Please kill me de Mathieu Bauer


Vendredi dernier, bravant la pluie et une grippe aussi tenaces que soudaines, je filai au Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine – TnBA pour les intimes – pour assister au spectacle Please kill me, une réalisation de Mathieu Bauer. Bien m’en prît, car j’assistai à un OVNI musical des plus intrigants et réussis.

Pink is not dead

Avant tout, un petit retour en arrière me semble de mise. En 1996 – ça nous rajeunit pas –, Legs McNeil – co-fondateur du magazine Punk, qui donna son nom au mouvement – et Gillian McCain publiaient Please kill me, l’histoire du punk non censurée racontée par ses acteurs. Un bon gros pavé rose fluo renfermant plus de 600 pages d’entretiens avec celles et ceux qui ont composé ce mouvement culturel foudroyant et chaotique. Rapidement devenu culte, le livre est traduit dans une douzaine de langues (et publié en France aux éditions Allia). Sorte de kaléidoscope de l’histoire du punk, cet objet peu banal regorge d’anecdotes délirantes, insensées, glauques, ou carrément tragiques contées par Lou Reed, Iggy Pop, les New York Dolls, Patti Smith, les Heartbreakers, les Ramones, Blondie, et tant d’autres… Difficile dès lors d’imaginer une adaptation à ce format savamment – et brillamment – déconstruit.

The piss factory

Mais Mathieu Bauer, musicien devenu metteur en scène, connait sa partition. Hybride entre concert et pièce de théâtre, son Please kill me déroule des morceaux choisis du livre. Et débute par une litanie de noms. Ceux de légendes du punk, suivis de leur dates de naissance et de décès, pour l’écrasante majorité. Avec un gros pincement au cœur lors de l’évocation de la mort de David Bowie – petit hommage au milieu du grand – qu’on n’a décidément pas encore encaissé.

Rapidement cependant, les acteurs-chanteurs enchainent, en déroulant l’époque Stooges et les frasques d’Iggy Pop. Il faut dire que Legs McNeil consacre une belle part de son livre à l’iguane précurseur du punk. Suit l’histoire de Legs McNeil, de ses potes, et de la création de leur magazine Punk, justement. Puis le spectacle zappe entre Richard Hell, Bob Quine, les Hearbrakers, les Dictators, les Ramones, et, un peu, Malcom McLaren et ses Sex Pistols.

Please kill me de Mathieu Bauer

© Photo Pierre Grosbois

 
Sur scène, un batteur – Mathieu Baur –, un guitariste, un sampler et deux chanteurs-acteurs. Matthias Girbig raconte le spectacle en français & interprète les standards du genre. Kate Strong raconte le spectacle en anglais et mène la danse. Tous deux incarnent à merveille le punk, ses attitudes, ses excès, son côté absurde, parfois, portés par une mise en scène et une scénographie des plus réussies. Sur l’écran, et sur la scène, des textes du livre et des images des légendes du punk sont diffusés, englobant musiciens acteurs-chanteurs et spectateurs dans cette ambiance si particulière.

Un public probablement conquis un peu d’avance, ce soir-là : vieux nostalgiques de leur jeunesse & trentenaires nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connue – je m’inclus volontiers dans cette description –. Mais là n’est pas l’important. On ressort de ce spectacle de la musique plein les oreilles et du punk plein le cerveau. Avec une envie folle de relire le bouquin ayant inspiré le spectacle. Et d’écouter sa playlist perversion en secouant la tête.

 
Please Kill Me
Adaptation, conception et Mise en scène Mathieu Bauer
1H25, en tournée jusqu’au 5 avril 2016
Les prochaines dates de Please Kill Me

 
Please Kill Me – L’histoire non censurée du punk racontée par ses acteurs de Gillian McCain et Legs McNeil
Éditions Allia
632 pages, 25 €


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