Les jeux Rareware, des sensations pures


Épisode no de la série Petite histoire du jeu vidéo

Rareware, ce nom ne vous dit peut-être rien. Si, aujourd’hui, le studio de développement anglais appartenant à Microsoft n’est plus que l’ombre de lui-même, il en allait tout autrement durant les années 1990. Si vous possédiez des consoles fabriquées par Nintendo, alors Rareware était synonyme de qualité, d’excellents jeux et de très bons moments à passer. Il faut dire que pendant la période Nintendo 64, le studio de Twycross était un sérieux atout pour la promotion de cette console. Dans la liste des 25 meilleurs jeux de la N64 proposée par IGN, cinq sont issus de leur catalogue ! Alors que faute de succès récents, le nom du studio risque de tomber dans l’oubli, le moment me paraît bien choisi pour vous parler de cinq jeux Rareware qui sont, à mon sens, des titres que tout joueur doit avoir testé. Cinq jeux qui m’ont personnellement marqués, auxquels je joue encore et qui restent intemporels.

Donkey Kong Country (1994, Super Nintendo)

Si le studio fut créé en 1982, c’est en 1994 qu’il se fait réellement connaître auprès du grand public en reprenant une vieille licence qui dormait dans les placards de Nintendo, Donkey Kong. Sorti en 1981, ce jeu d’arcade créé par Shigeru Miyamoto, papa de Mario et Link, entre autres, connaît un succès fulgurant. Le principe est simple : le joueur dirige Jumpman, héros moustachu qui doit aller sauver sa petite amie capturée par le grand méchant gorille, Donkey Kong. Le scénario qui tient sur un timbre poste et le système de jeu simplissime n’ont donc pas empêché son succès populaire même si, depuis 1983, aucun jeu ne reprenant la licence n’est sorti.

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Rareware modifie complètement l’univers de Donkey Kong. D’un jeu simpliste, le studio fait un jeu de plateformes riche en niveaux, situations et passages secrets. La difficulté est considérablement revue à la hausse et le personnage principal n’est plus un simple gorille un peu bête : Donkey Kong et son ami Diddy Kong sont au contraire malins et débrouillards. Côté graphismes, la claque est énorme car c’est tout simplement sublime. Lors des aperçus publiés dans la presse spécialisée, certains pensent même que le jeu tournait sur la future console de Nintendo, et non pas sur la vieillissante Super Nintendo !

Coup de maître, Donkey Kong Country est l’un des jeux les plus vendus de la console et permet d’installer Rareware dans les développeurs à suivre. Le studio développera deux suites au titre, toujours sur Super Nintendo, ainsi que Donkey Kong 64 sur Nintendo 64. Le jeu originel est encore considéré aujourd’hui comme une référence dans le domaine des jeux de plateforme.

 

Goldeneye 007 (1997, Nintendo 64)

On pouvait avoir très peur pour l’adaptation vidéoludique du premier volet de la saga James Bond avec Pierce Brosnan dans le rôle titre. Il faut dire qu’un jeu vidéo adapté d’un film à succès, c’est généralement un ratage complet. Vous avez déjà lu dans nos colonnes l’exemple d’ET sur Atari 2600. Le problème vient généralement du fait que le jeu doit sortir presque en même temps que le film afin de maximiser sa visibilité et d’en vendre un grand nombre. Ceci induit un temps de développement très court et, pour certains éditeurs, un réel désintéressement pour le contenu du jeu car, de toute façon, le public va l’acheter pour la licence. A quoi bon faire des efforts ?

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Alors que le film Goldeneye sort en 1995, Nintendo sort le jeu deux ans plus tard, en 1997. Très rapidement, il devient un hit. Les raisons sont nombreuses : un excellent gameplay qui tire parti de la manette si particulière de la Nintendo 64, des efforts pour coller à l’univers du film tout en essayant de proposer des missions inédites, des objectifs de niveau qui ne se limitent pas à « Tuer tous les ennemis » et un mode multijoueur qui restera dans les annales du jeu vidéo. L’avantage de la Nintendo 64 est de proposer de base quatre ports manettes, pratique pour inviter des potes et se massacrer tout en buvant une bière.

Goldeneye 007 est, encore aujourd’hui, considéré comme l’un des titres les plus importants du jeu de tir sur console. Cependant, aucun portage sur console plus récente n’a été opéré, la faute à des problème de droits impliquant Nintendo, Microsoft (propriétaire actuel de Rareware) et la société de gestion des droits sur James Bond EON Productions. Un Goldeneye 007 nouvelle génération est sorti sur Wii, Playstation 3 et Xbox 360, mais il n’a strictement rien à voir avec la production de Rare.

 

Banjo-Kazooie (1998, Nintendo 64)

Le titre de lancement de la Nintendo 64, Super Mario 64, a révolutionné le concept de jeu de plateformes. Le passage à la 3D implique une nouvelle mécanique de gameplay : Mario ne peut pas se contenter de sauter et de lancer des boules de feu. Il faut rajouter des puzzles, des pièges, des mécaniques plus complexes afin de donner un nouveau souffle au genre. Super Mario 64 marque cette rupture avec brio, mais cela signifie que les autres développeurs doivent se mettre à la page. Rareware développe alors un jeu de plateforme assez similaire dans sa structure à Donkey Kong Country, nommé Banjo-Kazooie, qui devait sortir sur Super Nintendo. Décision est prise de transférer le jeu sur l’Ultra 64 (nom provisoire de la Nintendo 64) et de modifier sa structure pour se rapprocher du nouveau mètre-étalon du genre.

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L’histoire est la suivante : Banjo est un ours vivant avec sa meilleure amie, Kazooie l’oiseau. Mais, horreur, la méchante sorcière Gruntilda a kidnappé la sœur de Banjo, Tooty, car son chaudron magique lui a dit que c’était elle la plus belle et non pas Gruntilda ! Banjo et Kazooie vont donc partir à l’aventure pour collecter des pièces de puzzle et des notes de musique, nécessaires pour avancer dans le monde du jeu. Oui, l’histoire est très enfantine, mais cela n’empêche pas le jeu de s’adresser aux plus âgés. Pour arriver à récupérer toutes les pièces de puzzles, les notes de musique et les autres objets à ramasser, il faut de la patience et de la maîtrise. De plus, les personnages principaux de l’aventure, Kazooie en tête, sont très réussis.

Bien qu’on puisse lui reprocher une grande similitude dans le système de jeu avec Super Mario 64, Banjo-Kazooie est tout simplement l’un des meilleurs jeux de plateformes de la Nintendo 64. Rareware dote la série, quelques années plus tard et toujours sur N64, d’une suite toute aussi réussie que l’originale, Banjo-Tooie. Il faudra attendre 2008 pour qu’un troisième volet, Banjo-Kazooie : Nuts & Bolts, voie le jour sur Xbox 360 mais, au vu des mauvaises ventes de ce dernier, pour l’instant, aucun retour de la série n’est prévu.

 

Perfect Dark (2000, Nintendo 64)

Auréolés de leur succès critique et commercial avec Goldeneye 007, Rare ne s’occupe pourtant pas des aventures suivantes de l’agent secret britannique. D’une part, Nintendo n’a plus les droits de la licence et d’autre part, l’équipe de développement n’a pas franchement envie de se replonger dans cet univers. Cependant, ils vont se servir de l’expérience acquise sur le titre pour proposer un nouveau jeu de tir, cette fois-ci dans un monde de science-fiction : Perfect Dark.

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En 2025, deux races extraterrestres s’affrontent : les Maians (cliché habituel des petits hommes gris) et les Skedars, à l’apparence reptilienne. Cette guerre extra-terrestre possède un relai sur Terre où deux organisations sont en conflit : l’institut Carrington allié des Maians et la dataDyne qui fricote avec les Skedars. Le joueur incarne l’agent de l’institut Carrington Joanna Dark, qui va essayer d’arrêter les Skedars. Notons que le scénario est doté d’une bonne dose d’humour et de passages restés mythiques, comme celui de l’Air Force One, ou la première rencontre avec le Maian nommé… Elvis.

Perfect Dark est le « successeur spirituel » de Goldeneye 007 car il reprend les grandes lignes du gameplay. Graphiquement supérieur à son aîné, c’est un excellent titre à essayer absolument, d’autant plus qu’un remake est sorti il y a quelques années sur Xbox 360 (moins bon que l’original cependant). C’est d’ailleurs lors du développement de Perfect Dark qu’une partie de l’équipe responsable de Goldeneye 007 part de Rare et fonde un nouveau studio, Free Radical Design. Quand à la suite, sortie sur Xbox 360, Perfect Dark Zero, nous ne l’évoquerons pas par pudeur et par respect de la licence.

 

Conker’s Bad Fur Day (2001, Nintendo 64) et Conker : Live and Reloaded (2005, Xbox)

Oui, je sais, les aventures déjantées de l’écureuil le plus punk de l’histoire du jeu vidéo ont déjà été évoquées sur Mandorine. Yohann nous a gratifié d’un article fort complet qui vous explique pourquoi vous devez jouer à ce jeu. Conker’s Bad Fur Day reste l’un des meilleurs jeux de Rareware et il était plus que nécessaire de l’évoquer ici. Lors de sa sortie sur N64, vous ne pouvez pas imaginer le nombre de conventions établies pour les consoles de Nintendo que Conker a piétinées. Et pour une fois, les joueurs Nintendo pouvaient briser l’image qui colle à la peau des consoles de la firme : non, Nintendo n’est pas réservé aux enfants.

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Tant de références cinématographiques judicieusement placées. Rien que l’ouverture du jeu parodiant allègrement Orange Mécanique suffit à illustrer le travail d’orfèvre offert par Rare à une 64 en fin de vie. Des moments d’anthologie, il y en a à foison : les engrenages mafieux, le robot Terminator à tuer avec l’aide d’une fourche parlante, l’arrivée dans le QG du méchant façon Matrix, la cuite mémorable dans une boîte de nuit préhistorique… Et surtout, ce combat épique à coup de papier toilette contre un gros tas de caca chantant, avec option karaoké pour pouvoir chanter avec lui. Oui, c’était complètement con. C’était donc génial.

Après le rachat par Microsoft, Rare décide de faire un remake graphique du jeu, agrémenté de nouveautés, d’une traduction française et d’un mode multijoueur en ligne. Il s’agit de Conker : Live & Reloaded sorti sur la première Xbox. C’est une très bonne adaptation que je vous recommande si vous possédez la console. Un projet de suite, Conker’s Other Bad Day a été évoqué mais rien de concret n’a émergé. Depuis, les fans espèrent toujours que Microsoft demande à Rare un nouveau volet, mais les années passent et rien ne semble venir.

 
En marge de ces jeux, le studio a développé d’autres titres très intéressants, on pourrait parler de Jet Force Gemini, de Killer Instinct, de Diddy Kong Racing, de Kameo : Elements of Power ou encore de Starfox Adventures. Reliques d’un temps où Rareware était dans le haut du panier des développeurs consoles, adulés et respectés. Après l’échec de Banjo-Kazooie : Nuts & Bolts, Microsoft a cantonné le studio, nommé désormais Rare, à des jeux conçus pour son système de motion gaming Kinect. Depuis, j’ai l’impression que Microsoft ne sait pas trop quoi faire de Rare. C’est vraiment dommage. Il reste un héritage immense qui inscrit le nom du développeur au Panthéon du jeu vidéo.

Précédemment, dans la série Petite histoire du jeu vidéo