Monroerama – Françoise-Marie Santucci


En cet été 2012, il vous sera difficile d’échapper au phénomène Marilyn. Pour « fêter » les 50 ans de sa mort, une pléiade d’hommages s’enchaine. Et l’overdose pointe le bout de son nez depuis quelques semaines déjà : après la sortie du film My week with Marilyn, les insomniaques peuvent s’occuper grâce aux rediffusions à l’envi de documentaires sur la blonde platine, et les bibliophages trouveront leur bonheur dans les librairies truffées de nouveautés biographiques plus ou moins judicieuses. Même le festival de Cannes a choisi pour effigie une photo de l’actrice soufflant ses bougies… Mais peut-être suis-je la seule à trouver le symbole un peu douteux.

Mon intention première était de ne pas me faire avoir par ce battage médiatique : la lecture de Blonde de Joyce Carol Oates et la vue du discutable Marilyn : dernières séances lors d’une nuit d’insomnie m’avaient vaccinée il y a quelques temps déjà, et si j’avais envie d’en voir plus du personnage, autant revisionner ses films. C’était sans compter sur ma manie de traîner plus que de raison dans les librairies. Telle une pie voleuse, j’ai été attirée par la jolie couverture brillante de Monroerama, et, après avoir lu la liste des auteurs & journalistes ayant contribué à l’ouvrage, j’ai craqué. Mais ce que je pensais être un bouquin qui occuperait mon weekend pour être oublié dans la foulée s’est avéré bien plus intéressant et intelligent que sa couverture glamour argentée ne le laissait présager.

Plutôt qu’une « simple » biographie linéaire, Monroerama propose une suite d’articles focalisant sur les moments-clef de la vie de Marilyn, des chronologies, des analyses de film, des interviews, des cartes et listes en tous genres… Tout ceci forme un kaléidoscope vivant, évitant les poncifs du genre – si ce n’est une admiration presque béate pour l’actrice -. Les chapitres biographiques sont écrits par Marie-Françoise Santucci, journaliste à Libération, qui met un point d’honneur à déconstruire les idées reçues sur Marilyn, multiplie les sources et explique les zones de flou : à cette époque, à Hollywood, il était de bon ton de rendre sa vie plus intéressante – plus dramatique ou plus légère, c’est selon – . D’où les inexactitudes et les détails divergents, selon les sources, et la tournure dickensienne qu’y prend parfois la vie de Marilyn Monroe. Certains détails ne seront ainsi probablement jamais vérifiés, mais au fond qu’importe ? Ici, point de théorie du complot, pas d’affabulations sur un assassinat probable de Marilyn par la CIA ou d’histoires d’amour prolongées avec les frères Kennedy. Les explications les plus probables étant souvent les plus simples, l’auteur nous préserve de la biographie à tendance polar que prennent certains ouvrages, et c’est tant mieux.

Au delà de cette biographie joliment contée, l’intérêt de Monroerama se situe dans la multitude d’auteurs invités sur cet ouvrage. De Michel Contat à Marie Darrieussecq, en passant par Ann Scott, Olivier Assayas et Maïwenn, tous proposent leur lecture de Marilyn. Parfois sous forme d’exercice de style, comme l’étonnant I’m not M.M. de Joanne Anton, parfois sous forme d’analyse filmique se transformant en pamphlet quasi-féministe – l’analyse des Désaxés par Maïwenn -, ou plus « simplement » sous forme d’articles de recherche par des journalistes ou des chercheurs. Et la force de ces articles est souvent de… ne pas parler de Marilyn. Ou tout du moins de partir de ce personnage pour se diriger vers des thèmes plutôt inédits dans ce type d’ouvrage. C’est ainsi que le lecteur se plonge avec étonnement dans un article narrant la manière d’obtenir le blond platine de Marilyn, et les dégâts qu’il occasionna sur sa crinière. Ou dans la genèse de la création du fameux N°5, où l’on apprend d’intéressants détails sur la création de parfums et la manière de les vendre. Et, dans l’article de Monroerama qui m’a le plus intéressé, comment Marilyn était doublée en France, et l’impact de la voix française sur l’imaginaire des spectateurs. Cet article est particulièrement prenant car il dépasse la simple évocation de la star pour se concentrer sur le doublage de films de manière plus générale. Et les pistes d’analyse que l’on y trouve sont encore applicables pour les films et séries d’aujourd’hui.

La dernière partie du livre se concentre sur l’après-Marilyn, sur l’héritage qu’elle a laissé, entre bizness éhonté et hommages étranges d’artistes contemporains – sans uniquement focaliser sur Warhol. Si l’on ressent le dédain des auteurs-interviewers pour ceux cherchant à faire du fric sur le dos de l’idole (…) et une tendresse particulière pour les proches ayant eu la décence de se taire et de garder leurs souvenirs pour eux, cette partie n’est pas inintéressante, quoique parfois hermétique (en particulier l’interview du conservateur de musée Paul Moorhouse, concernant l’art contemporain inspiré de Marilyn, ce qui est plutôt dommage, car le propos n’est pas dénué de sens). Les deux pages ciblant les starlettes d’aujourd’hui se réclamant de Marilyn sont à oublier, car je pense qu’il est hors-propos de comparer deux époques aux mœurs si diamétralement différentes, et de fustiger les idoles contemporaines qui voient leurs frasques étalées dans les tabloïds qui, s’ils existaient à l’époque de Marilyn Monroe, n’étaient pas encore si bien entrainés – et équipés – à dénicher les casseroles des uns et des autres.

L’ouvrage se referme sur la liste et le résumé de ses 17 films, et sur une liste sélective d’ouvrages parus à sont sujet classés par thèmes (photographies, intimes, complotistes, originaux…). Un livre à lire, que vous soyez ou non fan de l’idole blonde du cinéma américain. En plus d’en apprendre beaucoup sur sa vie, ses intérêts et ses combats (elle était par exemple une grande lectrice, pour compenser une éducation scolaire arrêtée trop tôt, et s’est battue pour gagner autant que ses collègues masculins, ou le droit d’Ella Fitzgerald à chanter dans un club interdit aux noirs), vous aurez un bel aperçu du fonctionnement d’Hollywood durant son âge d’or.

 

 

Monroerama de Françoise-Marie Santucci
Éditions Stock
366 pages, 25 €