Les 5 meilleurs groupes fictifs animés


Vous l’aurez compris, on aime faire des listes improbables, chez Mandorine. D’autant plus si elles nous permettent de placer de nombreuses vidéos – et donc de justifier notre procrastination youtubesque. On le sait, entre musique et animation, c’est une grande histoire d’amour (les films Disney en sont la meilleure illustration). Mais celle-ci prend une toute autre importance lorsque les scénaristes créent des groupes de toutes pièces avec leurs protagonistes. Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler des meilleurs groupes fictifs, issus de séries animées, entre ambiance annonciatrice d’une époque et parodies bien léchées de groupes pré-existants.

 

Les Bee Hive

Les fans de manga et de japanime se souviendront probablement du groupe superstar de la série Lucile, amour et rock’n’roll (tout d’abord diffusée en France sous le titre Embrasse-moi Lucile). La série, diffusée dès la fin des années 80 en France, est rapidement devenue culte, malgré son adaptation franchouillarde douteuse et son intrigue mielleuse, et surtout grâce au chat Roméo, un énorme matou dont la maladresse n’égale que la gourmandise, sa seule préoccupation étant celle de manger des crêpes.

Le scénario est assez simpl(ist)e. L’héroïne, Lucile, aide son ronchon de père à tenir le restaurant familial. Elle est amoureuse de Tristan, claviériste attitré des Bee Hive, un groupe de rock très populaire. On notera d’ailleurs la similitude entre les coupes de cheveux de Tristan et de José, le claviériste d’Hélène et les garçons – histoire de rester dans les références culturelles de bon goût –, teinture violette mise à part. Mais Lucile rencontre Matthias, le chanteur du groupe aux cheveux Malabar bi-goût – elle semble avoir un fétichisme étrange pour les couleurs de cheveux improbables, chacun son truc. – et tombe peu à peu amoureuse de lui.

On notera leur engouement commun pour les chemises aux couleurs douteuses.

On notera leur engouement commun pour les chemises aux couleurs douteuses.

Les Bee Hives sont donc censés être un groupe de rock. Je vous laisse juger sur pièces, n’ayant pas vraiment la même notion du rock que les créateurs de la série… La musique des Bee Hives ressemble étrangement à celle d’un phénomène alors tout juste naissant aux États-Unis et en Europe, les boys band. Entre « musique » pop avec de vraies boîtes à rythme dedans, mâtinée de quelques guitares pour le principe, et textes tellement absurdes qu’ils en deviennent géniaux, les Bee Hives anticipent l’arrivée en France de groupes aux textes et mélodies tous plus poétiques les uns que les autres. Ma préférée étant Un tour sur l’autoroute, où le chanteur tente de séduire sa dulcinée en franglais, en lui proposant un road-trip super romantique en scooter sur le périph’. On saluera également l’abnégation des animateurs qui ont poussé le vice jusqu’à lui faire interpréter Car je suis seul sans toi avec un lypsing raté, pour bien rester dans l’idée de chanteur pour midinettes.


Si cette série et ce groupe n’ont pas été pensés avec ironie, ils remportent néanmoins pour moi haut la main leur place dans ce top 5. La réalisation cheap de leurs performances « live », leurs looks, leurs mélodies et leurs paroles improbables, ainsi que les cris de midinettes qui ne dépareilleraient pas dans un épisode de Fan de en font un chantre du groupe kitch et de la série nanard, donc forcément cultes.

 

Jem & les Hologrammes, The Misfits

En cette même fin des années 80, apparaissait sur nos écrans une série américano-japonaise, créée dans l’unique but… de vendre des poupées. La société Hasbro, à l’origine des-dites poupées censées concurrencer celles de Barbie et Mattel, lançait ainsi Jem et les Hologrammes pour promouvoir sa marque.

Comme il était alors de bon ton, l’histoire était celle d’une orpheline, Jerrica, qui hérite de la moitié de la maison de disque de son père, Starlight Music. Si elle tente de suivre les règles en n’outrepassant pas ses droits, il en est tout autre de son associé sans scrupules. Celui-ci décide d’organiser un concours de groupes dont le résultat est truqué. Le gagnant sera le trio pop-rock qu’il vient d’engager, les Misfits – non, je ne parle malheureusement pas du groupe punk ultra-cool des années 70/80 –. Outrée, Jerrica décide de lancer son propre groupe, à l’aide d’une machine créée par son père, qui lui permet de créer des projections holographiques et de se transformer sans efforts, elle et ses copines, en groupe de musique, instruments, fringues, et talent compris. Son groupe, Jem et les hologrammes, remporte le concours, déclenchant la fureur de son associé et des Misfits, qui deviendront dès lors leurs ennemies.

Si Lucile, amour et rock’n’roll anticipait un phénomène qui arriverait un an ou deux plus tard, le dessin animé Jem et les hologrammes fait carrément mine de précurseur face à l’écurie Disney. L’histoire d’une jeune chanteuse qui cache sa véritable identité à la face du monde, ça ne vous rappelle rien ? Plus de 15 ans avant que Miley Cyrus ne débarque dans sa perruque blonde, Jem et les hologrammes racontait plus ou moins la même histoire : celle d’une superstar de la pop rose bonbon, qui, de jour, est une jeune fille « comme les autres ».

Et sur le plan musical, qu’est ce que ça donne ? Vous vous en doutez, il ne faut pas s’attendre à des chef-d’œuvre, il s’agissait avant tout de vendre des poupées aux gamines. La musique du groupe de Jem est donc une pop très eighties aux paroles lénifiantes. Sans grand intérêt, donc.


La musique des Misfits – toujours pas le groupe de punk, suivez, un peu – mérite un peu plus qu’on s’y attarde. S’il s’agit toujours d’une pop très eighties, elle contient plus de personnalité, pour souligner leurs caractères de méchantes de l’histoire. Les paroles sont donc beaucoup moins mièvres que celles de leur nemesis, et parlent principalement de la manière dont elles vont conquérir le monde de la musique ou conduire leurs méfaits. Preuve s’il en fallait encore une que les méchants restent souvent les personnages les plus intéressants dans les dessins animés.


Tout l’intérêt de Jem et les hologrammes réside donc dans cette guerre des groupes, et dans le fait que l’on croisait, dans une série animée des années 80/90, des personnages féminins forts et indépendants.

 

The Be Sharps

Tous les fans des Simpson le savent, malgré son manque total d’ambition, Homer Simpson aura réussi, durant la vingtaine de saisons qui composent désormais la série, à intégrer une multitude de corps de métiers, de coiffeur à astronaute en passant par critique culinaire. Il n’est donc pas étonnant de le retrouver régulièrement dans le milieu du disque. S’il fut un temps le manager d’une chanteuse country, son goût immodéré pour la chanson s’illustre plus particulièrement dans les différents groupes dont il fit partie.

Dans les années 80, il crée, avec le principal Skinner, Apu et chef de la police Wiggum un groupe d’harmonie vocale de type barbershop. Très prisés aux États-Unis et au Canada, ces groupes se composent généralement d’un chanteur principal, d’un ténor, d’une basse et d’un baryton. Leurs chansons se veulent faciles à chanter grâce à des mélodies et des paroles simples à retenir. Si ces voix a cappella vous rappellent les harmonies des Beach Boys, c’est normal. Les barbershop et les Beach Boys (de même que Simon and Garfunkel, par exemple) partagent une même technique vocale, la close harmony. Loin de moi l’idée de vous donner un cours de musique, mais pour faire simple, il s’agit de confiner toutes les voix d’un ensemble, sauf la basse, dans une même octave.

Revenons à nos moutons, rapidement, le quatuor d’Homer est remarqué par un impressario, qui leur suggère de virer Wiggum qui donne un côté un peu trop Village People au groupe. Rejoints par Barney, le groupe se nomme les Be Sharps et enregistre son premier disque, le single Baby on board, composé par un Homer inspiré par la plaque « Baby On board » achetée par Marge pour sa voiture.


Rapidement, les Be Sharps goûtent à la célébrité, gagnent un Grammy Awards, apposent leur nom sur une flopée de produits dérivés et finissent par se laisser griser par leur popularité. Ils nommeront ainsi leur second album Bigger than Jesus… On notera d’autres similitudes entre les Be Sharps et les Beatles, qui ont chacun viré un membre de leur groupe avant de devenir célèbres. En plus d’être quatre et d’avoir joué sur le toit d’immeubles à la fin de leur carrière, la copine de Barney est une artiste conceptuelle japonaise… Leur chute viendra tout aussi rapidement que leur célébrité, et chacun repartira vers ses pénates.

Mais ce n’est pas grave, car Homer connaîtra à nouveau le succès quelques années plus tard.

 

Sadgasm

Durant les années 90’s, Homer réapparaît sur la scène musicale, accompagné cette fois de Lenny, Carl et de Lou le flic. Initialement, leur groupe d’harmonies vocales R&B à la Boyz II Men (la VF de leurs paroles rappelant leur copycat français, les Poetic Lovers) propose des chansons d’amours mièvres et inoffensives. Mais lorsque Marge part à la fac et tombe amoureuse de son professeur de lettres, Homer perd tout goût pour la vie et décide de changer radicalement de style, pour créer le grunge. Son groupe s’appelle désormais Sadgasm, et, petite pirouette des scénaristes de l’épisode, inspirera Kurt Cobain, alors à la recherche d’un nouveau son.

Mais les œuvres de Sadgasm sont en réalité des parodies très réussies de chansons grunge connues dans les années 90. Ainsi, sous la plume d’Homer, le Frances Farmer Will Have Her Revenge on Seattle devient Politically Incorrect, Glycerine de Bush devient Margerine et Rape me, de Nirvana devient… Shave me. Le clip de Margerine contient d’ailleurs un clin d’œil à celui de Smells like teen spirit, puisqu’Homer y chante devant les gradins d’un gymnase, remplis de mannequins de crash test.


Sadgasm connaitra un succès encore plus important que celui des Be Sharps, mais cela ne portera pas chance à Homer, puisque le groupe de séparera après qu’il se soit enfermé dans son manoir, lassé de sa notoriété. Marge l’y trouvera une seringue plantée dans le bras, qu’elle jettera, le croyant accro à l’héroïne. Mais cette seringue contenait en fait de l’insuline, Homer ayant développé du diabète après avoir bu trop de frappuccinos.

Si l’épisode racontant la vie dans les 90’s du couple Marge-Homer (saison 19, épisode Les années 90) est très critiqué par les fans pour avoir totalement rompu la chronologie de la famille Simpson établie jusqu’ici par les créateurs de la série, il reste un petit bijou de références pour ceux qui ont grandi dans les 90’s et ont vu l’avènement et la chute du grunge.

 

Mystik Spiral

Côté flemmardise, Trent Lane n’a rien a envier à Homer. Son groupe, Mystik Spiral, sévit dans la cultissime série Daria. Ils jouent un rock-grunge-alternatif, mais d’après Daria, ce nom leur donne surtout l’image d’un groupe jouant des reprises des Doors dans des pubs. Probablement une des raisons qui amèneront Trent à chercher un nouveau nom tout au long de la série, et à commencer chacun de ses concerts par la phrase :

Hey, we’re Mystik Spiral, but we’re thinking of changing the name.

En plus de Trent, le leader, Mystik Spiral est composé de Jesse, son meilleur ami chevelu, un guitariste couvert de cuir sans chemise à l’hygiène douteuse et à la conversation inexistante. Quant au batteur, Max, il se décrit avec ses comparses comme des criminales – il est d’ailleurs étrangement affublé d’un accent marseillais dans la version française, comme si l’équipe d’adaptation pensait que cela lui donnerait automatiquement un cachet de bad guy –. Mauvais garçon qui devient d’ailleurs doux comme un agneau apeuré dès qu’il croise les forces de l’ordre… Pour finir, Nick, le bassiste, est plutôt discret, si ce n’est par sa couleur de cheveux, qui passe du blond au rose durant la série. Je ne peux m’empêcher de voir dans ce choix capillaire une référence à Layne Staley, l’ex-chanteur décédé du groupe Alice in chains, qui passa lui aussi du blond au rose au cours de sa carrière.

alicevsdaria

Sur le plan musical, Mystik Spiral n’est pas un groupe de reprises, puisqu’ils jouent leurs propres compositions, même si certaines sont un chouilla déroutantes, et si le titre de l’une d’elles, Icebox woman, semble directement inspiré du L.A. woman des Doors. Trent est très doué pour trouver son inspiration dans des situations surprenantes, par exemple en plein milieu d’une dispute familiale ou d’une guerre froide sur fond de trahison entre sa sœur Jane et sa meilleure amie Daria. Le groupe parvient ainsi à composer des chansons qui tiennent la route et donnent envie de secouer la tête en rythme avec eux.

Les Mystik Spiral ne parviendront toutefois jamais à percer réellement, se contentant de jouer dans des pubs et des salles de concerts miteuses, voire lors d’évènements craignons type anniversaire d’une pompom girl ou la fête d’un lycée. Mais leur musique contribue énormément à l’ambiance de la série, qui, lors de sa diffusion TV, pouvait se targuer de disposer de la bande-son la plus cool de l’époque, puisque la plupart des bons groupes des 90’s/début 2000 en ont fait partie, production MTV oblige.