Les Murmures dans le vent


Mam Baldar (« Oncle volant »), exerce depuis bien longtemps le métier de postier dans différents villages de montagne au Kurdistan irakien. Mais il n‟est pas un postier comme les autres puisqu‟il transmet des sons et des paroles enregistrés sur des cassettes. Un jour, un commandant de la guérilla, loin de sa maison, lui demande d‟enregistrer les premiers pleurs de son enfant qui va naître prochainement. En se rendant dans ce village, le postier découvre que tous les enfants ainsi que la femme du commandant ont été conduits dans une vallée éloignée afin d‟assurer leur sécurité. Il se met donc en route pour les rejoindre…

Sirta la gal ba : les murmures du vent ou l’avènement d’un cinéaste irakien

Le cinéma irakien qu’une partie du  monde a découvert grâce à Siddik Barmak peut désormais s’enorgueillir d’un autre talentueux cinéaste, Shahram Alidi. Une première réalisation inventive, poétique mais bien ancrée dans le réel. Nous voici  transportés dans les sublimes paysages montagneux du Kurdistan irakien, dans un pays où la violence et la guerre rythment la vie quotidienne de la population et notamment du peuple Kurde.

Un personnage au gré du vent, Mam Baldar

C’est aux côtés de Mam Baldar, postier à la barbe hirsute et à la chevelure blanche que Alidi nous emmène au gré du vent. Dans sa camionnette bleue qui semble à l’épreuve du temps, il sillonne les routes et va de villages en villages, d’habitations en habitations, recueillir les messages puis les transmettre. Il est ce lien indéfectible entre un soldat et son futur enfant, entre une mère et ses fils portés disparus à la guerre, un homme demandant la main de sa bien-aimée… Sa vie, son parcours sont hantés par les fantômes de la guerre (il attend toujours le retour de ses deux fils partis à la guerre, sans nouvelles, sa femme est depuis lors rentrée dans un mutisme total), les villages sont désertés, la population massacrée, les maisons pillées. La violence est omniprésente, les plaies de la guerre encore ouvertes mais le regard du cinéaste nous épargne très largement toute perception compassionnelle.

Entre paysages sublimes et lumière incandescente : un génocide

mambaldarLes paysages grandioses, ici les montagnes du Kurdistan irakien et cette lumière merveilleuse ne nous font pas oublier la douleur. Financé par le gouvernement régional du Kurdistan, Les Murmures dans le vent impressionne par son traitement et nous emporte par la poésie et l’inventivité avec laquelle il raconte le génocide qui frappa si durement les Kurdes d’Irak à la fin des années 1980. Porté par une mise en image très allégorique et une histoire des plus métaphoriques, ce premier long métrage prend chair et s’emplit progressivement d’une douleur et d’une urgence que transcendent des séquences symboliques (la plume de la colombe, l’arbre aux radios…).

Il ne reste plus qu’à se laisser entraîner par la grâce de ce film, à la musique si envoûtante qui s’immisce peu à peu en nous afin de nous faire ressentir ne serait ce qu’un peu la souffrance de tout un peuple.

« C’en est fini du vent léger qui laisse aux fleurs leur pollen, le vent de sang qui vient des plaines plombe nos vies de son danger »

Simple, parfois un peu confus mais tellement lumineux, ce premier film, court (1h15) mais dense, marque une continuité dans le renouveau du cinéma irakien tandis que le cri d’un nouveau-né signe la renaissance d’un monde. Un moment fort et émouvant, assurément.


sirta
Les Murmures dans le vent
(Le Murmure du vent serait apparemment une meilleure traduction du titre)
Réalisé par Shahram Alidi – 2009 -1h17 – Irak
avec Omar Chawshin, Maryam Boubani, Fakher…
Festival de Cannes 2009 Semaine de la Critique