Miserere Nobis


L’an 309 de notre ère, dans la ville-forteresse de Trèves, en Rhénanie. Depuis son palais impérial, Constantin ne se satisfait pas de régner en Maître sur la seule partie orientale de l’Empire, et rêve de marcher sur Rome pour accéder enfin au pouvoir absolu. A sa cour vit Eusèbe de Césarée, un prêtre oriental qui vient d’être nommé secrétaire particulier de l’empereur. Dans le secret de son cœur, Eusèbe nourrit depuis longtemps un espoir insensé : convertir à la vraie Foi son maître Constantin, ce païen arrogant, fou d’ambition, jouisseur et cruel. Un jour, le jeune érudit entre en possession d’un manuscrit fascinant : une lettre écrite par des survivants du Grand Martyre de Lugdunum (Lyon). Celle-ci pourrait représenter un argument décisif pour la conversion de Constantin, mais elle recèle aussi bien des mystères…

Le Roman historique, un genre didactique

Les périodes troublées de l’Histoire offrent de puissants ressorts narratifs. Avec Miserere Nobis, Roger Bevand ravira, à n’en pas douter, les amateurs d’histoire antique. Il use avec brio des comportements humains récurrents : mensonge, fanatisme, ambition, jalousie, ruse, conquête, héroïsme, lâcheté qui agissent comme autant de lanceurs de narration. De par ces procédés, qui de plus mettent en exergue des thèmes forts, l’Histoire devient bien, à travers la fiction certes, ce qui permet d’interroger le monde contemporain (la chasteté d’Eusèbe est durement éprouvée durant le roman/débat actuel sur le célibat des prêtres).

Docere et placere

Le roman historique est un genre compliqué à produire car il se doit d’instruire et de plaire. Roger Bevand dont Miserere Nobis est le premier roman, nous offre une plongée dans l’épopée grandiose et tragique des tout premiers siècles du christianisme, pendant lesquels intolérance religieuse, fanatisme et ambition démesurée s’allient pour faire couler le sang.

Son style didactique, la période choisie, l’Antiquité tardive une époque confuse, méconnue, complexe, sombre mais d’une richesse incroyable (la montée du christianisme, la réunification de l’Empire Romain, l’édification de Byzance/Constantinople, l’Édit de Milan…) ainsi que ses contributions fictives à l’Histoire dans son histoire (notamment Béatrix, personnage au rôle central), font de Miserere Nobis une lecture agréable, claire, rapide et instructive.

Certains pourront trouver la structure narrative trop classique (quatre parties qui correspondent aux objectifs que s’est fixé Eusèbe) et que le tout manque un tantinet de souffle épique mais ce premier opus de Roger Bevand a décidément beaucoup d’atouts.


Miserere Nobis, de Roger Bevand
Actes Sud
Collection : Histoire – roman historique
299 pages
23 €