Les rois maudits, la saga


La chronique d’aujourd’hui va porter sur une saga littéraire, une saga historique. Pour beaucoup d’entre vous, l’histoire, ce n’est pas votre tasse de thé. Vous pouvez associer ça à des souvenirs de cours, avec des personnages à longue barbe dont le nom vous est absolument inconnu, à des batailles lointaines dont vous avez oublié les protagonistes et à de douloureuses interrogations écrites dont les résultats n’étaient pas fameux. Vous n’avez pas tout à fait tort ! Mais la saga d’aujourd’hui va vous faire oublier tous ces préjugés : il s’agit des Rois maudits de Maurice Druon.

 

Pour situer l’auteur, Maurice Druon est un éminent écrivain décédé en avril dernier, à l’âge de 90 ans. À sa mort, il était doyen de l’Académie Française et ancien secrétaire perpétuel de cette vénérable institution. On lui doit les paroles du Chant des Partisans, chant de résistance de la Deuxième Guerre Mondiale. Il a également obtenu le prix Goncourt. Mais son œuvre la plus connue reste Les rois maudits.

Composée de sept volumes, cette saga prend place, à ses débuts, sous le règne de Philippe IV le Bel, roi de France, et plus précisément lors de l’exécution du Grand Maître de l’Ordre des Templiers, Jacques de Moley. Lors de sa mort, ce dernier lance une terrible malédiction, maudissant les successeurs du roi sur le trône jusqu’à « la treizième génération ». Tout au long des sept tomes, on suivra l’évolution de trois histoires différentes, mais toutes intimement liées :

  • La longue succession de Philippe IV et les déconvenues qui se succéderont, débouchant sur la fin de la dynastie des Capétiens directs,
  • La querelle sur la succession du comté d’Artois, opposant les deux vrais personnages principaux : Robert d’Artois et Mahaut d’Artois,
  • Enfin, l’histoire du neveu d’un banquier lombard, qui va approcher les grands de ce monde.

Tout cela pourrait donner un livre long, ennuyeux, truffé de rappels historiques compliqués et peu compréhensible pour ceux que l’Histoire ne passionne pas. En fait, il n’en est rien. La grande force de Druon est d’avoir rendu attachants ses personnages, qu’ils soient rois ou banquiers. On se plonge immédiatement dans l’histoire car elle est racontée dans une langue fluide et les rappels historiques sont présents pour préciser les points de l’histoire, mais ne sont pas essentiels pour comprendre l’intrigue.

Mention spéciale au « héros » de cette histoire : Robert d’Artois, qui, pour retrouver son héritage perdu, va être de toutes les machinations et les intrigues et, par ses frasques, sera l’un des déclencheurs de la Guerre de Cent Ans. Beau parleur, fier, donnant l’apparence d’un homme idiot et inintéressant, on découvre qu’il est en fait très très intelligent. Et dangereux.

Si les six premiers tomes ont été écrits l’un après l’autre, gardant une continuité et une force intéressante, le septième est un volume à part, avec moins de vigueur et pour tout dire, dispensable.

Les Rois Maudits ont fait l’objet de deux adaptations télévisées. La première, dirigée par Claude Barma, fut diffusée par l’ORTF. Bien que produite avec des moyens limités (elle fut crée en 1972), les acteurs sont géniaux, portant de toute leur verve l’œuvre de Druon. Deux grands acteurs se distinguent dans cette adaptation, portant avec force et conviction, les deux personnages principaux, Robert d’Artois et le banquier Spinello Tolomei, respectivement joués par le formidable Jean Piat et le très bon Louis Seigner.
Le deuxième, datant de 2005 et crée par Josée Dayan, est elle, beaucoup plus accessoire, beaucoup plus fade . Si Jeanne Moreau et Philippe Torreton se donnent du mal pour intéresser le spectateur, l’ensemble manque vraiment de force et de conviction. Bref, un beau gâchis…
Pour résumer, penchez- vous sur les six premiers tomes et la première série télévisée.Vous ne serez pas déçus et, qui sait, vous allez peut être vous réconcilier avec l’histoire !
Bibliographie :
Maurice Druon, Les Rois Maudits :

  1. Le Roi de Fer
  2. La Reine Etranglée
  3. Les Poisons de la Couronne
  4. La Loi des Mâles
  5. La Louve de France
  6. Le Lys et le Lion
  7. Quand un roi perd la France, au Livre de Poche