Les chats persans


A leur sortie de prison, une jeune femme et un jeune homme musiciens décident de monter un groupe. Ils parcourent Téhéran à la rencontre d’autres musiciens underground et tentent de les convaincre de quitter l’Iran. N’ayant aucune chance de se produire à Téhéran, ils rêvent de sortir de la clandestinité et de jouer en Europe. Mais que faire sans argent et sans passeport…

La caméra d’or

Bahman Ghobadi, réalisateur de Un temps pour l’ivresse des chevaux (2000), film qui a remporté la Caméra d’Or au festival de Cannes nous revient avec son cinquième long-métrage Les chats persans. Ce cinéaste iranien se bat depuis une dizaine d’années pour faire exister ses projets. Tourné en 17 jours sans autorisation dans les rues de Téhéran, son dernier film mérite une attention particulière sur le fond car c’est avant tout de liberté d’expression dont il est question ici.

La musique comme rempart contre l’oppression

Il est certain que Bahman Ghobadi a su séduire les quelques jeunes présents dans la salle avec ce film chatoyant, aux couleurs sensorielles uniques, aux univers musicaux éclectiques et innombrables ; mais pas que. En effet, ce long-métrage courageux nous offre à sa manière, de participer à la lutte contre la répression.

Les chats persans

Par le biais de Negar, Ashkan et Hamed, le Ari Gold des pauvres qui bouge, parle, négocie, ment et tente tout ce qu’il peut pour arriver à ses fins, il est question ici d’étancher sa soif d’expression. Une soif inaltérable qui trouve son écho dans la musique, une musique underground où les répétitions et les concerts ont lieu dans une étable au milieu des vaches, dans des sous-sols, des champs, des hangars désaffectés…une musique qui se fait le porte parole de tout un peuple face à l’oppression d’un régime. Certains trouveront dans ce déluge musical une certaine redondance des plans et des effets qui pourrait transformer ce film en un objet visuel musical entrecoupé de clips en tous genres. Et pourtant, il se dégage une  telle énergie, une envie vitale de s’exprimer, de vivre, de crier et un enthousiasme bondissant qui nous permet de nous extirper de la forme parfois un peu lourde pour ne s’habiller que du fond, qui nous enchante et nous habite pour de bon…

Notes du réalisateur

« D’après l’Islam, la musique (ghéna) est impure puisqu’elle provoque gaîté et joie. Entendre le chant d’une femme est considéré comme un péché car cela crée des émotions… En Iran, ces trente dernières années, un genre de musique (et en particulier la musique occidentale) a été quasiment interdit par les autorités. Cette musique occidentale doit se cacher dans des sous-sols, se jouer en sous-sol, s’écouter en sous-sol ! Même si cette musique était cachée, cela ne l’a pas fait disparaître. Pendant tout ce temps, presque personne n’a osé en parler. Ça m’a intrigué et j’ai décidé de réaliser un film à ce sujet. Le cinéma m’a donné le courage de le faire. »


Les chats persans


Les chats persans de Bahman Ghobadi 1h41 - Iran Sorti 23 décembre 2009 Titre original : Kasi az gorbehaye irani khabar nadareh
avec Negar Shaghaghi, Ashkan Koshanejad, Hamed Behdad…
Prix Un certain regard, Cannes 2009

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