Petit papa Noël…


Ahhh les fêtes… Son sapin, la douceur des soirées aux coins du feu, ses banquets familiaux, ses acheteurs agressifs de n’avoir pas eu le temps, pas eu d’idées, ou bien les deux… C’est ce qu’on appelle l’esprit de Noël, l’incarnation de la fête, ce pourquoi certains chanceux touchent un treizième mois. Mais, me demandez-vous, que va-t-on mettre sous le sapin de pépé, tonton ou neveu? S’il n’en tenait qu’à ma légendaire nonchalance je vous dirait : « c’est votre problème ». Mais une brave âme m’a convaincu de vous céder quelques menus conseils si vous souhaitez faire des présents de goût. Voici une petite liste non exhaustive de petits mets exquis pour gourmets de la culture. Pour Noël, étrennes ou roi mages, voici de quoi remplir de joie vos convives, et comme la crise est là, on n’hésitera pas à fouiller dans les bacs à soldes pour trouver notre bonheur.

Avant tout un rappel : en ces pages il vous avait déjà été conseillé ce très joli bouquin pour les férus de nature et de belles histoires, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Je re-recommande donc chaudement Ma famille et autres animaux de Gerald Durrell. Si vous voulez un roman traitant de problèmes sérieux de notre temps sans être trop plombant, Sourires de loup de Zadie Smith est fait pour vous. Ce livre sorti il y a quelques années conte les pérégrinations de plusieurs familles dans un Londres multiethnique en perpétuel changement, avec un style léger et une lecture très agréable. Disponible en poche, économique et écologique!

kavalier et ClayAgréable également, la lecture des Extraordinaires aventures de Kavalier and Clay de Michael Chabon (également auteur de Wonder Boys, adapté au cinéma par Curtis Hanson). Roman foisonnant, qui captive ou ennuie c’est selon, il narre les aventures de deux cousins juifs créateurs d’un personnage de comic légendaire, l’Artiste de l’évasion, avec pour toile de fond la Seconde Guerre Mondiale. Le style très documenté, à la limite du documentaire, verra s’effacer les limites de la réalité et de la fiction en faisant se croiser personnages réels et imaginaires, Golem, Dali, Houdini ou Stan Lee. Si vous êtes geek, amateur de folklore juif ou fan de Sylvain Mirouf, il devrait y avoir quelque chose pour vous dans ce roman. A noter que pour prolonger le flou entre réalité et fiction Michael Chabon a dirigé une collection de recueils de faux-vieux comics des aventures de l’Artiste de l’évasion, disponible cependant uniquement dans la langue de Shakespeare.

Au rayon dessins et phylactères, Noël ressemble à une sorte de délire épileptique avec des coffrets dans tous les sens. Ghost World, variation sur l’adolescence freak-indie par le génial et cosmique Daniel Clowes est par exemple sorti en jolie réédition, avec inclus le scénario de son adaptation cinématographique (pour un des premiers rôles un peu consistants de Scarlett Johnasson).

Autres BD sorties depuis un temps déjà mais fortement conseillables si vous ne les avez pas déjà parcourues, la trilogie asiatique (ce n’est pas officiel, c’est moi qui le dit, d’autant qu’ils sont publiés chez des éditeurs différents) de l’auteur québécois Guy Delisle Shenzen/Pyongyang/Chroniques Birmanes trouvera aisément sa place sur une étagère de bédéphiles curieux de découvrir d’autres horizons. Shenzen (Chine) et Pyongyang (Corée du Nord) racontent les missions de l’auteur en tant que superviseur d’équipes d’animateurs, Chroniques Birmanes relate quant à lui la vie de conjoint d’expatrié, sa femme étant là bas en mission MSF. Croquées avec un style graphique simple et clair, l’auteur nous délecte de différentes anecdotes tout en portant un regard critique sur son rôle à lui et sur les sociétés totalitaires qu’il côtoie au cours de ses trois séjours. A lire. A noter qu’en ce moment Guy Delisle est en Israël, où il publie des notes sur un blog témoignant de sa vie là-bas. Et tant qu’on parle d’Israël, un dernier petit conseil, jetez un œil à Exit Wounds de Rutu Modan, intéressante narration sur la filiation, les secrets familiaux au cœur d’un état Hébreux où la population vit sous la pression constante des attentats.

PyongyangChroniques BirmanesShenzen

Si dans votre entourage vous avez un alter/bablou/bobo (les trois sont compatibles), il frétillera de plaisir si vous lui offrez Une Histoire Populaire de l’Empire Américain, adaptation BD du best-seller d’Howard Zinn par Mike Konopacki et Paul Buhle. Gros pavé BD de près de 300 pages, il décrit plus d’un siècle d’histoire américaine et de collusion entre les politiques et les puissants. Fondamentalement intéressant, d’autant qu’il vient d’un des intellectuels américains les plus respectés (il a notamment été très engagé dans le mouvement des droits civiques) cette adaptation en vignettes d’un livre très riche nous apprend pas mal de choses sur la politique de nos cousins Étatsuniens à travers le regard critique de l’un des leurs, ce qui donne d’autant plus de valeur au témoignage. Un bémol toutefois : l’adaptation en BD était une gageure, en partie remportée puisque le livre se lit bien, mais le dessin un peut trop « naïf » est parfois gênant, même s’il est souvent mélangé à des images d’époque. Bref, à acheter si pour vous le fond l’emporte sur la forme.

Pour les DVD fuyez le rayon des luxueuses rééditions (ou moi même je me fais avoir plus que de raison), pour vous consacrer sur deux valeurs sûres. En effet, qu’importe l’emballage si le film ne vous emballe pas? Pour commencer je vous propose un petit voyage A bord du Darjeling limited. Dernier film en date du très talentueux Wes Anderson, il narre les tribulations mélancolico-humoristiques de trois frères plus ou moins losers (Owen Wilson, Jason Schwartzman et Adrian Brody) promenant leur gueules/âmes cassées dans de somptueux paysages indiens. Loin de l’imagerie bidonvillo-épileptique de Slumdog Millionaire, ce film invite à une réflexion introspective sur la famille, la filiation et la mort, thèmes chers à l’auteur. Il est d’ailleurs tout à fait conseillable d’aller faire un tour sur l’ensemble de sa production (Rushmore, La famille Tennembaum, La vie Aquatique et le très excitant à venir Fantastique Maître Renard), tant son style, cocktail de réalisme décalé saupoudré de pincées d’onirisme (notamment sur La Vie Aquatique), fait autant de bien qu’il laisse un peu de vague à l’âme.

The DudePour se remettre un bon coup de sourire, farfouillez encore dans les bonnes occases pour mettre la main sur The Big Lebowski des Frères Cohen. Chef d’œuvre sur l’absurdité de la post-hippie californian way of life, ce métrage, narrant les pérégrinations du Dude, roi des losers ne jurant que par les bédots, le White Russian et le bowling est un des films les plus réussis des frangins. Délaissant l’humour noir amer de leurs autres opus mais évitant le trait lourdingue de certains de leurs films postérieurs, ils réussissent ici la synthèse parfaite entre noirceur et description minutieuse de l’Amérique borderline, avec un grand soin à nous rendre sympathiques les crétins congénitaux héros de l’aventure. Ou comment faire rêver le spectateur avec une vie faites d’allocs, de glande et de Bowling. Pour ne rien gâcher la BO est tout bonnement parfaite, mélangeant sans sourciller Henry Mancini, Billie Holliday et les Gypsy Kings. Balèze.

Au rayon jeux vidéos, je ne saurai trop vous conseiller encore une fois d’opter pour l’option « sorti depuis un bon moment ». Dans cette catégorie, Dr Layton et l’étrange village vaut son pesant de cacahouètes. Jeu d’énigmes tout à fait classique, c’est par son ambiance que le jeu captive. En effet, le dessin animé donnant corps à l’intrigue est réalisé avec soin, et l’ambiance mi-mystérieuse mi-mélancolique donne une vraie profondeur et un vrai charisme aux personnages de ce jeu. A noter que la suite est sortie, pas testée mais si elle est du même tonneau que la première, elle est à conseiller tout aussi chaudement.

Autre jeu un peu à part, la dynastie des Katamari (sortis sur tous supports hors DS) est une invitation au n’importe quoi. Jeu au sens cosmico-métaphysique, il nous permet d’incarner le fils du Roi du Cosmos, rien que ça, dont la mission principale est de faire des Katamari, c’est à dire d’agglutiner des objets de plus en plus gros autour d’une bouboule que l’on fait tourner à l’aide de la manette. Plaisir incommensurable vous parcourt alors, trop heureux de pouvoir faire des sphères composées d’objets aussi hétéroclites que des baguettes de pain, des vaches, des chiens, des nénuphars, des paquebots, des planètes. Vous serez pris alors d’une étrange névrose, qui pourra être mal interprétée, lorsque vous demanderez autour de vous : « alors, t’as fait combien? ». Crétin mais complètement indispensable.

Un dernier jeu pour la route, Mirror’s Edge est le must du bac à solde actuel. Si vous vous débrouillez vous pouvez dégotter pour moins de 20 euros un jeu techniquement magnifique, au challenge plutôt relevé. Vous plaçant en vue subjective dans la peau de Faith, jeune fille charmante aux réflexes félins, vous parcourrez une ville futuriste contre-utopique bondissant en tous sens pour vous sortir d’un imbroglio politico-maffieux. Novateur, réellement grisant par moments, on peut même au détour d’un building ressentir le vertige…

getz/gilbertoPour finir, si vous voulez un peu de musique, passez sur le site de Jason Lytle. Le brave homme, dont j’ai déjà abondamment parlé ici, se fend d’un joli cadeau pour ses fans en leur offrant sept titres à télécharger pour leur petit plaisir. Sept morceaux de piano tristes comme un bonhomme de neige, à déconseiller cependant si vous célébrez vos noëls à la sardine à l’huile et à la biscotte. Et si vous voulez réchauffer votre cœur en ces temps de fête, allez donc au rayon jazz de votre agitateur culturel le plus proche (mais si, vous savez, ce rayon un peu mis à l’écart…) et procurez vous un drôle d’album qui vous recouvre l’âme d’une couche de miel chaud. Une pépite enregistrée en 1964 par Stan Getz et Joao Gilberto qui a synthétisé en quelques accords et une poignées de notes la douceur de vivre à la Brésilienne. La bossa-nova était née. Ce disque, sobrement intitulé Getz/Gilberto, est la quintessence de la mélancolie carioca, avec des classiques comme Girl from ipanema ou Corcovado, loin, très loin de la caricature du pays du foot, des strings et des tongs. Joyeux Noël.


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