, The Humbling. Dans le rôle du vieil acteur sur le déclin, on retrouve Al Pacino. Greta Gerwig incarne quant à elle Pegeen, sa nouvelle – et malsaine – obsession. A la réalisation, Barry Levinson (Good Morning, Vietnam, Rain Man, Man of the year). Excusez du peu.

 
the-humblingThe Humbling, réalisé par Barry Levinson
avec Al Pacino, Greta Gerwig, Dan Hedaya
Sorti en salles le 8 avril 2015.