Océan Climax, second impact


Pour la seconde année se tenait à Darwin Écosystème le festival Océan Climax. Inauguré en 2015 à l’initiative des 25 ans de la Fondation Surfrider Europe, le festival a gagné en ampleur cette année pour offrir une seconde édition tournée vers la prise de conscience des changements climatiques au niveau sociétal.

ocean-climax-2016-conferences

Climax c’est donc ce mélange de conférences, d’esprit cool et de plateau de concerts à même d’attirer un public pas forcément au fait des enjeux environnementaux. C’est d’ailleurs tout le paradoxe, assumé par le festival, de créer un évènement rassemblant près de 30 000 personnes, avec le bilan carbone que cela entraîne, même s’il est certainement le festival le plus vert qui existe en France, et peut-être même au monde (food trucks bio et sans contenants plastiques, tri généralisé, bois et récup pour la signalétique…). Le message est en soi intéressant, loin d’un discours souvent culpabilisant : soyons à la fois fun et concernés, même si on n’est pas 100% parfaits, si on est suffisamment nombreux à faire un effort les changements peuvent être significatifs. Comme dirait le bon vieux sens commun, mêlons l’utile à l’agréable.

 

Talk chaud

Pour ce qui est du contenu, avec ses quatre jours d’interventions, le festival offrait un programme en mesure d’intéresser un grand panel de population, du punk à chiens alter au branché bordelais raffiné, ce qui donnait parfois à l’évènement un petit air de cantina de Star Wars.

Océan Climax 2016 - Edgar MorinOcéan Climax 2016 - Le skate, le skateOcéan Climax 2016 - Marion Cotillard

 
Côté plateau des conférence, c’est un peu à l’avenant de l’an passé : de grosses têtes d’affiches, à même de remplir la salle de conférences de près de 1500 personnes, et des intervenants pointus pour animer les tables rondes sur les enjeux fondamentaux autour du climat et de son influence sur les sociétés à venir. Les apparitions les plus attendues ont su faire le plein, avec un Nicolas Hulot vibrant, quasi pastoral, mais au discours plus optimiste qu’à l’accoutumée, et un Edgar Morin à la verve et la vivacité d’esprit qui a bluffé la salle. Séniors surfant la vague bleue, prenez-en de la graine ! En point d’orgue, l’alerte de Darwin, avec une Marion Cotillard en caution people/invitée surprise. Les conférences, diffusées en streaming, sont pour certaines encore disponible sur le site. Tout cela s’intégrait finalement fort bien au cœur de Darwin, vaste projet aux airs d’enfant illégitime entre un squat de friche Berlinoise et de start-ups californiennes, avec expos d’artistes engagés (Stephen Burke, Ed Templeton, Ben Horton entre autres) et démos de skate ou de BMX. Cool et conscient.

 

Friche and chips

Le soir arrivant, le peuple Climaxien voyait s’opérer une curieuse transhumance : de la halle aménagée pour les conférences, voici qu’il se dirigeait vers le cœur de la friche encore sauvage. Là, entre les budleias poussant spontanément au cœur des squelettes métalliques des vieux hangars désaffectés, se trouvait l’autre ventricule du cœur Darwinien, les scènes. Une grande pour les têtes d’affiches, une plus modeste (mais toutefois bien pourvue) pour les jeunes pousses. Tout autour, dans un esprit paillote / guinguette, des baraques à frites food trucks en nombre, des stands de disques ou de tatoos, et de quoi satisfaire de milliers de buveurs de bière avec la vente d’un breuvage houblonné local plutôt goûtu, quoique comme souvent dans ces circonstances, un peu cher, malgré un bracelet électronique qui faisait défiler la note en silence mais avec efficacité.

Océan Climax 2016 - GuinguetteOcéan Climax 2016 - Concert

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pour ce qui est de ce qu’il s’est passé sur scène, on a eu le choix, de l’electro french touch au hip hop, en passant par le rock, le métal, ou la pop psyché, tout le monde a pu trouver son bonheur, même si la programmation chargée a pu laisser sur sa faim avec des passages minutés avec la précision d’une horloge suisse.

 

Au top du Hip Hop

Parmi les concerts vus et approuvés par Mandorine, la pop-rock toujours aussi sobre et chouette de Kerenn Ann, les découvertes de Papooz, de Her Grand Blanc, les shows bien exécutés de Lilly Wood and the Prick ou encore Air, la puissance scénique (et le bel accent flamand) de Selah Sue, ou encore les curieux rappeurs bordelais d’Odezenne, sur la corde raide entre ironie totale et sérieux absolu. Parmi les coups de cœur la pop psyché de Temples, qui ont visiblement apprécié le confort des toilettes sèches, et surtout le show des Papys (relatifs) du Hip Hop De La Soul. S’il y a bien un concert où l’on aurait aimé « put your hands up » un peu plus d’une heure, c’est bien celui là tant le trio de la côte Est a su se mettre le public dans la poche lors d’un show hip hop à la foi américainement efficace, avec reprise de ses grands hits, et proximité des artistes avec le public, qui savent y faire pour y mettre l’ambiance ; notamment Vincent « Maseoe » Mason aux platines avec ses faux airs d’Oncle Phil funky. Avec Edgar Morin, ils sont à mettre dans la catégorie « quand je serai grand je veux être comme eux ».

ocean-climax-2016-de-la-soul04

ocean-climax-2016-air

ocean-climax-2016-bmx

 

Au delà du Climax

En ayant vu les deux côtés de l’évènement une question subiste : les publics des conférences, gratuites, naturellement connaisseurs et concernés par les sujets abordés, et des concerts, payants, venus pour écouter un panel plutôt relevé ? L’équilibre est délicat. L’attractivité du second, constatée par les affluences massives lors des concerts tête d’affiche (visibles aux queues monstres à la buvette et aux toilettes), est certainement un plus pour donner de la visibilité à l’événement, même si au cœur du festival musical on perd un peu le fil de l’aspect environnemental, malgré les dispositifs mis en place pour minimiser son impact (ecocups, toilettes sèches, bio et local etc.). Si une partie des 27000 personnes repartent avec un point de vue enrichi par l’expérience, on peut dire c’est toujours ça de pris. Reste à confirmer ce bel engouement non seulement sur l’édition 2017, mais aussi dans les actions de la société civile puisque cette alerte de Darwin veut aussi peser sur la campagne présidentielle. Au vu de certaines déclarations récentes, il va falloir cravacher…