Plaisirs Coupables de Laurell K. Hamilton


Épisode no de la série Littérature US

« Mon nom est Blake, Anita Blake. Les vampires, eux, m’appellent « l’Exécutrice » et par égard pour les oreilles les plus chastes, je ne vous dirais pas comment, moi, je les appelle. Ma spécialité, au départ c’était plutôt les zombies. Je relève les morts à la nuit tombée pour une petite PME. Ce n’est pas toujours très exaltant et mon patron m’exploite honteusement, mais quand on a vrai don, ce serait idiot de ne pas s’en servir. Tuer des vampires c’est autre chose, une vieille passion liée à des souvenirs d’enfance. Depuis qu’ils sont officiellement reconnus et ont pignon sur rue, il se croient tout permis. Certes, il y en a des charmants, voire très sexy, mais il y en a aussi qui abusent. Ceux-là, je les élimine. Rien de tel pour garder la forme : ça vous fouette le sang ! »

Après la sorcellerie et les lunettes rondes, le vampire semble être la nouvelle poule aux œufs d’or du divertissement : films, livres, séries télévisées… Plus ou moins mature, romantique ou carrément gore, tout est bon dans le suceur de sang. Difficile de ne pas se noyer dans cette vague de livres qui envahit les étalages des librairies. Au milieu d’Edward et autres vampires de Manhattan, il est temps de revenir à ses bons vieux classiques. Direction Saint-Louis, sa chaleur, ses vampires… et son exécutrice de vampires, Anita Blake.

Débutée en 1993, l’histoire d’Anita Blake, grâce à un formidable bouche à oreille, a réussi à s’imposer aux États-Unis et chaque tome est désormais un best-seller. Laurell K.Hamilton a su instaurer, au rythme d’un livre par an, l’univers sombre et décalé d’un monde où l’existence des loups-garous, des vampires, goules et autres créatures fantastiques est parfaitement connue. Espèce crainte, pourchassée ou bien carrément protégée – comme les trolls des montagnes -, ces créatures de légende côtoient les pauvres mortels.
Plaisirs Coupables, le premier tome sur les dix-sept actuellement parus aux États-Unis, prend place peu de temps après la reconnaissance légale des vampires qui font désormais partie intégrante de la société américaine. D’ailleurs, le titre du livre fait référence au club de strip-tease vampirique de Saint Louis, tenu par l’élégant suceur de sang français Jean-Claude.
Anita, à la fois héroïne et narratrice de son histoire, ce qui la rend plus vivante et accrocheuse, est une réanimatrice pleine de bagou et d’ironie quant au monde dans lequel elle vit. Par réanimatrice, entendons-nous bien : elle relève des zombies chaque nuit dans les cimetières pour le compte d’un patron vénal lorsque les familles ont des problèmes d’héritage par exemple, et qu’il faut demander des précisions au principal concerné, malheureusement décédé. Mais pour arrondir ses fins de mois et comme étrange passe-temps, Anita est également l’exécutrice officielle de la région. Sur ordonnance du tribunal, elle commence la chasse contre un vampire ayant bafoué les lois et le renvoie définitivement dans la tombe.
L’intrigue du premier tome commence sur les chapeaux de roue : à peine le temps de réanimer un mort, Anita file à l’enterrement de vie de jeune fille d’une amie et finit bien malgré elle au club Plaisirs Coupables. Quelques incidents et à peine cinq chapitres plus tard, elle se retrouve face au maître, ou plutôt la maitresse de Saint-Louis, Nikolaos. Adorable vampire à l’apparence prépubère, c’est en fait une garce d’une cruauté sadique, vieille d’un millénaire.
Et voilà notre exécutrice contrainte et forcée à mener l’enquête sur de mystérieux meurtres de vampires particulièrement sanguinaires, sans mauvais jeu de mot. Entre cimetières, Église de la Vie éternelle et orgie vampirique, Anita va avoir de quoi faire si elle veut sauver sa vie, et accessoirement celle de son amie !
Le point fort de ce premier tome, et de tous les autres par la suite d’ailleurs, c’est l’action. Pas le temps de souffler, à peine on tourne une page que déjà un nouveau danger fond sur l’héroïne. D’ailleurs, âmes sensibles s’abstenir, vampire ou mortel, on ne meurt jamais très proprement à Saint-Louis.
Récit dynamique donc, porté par la verve insolente de son héroïne, capable de sortir des répliques cultes dans les moments les plus critiques. Cette capacité à désacraliser tous les mythes horrifiques qui existent depuis la nuit des temps est aussi la grande force du livre. Chaque chose extraordinaire pour nous fait partie du quotidien de chacun, et il n’est pas surprenant d’entendre un officier de police se demander si un meurtre n’a pas été commis par une goule. Ainsi, même le plus fantastique a sa logique, le surnaturel, ses propres codes.

Au fur et à mesure des tomes, c’est tout un univers de monstres, codifié et en marge de la société humaine qui se tisse, rendant le tout toujours plus attractif. De plus se dégage des romans une sensualité exacerbée qui pourtant ne devient jamais oppressante et vulgaire, du moins dans les premiers tomes. Car, forcément, aventure, mystère et surnaturel, que serait ce cocktail sans un peu de romance ? Jean-Claude, personnage quasi-absent de Plaisirs Coupables, ne va cesser au fil des romans de tenter de conquérir Anita. Mais ce charmant français est certes beau comme un dieu, exhalant le sex-appeal, il n’en reste pas moins, selon Anita, un cadavre ambulant. Elle résume très bien sa philosophie dans la dernière réplique du premier tome : « Je ne sors pas avec les vampires : je les tue ». Oui, mais voilà : difficile de faire sa mijaurée moralisatrice quand on a la gâchette aussi facile qu’elle : plus d’une fois, sa moralité sera mise à rude épreuve au fil de ses rencontres et de ses expériences. Ainsi, une galerie de personnage tous plus décadents et sympathiques les uns que les autres vont peu à peu constituer son entourage. Dont Richard, le séduisant Loup-garou au grand cœur, sérieux concurrent de Jean-Claude. Certaines ont du mal à trouver des hommes célibataires, Anita elle, a du mal à trouver des humains.
La seule ombre au tableau pour Anita Blake c’est la transformation radicale de la sensualité si séduisante des premiers tomes en quelques chose de carrément sexuel à partir du huitième tome. Certes elle évolue au milieu des « bêtes », mais cette propension à tout ramener aux parties de jambes en l’air et à la libido devient vite lassante, rendant certains tomes comme Lune bleu, le huitième, complètement indigestes ! Qu’est devenue notre petite chasseuse de vampire, qui faisait sauter les cervelles de tous les gêneurs mais qui voulait se préserver pour le mariage ? De même, il semblerait que, sur ces même derniers tomes, les éditions Milady aient quelque peu bâclé le travail, des erreurs de mise en page (guillemet, saut à la ligne…) et d’orthographe seront parfois au rendez-vous.
Pour en revenir au premier tome, il n’en demeure pas moins un livre attractif, au style dynamique et à l’histoire prenante. Personnellement, Anita Blake a meublé tout mon été, je dévorais chaque tome en un ou deux jours Sincèrement, à part la dérive au fil du temps vers une sexualité assez sordide dans les derniers tomes parus en France, je n’ai rien à reprocher à notre tueuse de vampire, et attend patiemment que Milady publie la suite.
En effet, ré-édité récemment dans des éditions de poche à moins de dix euros et aux couvertures tout simplement splendides, il serait bête, si vous voulez vous initier aux créatures de la nuit ou si vous adorez ce genre d’histoire, de passer à côté de celle-ci. Et si les vampires ne sont pas votre tasse de thé, rassurez-vous, il y en pour tous les goût ! Le deuxième volume, Le Cadavre Rieur, est une enquête sur les zombies et Lunatic Café voit s’installer durablement toutes les meutes de métamorphes de Saint Louis, du charmant Rat-Garou au dangereux Léopard-Garou. Alors, plus de raison d’hésiter, Saint-Louis vous tend les bras ! Attention tout de même, vous pourriez être très vite et définitivement mordus.

Plaisirs Coupables de Laurell K. Hamilton
Éditions Milady
Format poche
352 pages, 7 €
Le cycle « Anita Blake » est actuellement en cours de parution aux éditions Milady.

Précédemment, dans la série Littérature US