Même pas mort, Jaworski remet le couvert


Tel le drogué, cela fait plusieurs mois que j’attendais ma dose. En réalité, depuis que les Moutons Électriques avaient annoncé que Jean-Philippe Jaworski se lançait dans une trilogie et que le premier tome sortirait en 2013, je comptais les jours avant la sortie de Même pas mort, le premier tome de la saga Rois du Monde. Je dois vous l’avouer, je suis devenu un très gros fan de Jaworski depuis que j’ai lu Gagner la guerre, édité en 2009 par les Moutons et republié en poche chez Folio SF. Je considère cette œuvre comme l’un des meilleurs livres français parus depuis les dix dernières années et je ne saurais que trop vous conseiller de vous le procurer. De Jaworski, j’ai également beaucoup aimé le jeu de rôles Te Deum pour un massacre.

Néanmoins, j’avais quelques craintes pour cette trilogie, puisque l’auteur délaissait l’univers médiéval-fantastique du Vieux Royaume, théâtre des événements de Janua Verra et de Gagner la guerre. A la place, nous nous retrouvons projetés dans une Antiquité celte qui ne sera pas datée avec précision et où l’on croisera les tribus des Arvernes ou des Bituriges. Changement de décor radical qui a pu laisser perplexe un grand nombre de fans, intrigués par ce nouveau contexte.

même pas mort

L’histoire qui nous est contée est celle de Bellovèse, fils de Sacrovèse, qui sera notre narrateur durant ce premier tome. Sacrovèse, qui était roi des Turons, a été tué par son beau-frère Ambigat lors de la guerre des sangliers. Bellovèse, son frère Ségovèse et sa mère Danissa sont épargnés mais exilés au fin fond du royaume. A l’âge où les enfants deviennent des guerriers, Ambigat envoie Bellovèse et Segovèse à la guerre, en priant très fort pour que le sort de la bataille fasse ce que lui n’a pu faire, à savoir liquider définitivement la menace des enfants de Sacrovèse. Et son plan marche : lors d’une passe d’armes, Bellovèse est mortellement blessé. Cependant, un détail pose problème : il ne meurt pas. Sa personne est donc frappée d’interdit, un interdit qu’il va devoir lever.

Autant le dire tout de suite, Même pas mort est un excellent livre. La raison principale est l’écriture de Jaworski, riche et captivante, accrochant le lecteur dès le prologue. On voit que l’auteur a effectué énormément de recherches sur cette période historique et cela se ressent sur l’intrigue : on prend plaisir à découvrir la tradition celte, l’organisation de la tribu. Très rapidement, on s’attache à Bellovèse et on observe son évolution. La scène de fin joue à merveille son rôle de cliffhanger intelligent : il ne frustre pas le lecteur et le met facilement en appétit pour le deuxième tome. Le seul reproche que je pourrais lui adresser est que l’intrigue politique, si délicieusement complexe dans Gagner la guerre, est moins jouissive ici. Mais que l’on se rassure : la politique fait partie de Même pas mort et en est même une composante importante.

Une question cependant : ce premier tome de la saga Rois du Monde souffre-t-il du syndrome « Premier volet d’une saga », à savoir une certaine faiblesse dans l’histoire du fait qu’il faut installer le contexte, les personnages, les événements passés ? Si certains passages sont effectivement un peu plus longs et moins palpitants, ils restent absolument minoritaires par rapport au reste du livre et ne nuisent en aucune manière à la qualité du roman. Un élément très rassurant pour la qualité générale de la saga des Rois du Monde.

Même s’il est un poil en dessous de son roman précédent, Même pas mort est un excellent roman, un vrai plaisir à lire. Jaworski confirme son immense talent et c’est avec une certaine impatience que j’attends la suite des aventures de Bellovèse, l’année prochaine.

Petit bonus : une interview très intéressante de l’auteur à propos de son nouveau roman.

 


Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski Les Moutons électriques 270 pages, 23 € 22 août 2013

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