La HD, le Porno émois


Épisode no4 de la série Porno & Cinéma

L’achat acharné de DVD a achevé de nous acheminer vers des contrées plus qu’achalandées de HD

Il y a quelques temps j’ai eu un débat sur l’utilité de la Haute Définition, la fameuse HD. On est en effet bien obligés de constater qu’elle devient de plus en plus accessible à tous jusqu’à nous paraître omniprésente. Déjà avec l’arrivée du DVD dans les années 2000, l’industrie cinématographique avait dû se repenser. Dans la foulée, de nombreux foyers se sont équipés de “home cinéma” ou plus simplement de grands téléviseurs dont le prix a permis la démocratisation. Depuis quelques années ces postes de réception télévisuelle sont passés à la vitesse supérieure et offrent une technologie Haute Définition. Pendant cette même période, un cruel combat entre Toshiba et Sony a eu lieu pour savoir lequel du HD DVD ou du Blu-Ray aurait le monopole du format numérique next generation, et en 2008 la nouvelle tombe : le Blu-Ray sera la nouvelle religion des nerds cinéphiles. Raté, l’ère est déjà à la dématérialisation…

 

Blu-Raies

Claire Chazal en HD

Un des plus gros reproches que l’on peut faire à la HD est une évidente perte du grain de l’image, c’est ce que l’on appelle avoir le défaut de ses qualités. L’image devient clinique, extrêmement propre, d’une netteté cristalline avec une profondeur de champ presque surnaturelle. Ce piqué ultra-réaliste a été très bien accueilli dans le milieu du reportage et du documentaire : l’actualité en HD c’est encore plus de détails sordides sur les images de la sécheresse dans la corne de l’Afrique, aucun détail ne nous est plus épargné, un entomologiste pouvant aujourd’hui sans mal identifier la mouche faisant sa toilette sur l’œil d’un enfant mourant de malnutrition. Vive la technologie.

La contrepartie de cette actualité avec force détails, c’est qu’on voit apparaître les rides, les boutons et les traces de maquillage des présentateurs de nos journaux télévisés. On peut dire maintenant que Claire Chazal fait vraiment son âge et que Laurent Delahousse, Harry Roselmack ou Melissa Theuriau sont nettement moins lisses. Seule la mèche de Guy Lagache, toujours impeccablement brushée, peut se targuer d’avoir échappé au désastre. Autant dire que chez National Geographic, on a très bien accueilli cette nouvelle qualité d’image. Filmer le patient travail des fourmis, le vol d’un colibri en slow motion ou les ébats érotiques des bonobos en HD c’est génial. Ces derniers ne sont d’ailleurs pas les seuls primates à s’adonner à leurs performances sexuelles. D’une bête qui copule à une autre, le documentaire animalier n’est pas seul à avoir adopté cette technologie, l’industrie du divertissement pour adultes ayant aussi ouvert grand les jambes…. pardon, les bras, à la HD. Seul Sony, inventeur de la galette, a eu du mal à assumer que le porno s’empare de leur nouveau support tout beau, tout propre (jusque là) et tout bleu, rejoignant autre objet de la même couleur, une petite pilule cette fois, dans la galaxie des objets intrinsèquement liés au sexe.

 

Parle à mon cul ma tête est malade?

Rappelons que l’industrie des films pornographiques est, comme son nom l’indique, un gros business, et un des plus florissants qui plus est. C’est l’exemple même de la grande hypocrisie de nos sociétés, le cul rapporte des milliards mais on ne veut pas en entendre parler. C’est surtout valable pour les États-Unis et quelques pays d’Europe de l’Est (aujourd’hui fournisseur de chair fraîche numéro un), où l’on parle d’un négoce qui brasse des dizaines de milliards de dollars et autant en euros. Le X, c’est ARTE vs TF1 en négatif. Personne ne regarde, pourtant ça se vend. Avec l’arrivée d’Internet, et l’accessibilité qui en a découlé pour le porno, cette industrie a su s’adapter et rebondir assez vite. On est passés en 15 ans de la bande au torrent.

Qui dit accessibilité dit aussi vulnérabilité. Internet a également apporté le piratage dans le porno, probablement même plus que dans n’importe quel autre secteur du divertissement au sens large. Il est quand même plus facile de regarder des films cochons depuis chez soi, anonymement, en consommant aussi bien en streaming qu’en téléchargeant l’intégrale Marc Dorcel, que d’assumer et acheter. C’est pour ça que le milieu cherche toujours à innover et surprendre en adoptant des nouvelles technologies ou de nouveaux concepts qu’internet ne peut pas toujours suivre, du moins dans un premier temps. L’adoption de la HD fait partie de cette souplesse endémique, à tous les niveaux, du milieu du porno pour garder une longueur d’avance et offrir une plus grande variété de choix aux consommateurs.

HD ciné vérité

carmen electra aime montrer sa chatte

Et c’est là qu’on rentre dans le vif du sujet, l’arrivée de la HD dans le porno a fait polémique. Qui dit plus de détails, dit parfois trop de détails. Dans le milieu il semble y avoir deux courants de pensée, d’un coté il y a les acteurs qui disent que le passage à la HD ne pardonne aucun défaut.

Il est vrai qu’une telle qualité d’image ne nous épargne rien : vergetures façon cartes IGN, mignonnes tâches de rousseur paraissant un bronzage à la passoire, traces de rasage cuisant ou bien raté, cicatrices d’augmentation mammaire façon balle de baise-ball, cellulite peau d’orange en 16/9 ou autres poils qui repoussent en générant de jolies éruptions cutanées rien ne nous (ah non, j’oubliais, on n’a jamais regardé), rien ne LEUR est épargné. Sans parler des frais de maquillage supplémentaire que tout cela implique et les traces nettement plus difficiles à cacher. Cette remarque vaut bien entendu pour les deux sexes (augmentation mammaire exceptée, sauf pour le porn transgenre), le rasage et l’épilation laissant les même stigmates et les rides, les coulures d’autobronzant ou l’eyeliner flagrant se repérant comme les braquemarts veineux au milieu de l’entrejambe des messieurs. La conséquence directe est qu’on constate des filles qui gardent le corset et des gars qui gardent tee shirt et pantalon sur eux. On peut être hardeur et pudique.

D’un autre coté il ceux et celles qui prennent ça avec philosophie “californian way of life” et se disent que de toutes façon dans le porno il vaut mieux être sans complexes. Une actrice a qui on a demandé son opinion a juste précisé qu’elle n’avait aucun complexe parce qu’elle était trop concentrée à ne pas oublier son texte ! Certains précisent que ça les oblige à prendre plus soin d’eux et de leur corps, en faisant du sport, en s’hydratant et en ne consommant pas d’alcool.

 

Eh oui! Elle est loin la bonne époque du porno rock’n’roll, gros solo de saxo façon Kenny G, alcool, drogue, embonpoint, naturel, fourrure(s) de bonobo, le tout sans SIDA. Ron Jeremy et ses légendaires survêts sont remisés au placard. Maintenant c’est test de dépistage tous les quatre matins, épilation totale au laser, prothèses dans tous les sens, tablettes de chocolat, pilules coupe-faim, eau minérale, et néo R’n’B soupesque. C’était mieux avant?

Rendez vous la semaine prochaine pour la suite de cette article et pour savoir ce que la HD implique pour ce milieu.

Tou bi Cuntinued…