L’histoire mystérieuse des jeux Atari 2600 enfouis dans le désert


Épisode no6 de la série Petite histoire du jeu vidéo

Une fois n’est pas coutume, nous allons vous narrer une histoire étonnante qui nous fait remonter trente ans en arrière, aux États-Unis. Bien que ce récit tienne probablement plus de la légende urbaine que de la réalité, il devrait vous permettre d’en apprendre davantage sur une partie méconnue de l’histoire du jeu vidéo. Le mythe de l’enfouissement des jeux Atari 2600 dans le désert.

une console Atari 2600

Une console Atari 2600

 

Grandeur et décadence du jeu vidéo aux États-Unis

Au début des années 1980, le jeu vidéo connaît un engouement très important. Les consoles de salon ont le vent en poupe dans les foyers américains. Il faut dire que cela rassure les parents de voir leur progéniture s’adonner aux loisirs vidéo-ludiques dans le cadre douillet de la maison familiale plutôt que dans des salles d’arcade à la réputation plus que douteuse. A cette époque, les consoles les plus en vue sont, entre autres, l’Intellivision de Mattel, la Colecovision de Coleco et surtout, l’Atari 2600. Atari est, à ce moment, le symbole de cette industrie. L’entreprise a véritablement démocratisé le jeu vidéo, notamment grâce à Pong. Créateur prolifique de bornes d’arcade, Atari lance alors la console de salon Pong, suivie quelques temps plus tard par l’Atari 2600 qui sera le best-seller de la marque. On considère que 30 millions de consoles Atari 2600 ont été vendues dans le monde(1), chiffre énorme pour l’époque. Les États-Unis se passionnent pour cette nouvelle mode, qui atteint son apogée en 1982.

Console

Estimation des ventes totales d’unités

Atari 2600

30 millions

Magnavox Odyssey/Philips Videopac

2 millions

Mattel Intellivision

3 millions

Coleco Colecovision

2 millions

Chiffres : Atari and the deep history of video games, Boston.com. | IGN, UK edition | Intellivision History, Intellivisiongames.com | ColecoVision History, Colecovision.dk.

 
Si certains studios font leur travail honnêtement, donnant naissance à de véritables jeux d’exception, d’autres, bien plus opportunistes, sortent de très mauvais jeux, vendus au prix fort, pour profiter de cet engouement. L’un des plus grand symboles étant l’adaptation de Pac-Man qu’Atari a créée pour sa console. L’entreprise cherche alors à rééditer le succès phénoménal de la borne d’arcade sur ses consoles de salon. De plus, l’attente est grande chez les consommateurs : Pac-Man a remporté un énorme succès en salle d’arcade et de nombreuses familles attendent de pouvoir y jouer à la maison. Le jeu sort en mars 1982 aux États-Unis et il est très mauvais. Techniquement pas au point, graphiquement à des années-lumière de la version arcade… Avec cette adaptation ratée, Atari écorne sérieusement son image de marque auprès des joueurs, et la méfiance commence à s’installer.

Outre sa grande ludothèque, Atari a misé sur des grandes campagnes commerciales.

Outre sa grande ludothèque, Atari a misé sur de grandes campagnes commerciales.

 
Dès Noël 1982, l’engouement est rompu. Le public américain en a assez de tomber bien trop souvent sur des jeux de très mauvaise qualité et perd confiance dans le jeu vidéo, arrêtant d’en acheter. Un grand nombre de titres reste en rayon, les vendeurs décident de les brader, entraînant la chute de nombreux studios et des pertes massives. De plus, le marché de l’ordinateur personnel prend son essor, entre autres grâce à la sortie du Commodore C64 en 1982, phagocytant les consoles qui ne servaient « qu’à » jouer. C’est ce qu’on appellera plus tard le krach du jeu vidéo de 1983. Un krach d’une ampleur terrible, entraînant la chute d’Atari, qui sera séparé en deux entités distinctes, Atari Corporation (pour les ordinateurs Atari) et Atari Games (exploitant les jeux vidéos). Les autres acteurs de l’époque, MB, Coleco, Mattel, ne referont plus de jeu vidéo. Le marché américain ne se développe à nouveau que quelques années plus tard, grâce aux efforts considérables de Nintendo pour imposer sur le territoire états-unien sa Famicom, relookée et rebaptisée en NES.

 

E.T, symbole de la chute

Le jeu E.T. l’extra-terrestre, développé par Atari pour sa 2600, est l’exemple le plus parlant de cette crise de confiance du jeu vidéo. Le film de Steven Spielberg, sorti en juin 1982, connaît un immense succès commercial. Un grand nombre de produits dérivés sort pour profiter de cette manne financière énorme. Sentant le bon filon, Atari négocie et obtient les droits pour développer un jeu tiré du film, qui doit sortir sur Atari 2600. Commence alors une véritable course contre la montre : l’équipe de développement, composée d’une seule personne, Howard Scott Warshaw, ne dispose que de six semaines pour créer, développer et finaliser entièrement le jeu. Un rythme infernal qui va nuire grandement à la qualité du jeu. Comment réussir à sortir un jeu sympa, bien fait, captivant et exempt de bugs en six semaines ? Pourtant, Warshaw a de l’ambition pour ce jeu(1).

L'objet du délit

L’objet du délit

 
Mais face au délai très court imposé au développeur, celui-ci doit se dépêcher pour finaliser le soft. Atari mise beaucoup sur ce jeu, l’entreprise pensant que le nom E.T., couplé avec le parc important d’Atari 2600 installé en Amérique, va assurer la bonne vente du soft. Après tout, malgré sa qualité très discutable, Pac-Man s’est très bien vendu. C’est oublier que le cas Pac-Man avait incité énormément de joueurs à la méfiance. E.T. sort début septembre 1982, se fait laminer par la critique et obtient très souvent le titre – un peu exagéré – de « pire jeu de tous les temps ». Sorti en pleine période pré-krach de 1983, il le subit de plein fouet, devenant le titre symbole de ces jeux mal faits, mal codés, sans inspiration et sortant uniquement pour l’argent. Le jeu ne se vend qu’à 1,5 million d’exemplaires. Atari perd alors toute crédibilité : cet échec commercial cinglant conduit à la faillite et au démantèlement de la firme, en 1984. Quand on y pense, c’est aussi le début des adaptations de films en jeu vidéo et le commencement des liens parfois conflictuels entre cinéma et jeu vidéo.

 

Le début de la légende

Atari se retrouve avec un stock énorme de cartouches de jeux devenus invendables. Les baisses massives de prix ne font plus aucun effet, les ménages américains ne veulent plus entendre parler de consoles et certains médias américains parlent même de mort du jeu vidéo. Or, un stock, ça coûte de l’argent et Atari est, à ce moment, dans une période financière extrêmement difficile. L’entreprise perdra d’ailleurs 536 millions de dollars lors de l’année 1983. Que faire ?

En septembre 1983, un fait étonnant se déroule dans la ville d’Almogordo, riante bourgade du Nouveau-Mexique. Le journal local, The Almogordo Daily News, écrit une série d’articles annonçant que des camions appartenant à Atari ont enfoui, dans la décharge de la ville, des jeux vidéo E.T. et des consoles Atari 2600. Dix à vingt articles sont publiés dans le journal durant le mois de septembre. A la fin de ce même mois, le New York Times relaie l’histoire, confirmée par un porte-parole d’Atari. Cependant, d’autres personnes appartenant à la société nient totalement l’histoire. Alors, les jeux E.T. sont-ils véritablement prisonniers des sables du Nouveau-Mexique ?

Une copie de l'un des articles publiés dans le journal Alomagordo Daily News, numérisée par l'un des membres de site Atariage

Une copie de l’un des articles publiés dans le journal Alomagordo Daily News – © Atariage

Bien sûr, de nombreux mordus de jeux vidéo et de mystères en tout genre, des adeptes de la théorie du complot, des Mulder et Scully en herbe, se sont rendus sur place pour essayer de retrouver ces cartouches disparues. Mais personne n’a réussi à trouver le moindre indice sur l’éventuel lieu d’enfouissement, de sorte que l’on n’a jamais su si l’histoire était vraie et si, encore aujourd’hui, un énorme stock de cartouches et de consoles sont toujours enfouies à Almogordo. Vous imaginez aujourd’hui le prix que pourrait valoir un tel stock s’il était déterré ? C’est peut-être aussi pour cela que certains passionnés continuent de chercher.

Moi, j'ai bien une idée d'où les cartouches ont été enterrées...

J’ai bien une idée d’où les cartouches ont été enterrées…

 
Mise à jour du 28 avril 2014

La légende était vraie

Branle-bas de combat dans la communauté geek. Deux entreprises, Fuel Entertainment et Xbox Entertainment Studios (propriété de Microsoft, donc) avaient demandé aux autorités d’Alamogordo l’autorisation de fouiller l’endroit supposé de l’enfouissement de ces cartouches Atari 2600. Elles souhaitent consacrer un documentaire à cette histoire qui sera, dans un premier temps, accessible uniquement aux possesseurs de consoles Xbox. Après moultes tractations, l’accord a été donné et la fouille était prévue le samedi 26 avril 2014.

Le jour dit, on commence à creuser. Et devinez quoi ? Des cartouches d’E.T. L’Extraterrestre et d’autres titres d’Atari ont été exhumées : c’était donc vrai. La plus vieille légende urbaine du monde vidéoludique n’était pas un mythe. D’un point de vue de l’histoire du jeu vidéo, c’est un point important qui est enfin éclairci. Fuel et Xbox Entertainment vont donc pouvoir finir leur documentaire. Néanmoins, à peine les cartouches découvertes, elles sont déjà un sujet d’affrontement entre la ville et Fuel Industries. Déjà, des conflits…

ETfound

Pour aller plus loin

 


(1) Atari and the deep history of video games, 8 mars 2009, Boston.com.
(2) Interview d’Howard Scott Warshaw, Digitpress.com.

Précédemment, dans la série Petite histoire du jeu vidéo