Tuez des arbres, offrez des livres.


Épisode no1 de la série Littérature US

N’en déplaise aux fanas de l’iPad et autres tablettes fourre-tout achetées sous prétexte de lire du numérique – mais utilisées pour du geekage intensif -, offrir un livre – un vrai, imprimé, qui sent l’encre et la colle – est toujours une bonne initiative. Vous ne vous ruinerez pas, vous cultiverez la personne à qui vous l’offrez, et vous aurez un nouveau sujet de conversation, une fois l’objet consommé. Voici ma sélection de coups de cœur 2010, à offrir (et à piquer sans vergogne ensuite) à vos proches pour leurs étrennes.

Indignation – Philip Roth

Éditions Gallimard | 208 pages – 17.90€ | Paru en septembre 2010
J’aurai pu vous parler de La tâche, de J’ai épousé un communiste ou de La pastorale Américaine. Mais j’ai choisi Indignation, déjà parce qu’il s’agit du dernier roman de Philip Roth, mais aussi parce qu’il est tout aussi passionnant que les précédents. 1951, Marcus Messner, jeune étudiant juif, tente d’échapper à la surveillance accrue de son père, phobique des dangers que pourrait encourir son fils. Il s’inscrit dans une fac paumée de l’Ohio, pensant jouir d’un peu de liberté. Mais il fait face à un autre style de pression : celle des conventions sociales. Marcus parvient à garder ses principes, mais s’isole des autres. Il rencontre pourtant l’amour, ou du moins, une partenaire sexuelle. Ce qui le perd. Marcus peine à comprendre la société dans laquelle il évolue, il s’indigne, se rebelle, fait constamment les mauvais choix. Comme très souvent chez Philip Roth, l’histoire est sombre, noire, pessimiste. Et comme toujours, c’est un petit bijou.

La Parenthèse – Élodie Durand

Éditions Delcourt | 221 pages – 14.95€ | Paru en mai 2010
J’avais voulu en parler sur Mandorine, juste après l’avoir lu. Mais il est toujours compliqué d’évoquer un livre que l’on a vraiment aimé. La parenthèse, c’est l’histoire d’une jeune fille, Élodie Durand, étudiante en Arts Déco, qui subit régulièrement des malaises et pertes de mémoire. Poussée à consulter un médecin par ses proches, elle découvre que ces troubles cachent des crises d’épilepsie, causées par une tumeur au cerveau. Débutent 4 années de pertes de repères, d’absences, de visites médicales, de scanners, d’opérations et de rééducation. Aujourd’hui, Élodie est guérie. Devenue illustratrice, elle a choisi de raconter cet épisode flou de sa vie dans La parenthèse. Et elle parvient à nous raconter cette histoire avec légèreté et sobriété. Le trait, en noir et blanc, est très joli et expressif.
Il est assez rare de lire une bande-dessinée au sujet aussi grave sans tomber dans le larmoyant. C’est émouvant, mais pas dépressif. Pas étonnant que La parenthèse fasse partie de la sélection officielle d’Angoulême 2011.

Suite(s) impériale(s) – Bret Easton Ellis

Éditions Robert Laffont | 228 pages – 19€ | Paru en septembre 2010
Souvent, femme varie. J’avais détesté American Pycho, j’ai dévoré Suite(s) impériale(s). Sur une trame de roman noir à Hollywood, Bret Easton Ellis se met en scène : alcool, drogues, spleen et paillettes sont le quotidien de son alter ego/narrateur, Clay.  Les amateur d’Ellis reconnaitront le personnage de Moins que zéro. 25 ans plus tard, devenu scénariste, Clay revient à LA, écumant les soirées VIP et les bouteilles de vodka. Mais l’autofiction dérape vers le polar quand il se trouve mêlé à une sordide affaire de meurtres sur fond de prostitution. Comme dans Dope, on nage dans une impression de film noir, dans la pure tradition américaine. Sauf que là, l’ambiance est réussie : un héros misanthrope et désabusé, une blonde malsaine, des illusions, de la manipulation et de l’hyperviolence. Un cocktail détonnant.

Just Kids – Patti Smith

Éditions Denoël | 328 pages – 19€ | Paru en octobre 2010
Si je ne devais en retenir qu’un seul, ce serait Just kids. Contrairement à d’autres rockstars qui embauchent un ghostwriter pour écrire leurs mémoires à leur place et balancer des détails futiles sur leurs collègues de travail, Patti Smith est avant tout un auteur. Dans Just kids, elle raconte ses vingt ans à New York, à la fin des années 60, sa relation fusionnelle avec le futur photographe Robert Mapplethorpe, qui décèdera du sida en 1989. Elle y parle de poésie, de musique, de ses rencontres. On y croise Dylan, Joplin, Hendrix, Morrisson, Ginsberg et Burroughs. Mais au delà de cet aspect mythique, Patti parle surtout de création, d’art, avec une plume magnifique, simple et accessible. On suit son évolution d’artiste, de la poésie au dessin jusqu’à la musique. Mais surtout, Just kids est un ultime hommage à Robert Mapplethorpe. L’un ne serait pas l’artiste qu’il a été sans l’autre. Les destins de ces deux-là sont intimement mêlés. La preuve, le livre s’ouvre et se termine sur la mort de Robert Mapplethorpe.
Quand je pense que j’ai du demander au libraire de la Fn*c où j’ai acheté ce livre d’aller fouiller dans sa réserve pour le trouver, alors que Life s’étalait pompeusement en tête de gondole…

Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret – Sibylline, Capucine et Jérôme d’Aviau

Éditions Ankama | 192 pages – 14€50 | Paru en septembre 2010
Comme souvent, c’est dans un livre pour enfants que l’on trouve les plus jolies histoires, mais aussi celles qui font le plus réfléchir. Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret, c’est l’histoire de la vie d’Alphonse Tabouret, donc, un petit garçon qui vient d’on ne sait où, qui vit dans la forêt. Il se trouve un papa de substitution, qu’il appelle « le grand monsieur », qui lui apprend plein de choses, et finit par le laisser tout seul. D’où le grand vide d’Alphonse, qui passe son temps à le chercher. Il fait de nombreuses rencontres, fait des erreurs, cherche à se rattraper, trouve l’amour, mais ça l’effraye, alors il s’éloigne, puis revient… La vie, en fait. Cette BD parlera aux enfants comme aux adultes. Les plus jeunes y trouveront de la fantaisie, des jeux de mots, de jolies histoires. Les plus âgés  y verront un reflet de leur vie : est-ce que je ne consomme pas trop? M*rde, je pollue… Je suis pas fichu de chercher le bonheur au bon endroit, etc. Le trait est naïf mais pas simpliste, ni niais. Le ton est léger, poétique, drôle et émouvant à la fois. Et l’objet est magnifique, en plus.