Pourquoi il faut brûler Twilight


Épisode no de la série Littérature US

Je sais que par ce titre, et l’article qui suit, je vais m’attirer les foudres de millions de fans de la saga de Stephenie Meyer et peut-être risquer d’être moi-même brûlée sur le bûcher par des groupies en furie, mais je prends mon courage à deux mains car il me semble important de crier haut et fort pourquoi il faut brûler Twilight.

 
Tout d’abord, Twilight écorche le mythe du vampire et le banalise totalement. Voir Edward et ses « frères et sœurs » évoluer dans la ville, aller en cours, manger (ou faire semblant de manger) à la cantine, semble aussi passionnant que de regarder High School Musical ou toute autre série débilitante pour adolescents pré-pubères. On s’attendrait presque à le voir s’inquiéter devant une poussée d’acné et réclamer un scooter à son « père » (mais bon, il a un cabriolet, c’est nettement plus classe…). L’image du vampire en prend ici un sacré coup et perd son aura mystérieuse et dangereuse. Le comble bien sûr, et qui a d’ailleurs fait beaucoup parler, c’est ce qu’il arrive aux vampires face à la lumière. Certes le soleil reste toujours leur point faible mais là, pas de combustion spontanée ou de brûlure douloureuse mais un scintillement rappelant celui d’un petit poney plein de paillettes. L’astre du jour transforme nos charmants vampires en boules à facettes version Saturday Night Fever et risque donc de révéler leur condition aux pauvres petits humains qui les côtoient. C’est vrai que lorsqu’on voit quelqu’un briller de milles feux, on pense tout de suite vampire, non ?!

Enfin, alors que la figure du vampire est directement liée à la symbolique de la sexualité, Stephenie Meyer décide d’en faire un être chaste et pudibond, très éloigné de cet aspect du mythe. Certes, on peut y voir une volonté de présenter un héros humanisé, cherchant à sublimer ses instincts les plus primaires par l’amour, mais connaissant le titre de cette saga – La saga du désir interdit – , on peut plutôt y voir une vive critique de la sexualité et un rappel à la morale. Ici, le vampire doit faire fantasmer, être séduisant et accessible mais toujours vierge (ou presque). Bref, Edward est le pendant vampirique de Justin Bieber, fade et sans danger, et le vampire perd définitivement son aspect terrifiant.

L’affaire aurait pu s’arrêter là, mais le succès du phénomène Twilight a favorisé l’essor d’un genre littéraire qui donne lieu à tous les excès, la « bit lit ». D’après le site Milady.fr :

« La bit-lit est un sous-genre de la fantasy urbaine. Ces romans ont pour cadre le monde contemporain… à quelques différences près : les créatures magiques sont réelles, la magie existe et elle est effective. Les loups-garous, les vampires, les démons, les fées, les sorcières, bref, toutes ces créatures se côtoient, au milieu de nous, humains. »

Sur le papier, cela peut sembler attractif, et je ne souhaite pas dénigrer ce genre en entier car on peut parfois y trouver des romans acceptables, voire passionnants, mais je veux surtout dénoncer les dérives de ce mouvement.

Avec la vague Twilight, nous avons vu arriver sur les étalages des librairies des romans pas très frais, cherchant à surfer sur la mode du « vampire » mais frôlant le ras de pâquerettes. Mais oui, rien qu’un petit échantillon des titres proposés vous montrera à quel point l’exploitation du filon est navrante : Jaz Parks mord à crédit, Jaz Parks mord la poussière ( de Jennifer Rardin)… vous donnent déjà un petit aperçu des jeux de mots pitoyables et du contenu tout aussi désolant qui les accompagne. Mais que penser alors de Zombie Thérapie (Jesse Petersen), Vampire et célibataire, Vampire et fauchée, Vampire et casée de Mary Janice Davidson? Les auteurs nous mélangent ici Twilight et Sex and the City de façon particulièrement maladroite. Le reste des parutions actuelles est pour la majorité digne du niveau des collections Harlequin, bref, sans grand intérêt. Dracula et Lestat doivent faire de drôles de rêves et se retourner souvent dans leurs tombes. Tout ça à cause de l’arrivée d’Edward et ses copains !

En réelle fan des vampires, je ne peux, en voyant ça, que décider de me ressourcer auprès de Bram Stocker, Anne Rice et Sheridan le Fanu. Et vous, que déciderez-vous? Encourager le marketing à outrance sur le dos des buveurs de sang ou sauver le mythe?