Monde surconnecté


Je vais vous raconter une mésaventure, non pas bordelaise mais parisienne pour une fois.

Il était prévu que je me rende à Paris depuis un an, comme tous les ans en fait, pour le couple événementiel de l’année, Japan Expo – Comic Con’. Je ne peux y aller que deux jours, ça sera samedi et dimanche. Depuis Bordeaux, personne que je connais encore ne s’y rend, j’en profite pour vivre l’aventure transport et hébergement seul et rejoindre des amis rennais au Parc des Expositions.

Deux-trois semaines seulement avant ces jours J, je réserve covoiturage aller-retour Bordeaux-Paris pour 70€ et deux nuitées en auberge de jeunesse pour 40€. Etant un peu fauché, j’aurais payé le double voire le triple en prenant le train et en logeant à l’hôtel. J’aurais même pu essayer le couchsurfing et dormir pour rien sur un canapé, mais me lever à 6h30 tous les matins pour profiter au maximum de la journée n’aurait sans doute pas été l’une des meilleures choses à faire!

Jour J, vendredi 6 juillet, je coupe mon smartphone pour les 6 heures de trajet et ainsi éviter de perdre de la batterie pour rien. Sur le trajet, le conducteur essaie en vain de joindre son amie à Paris. Arrivés à Chartres, je rallume le mien : aucun moyen d’avoir du réseau. Je trouve ça bizarre mais possible : les tunnels commencent à être fréquents. 22h30, je suis lâché à Nation. J’ai le souvenir que mon auberge se trouve vers Bastille. Je cherche encore désespérément du réseau : l’adresse de la-dite auberge se trouve sur le mail de confirmation de réservation, à défaut je sais où la trouver sur Google. Tout en marchant, je vérifie mes paramètres, la 3G est-elle bien activée, y a-t-il moyen sinon d’aller sur le réseau wifi public, j’éteins le portable pour mieux le rallumer, je perds de la batterie, je m’énerve, je n’ose appeler personne de peur qu’il se coupe…

On reprend les bonnes vieilles méthodes en demandant aux passants de la place de la Bastille s’ils connaissent une auberge de jeunesse dans le coin, réponses négatives. Je descends dans le métro, trouve le plan du quartier et espère qu’un nom de rue dans le catalogue me dira quelque-chose, en vain. Parmi les lieux importants du quartier, l’hôtel de police le plus proche :

« ah bah eux ils doivent savoir!! »

Et ben non! Ils ne connaissent aucune des quatre auberges de jeunesse de Paris! Ils trafiquent quelque-chose sur Internet, je leur donne le nom approximatif de la-dite auberge… Pour eux, la plus proche se trouvent beaucoup plus au nord. J’y vais en espérant que ça soit la bonne : perdu! Mon nom n’est enregistré nulle-part et il ne leur reste aucun lit de disponible. Le réceptionniste m’a tout de même donné l’adresse d’un petit hôtel similaire aux auberges avec chambre partagée à 30€ la nuit. A 1h du matin, je n’ai pas vraiment le choix ! En prenant les clés qui m’assurent d’enfin dormir, la télévision derrière moi m’annonce les soucis techniques nationaux qu’a connus Orange. J’ai enfin pu mettre un mot sur l’origine de ma mésaventure.

Le pire dans tout ça, c’est que je me suis rendu compte que j’accorde trop d’importance à ce « tout-connecté tous-connectés » ; que quand ce lien est coupé, je suis perdu. Non! Internet n’est pas quelque-chose d’acquis pour toujours. L’homme est un être culturel. Sans connexion, il devient presque seulement un être naturel, confronté aux dangers de ce monde. Et doit se débrouiller vraiment tout seul s’il lui arrive un problème, car sans personne à prévenir. Le « tu m’envoies un texto pour dire que tu es bien arrivé! » est malheureusement désormais sur les lèvres de toutes les mères un peu trop inquiètes.

Bref, j’en ai ri tout seul de cette histoire, à repenser au sixième épisode de la saison 12 de South Park, Y’a plus Internet (Over logging en VO) qui montre la panique et la paralysie qu’engendre ce genre de problèmes. Nous devenons tous dépendants d’Internet, voire nomophobes : certains ont dû se rendre compte que vivre sans mobile, sans moyen d’être connecté avec le reste du monde, leur est aujourd’hui impossible. J’en fais parti.

J’en suis venu à me demander quand est-ce que je ne ressens aucun besoin d’aller sur Internet :

  1. Quand je suis avec mes amis.
  2. Quand je dors.
  3. Quand je travaille. Quoi que…

 
Tout comme la Journée Sans Voiture, combien d’entre nous serait capable de rester un jour sans Internet ou sans portable? Certainement trop peu.