Poussettes-vous!


C’est vraiment un très beau pays la Hollande…
Pourquoi la Hollande me direz vous? Pourquoi cette contrée pleine de moulins à vent, de bataves et de vélos sans freins (pour ne pas parler de leurs fromages sans saveur et trop salés ou de leur hareng marinés au goût délicat) remporte-t-il ainsi tous nos suffrages? (tout jeu de mot avec une campagne présidentielle actuellement en cours est purement fortuit). C’est fort simple ma foi, cette brave nation a eu le courage de ses opinions et a enfin fait ce que toute civilisation se devrait de faire : bannir les poussettes des transports publics.

Run awaaaaaaay!

Oh certes c’est encore discret, seulement dans certaines rames et aux heures de pointes, mais c’est déjà un grand pas dans notre monde en pleine déliquescence.
Pourquoi les poussettes? La réponse est simple : ces engins font partie des éléments les plus vils qui puissent arriver lorsque vous êtes un citoyen éco-responsable et que vous prenez un transport en commun pour aller travailler plus pour gagner pas grand chose. Ils rejoignent en cela un autre objet témoin de la fin des temps qui est proche et dont nous avons déjà parlé en ces lignes.

Landau ctrinement

William Kent, inventeur désolé de la poussette

Oh, direz vous, quel manque de délicatesse, et comment fait-on avec les enfants, monstre sans cœur et autres insultes que nous recevrons en tombereaux de nos 40 et quelques lecteurs quotidiens. Et pourtant, que la raison est de notre côté!

Tout d’abord, réfléchissons un peu à l’usage de cet objet. Si on remonte le temps, William Kent n’aurait jamais pu penser en 1733 que son invention martyriserait les passagers de rames des transports du futur. Pour la simple et bonne raison que l’objet qu’il a conçu a pour but de pouvoir se promener dans les parcs et jardins avec un enfant en bas âge, incapable de se mouvoir par lui même. Ceci signifie donc bien que l’engin dont on parle se doit voir appliqué une énergie motrice externe pour le mettre en mouvement afin de pouvoir balader en toute liberté la chair de sa chair. Or il semblerait aujourd’hui que l’usage en ait été fortement perverti.

Poussette péchés capitaux

Foule paniquée devant une poussette, Einseinstein avait déjà tout compris

Foule paniquée devant une poussette, Einseinstein avait déjà tout compris

D’une part, si l’on retrouve les poussettes enfermées dans un transport en commun, c’est qu’il a été détourné de son but originel. Les roues étant faites pour les déplacer, point besoin de l’enfermer dans un autre véhicule roulant. L’être adulte aux commandes que nous appelleront parent est là pour fournir la poussée animale nécessaire au mouvement de l’objet. Or, il semblerait que trop de temps passé assis sur le canapé à donner de son temps de cerveau disponible ait eu raison de ses muscles en provoquant une atrophie totale les rendant incapables de mouvoir la poussette. Et si l’on pourrait penser à un hypothétique argument du style « bébé peut avoir froid », il est de notre devoir de se rappeler que bébé est peinard et au chaud, et il a bien de la chance, car l’engin a brillamment été conçu pour. C’est donc plutôt papa ou maman qui est frileux, peut-être aussi jaloux de voir sa descendance roupiller tranquille dans un lit king size (toute proportion gardée) ou une chaise longue pendant que lui joue les baudets dans un de ses trop rares moments de congé. Ce n’est pas une raison pour se venger des badauds innocents en changeant la définition du mot poussette de « moyen de transport pour enfant en bas âge » en « bélier moderne indestructible doté de roues servant à emboutir et à tasser le peuple paniqué des transports en commun ». En quelques sorte le Cuirassé Potemkine à l’envers.

Couffin du monde

"Et dire qu'avant c'est moi qui bouffait les enfants au petit déj"

D’autre part il est fondamental dans cette histoire de garder en tête notre condition animale. Certes, quand l’enfant est en bas âge, il est instinctif de le trimballer à la manière de nos cousins primates, nos gènes nous dictant là que la créature est incapable de se mouvoir par elle même. Il est alors tout à fait tolérable de faire valoir une p/m-aternité triomphante à la face (et sur les pieds) du monde, après tout c’est un travail pour assurer la pérennité de l’espèce. Bien qu’ici nous conseillerions de se déplacer avec son lardon à un autre moment que celui du Grand Entassement des heures de pointe (après tout, sachez profiter des acquis sociaux et du congé parental), il faut bien admettre qu’il faut parfois prendre l’air avec la machine à caca/rots/pleurs/sourires-qui-font-supporter-les-trois-précédents-et-on-se-demande-comment. Mais que dire quand vous voyez une grande gigue de 3 ou 4 ans déborder de sa poussette de tous ses membres, vautré comme un pacha, vous larguant des grands coups de pieds dans les tibias (dus certainement a un grave manque d’activité physique) tandis qu’il vous regarde d’un air narquois ? Navré de vous l’apprendre, mais dans les temps sauvages, ceux où nous courrions encore nus dans la savane, ce petit d’homme aurait été mangé par un quelconque prédateur. Ou croyez vous que Lucy, du haut de ses 20 ans, aurait passé un quart de sa vie à pousser une grosse feignasse qui peut se déplacer sur ses jambes, au risque de finir dans l’estomac d’un lion? Si c’eût été le cas, on ne serait probablement pas là pour le constater.