Professeur Eiji – Serious GTO


Certains parmi vous se souviendront de Great Teacher Onizuka, cet ancien chef de gang reconverti en enseignant, aux méthodes de travail peu conventionnelles. Difficile d’oublier un bonhomme capable de pulvériser un mur chez l’une de ses élèves pour réconcilier ses parents ou d’effectuer un german souplex sur son supérieur hiérarchique. Mais si nous transposions cet univers dans un cadre plus shôjô, qu’obtiendrions-nous ? La réponse tient en deux mots : Professeur Eiji !

 

Professeur, c’est un métier

Couverture du premier tome

Le pitch de ce josei d’Akiko Monden, terminé en 10 tomes et publié chez Kana, reprend dans la forme certains éléments de son prédécesseur : un professeur au passé peu ordinaire, un univers scolaire pas très folichon et une classe d’élèves « difficiles » à remettre sur le droit chemin. Eiji Fuwa, ex-reporter freelance, décide, après avoir bourlingué dans nombre de pays en guerre, de rentrer au Japon pour embrasser la carrière d’enseignant. Embauché à titre provisoire comme professeur d’anglais au lycée Hasumi, la classe qui lui est alors attribuée fait preuve d’un manque d’énergie effarante. Certains vont même jusqu’à désobéir du fait d’une des spécificités de l’établissement. Ici, les élèves évaluent aussi leurs professeurs ! Toutefois, notre « great teacher » en herbe fait face à la situation avec un calme olympien, voire glacial (comme y fait référence le titre original de l’œuvre, Ice Eiji, qui se prononce de la même manière que « Ice Age » chez nos amis nippons).

Derrière cette attitude se cache pourtant un homme au cœur d’or. Marqué par la mort de nombreux enfants pendant qu’il était journaliste photo à l’étranger, Eiji est prêt à s’investir à 200% dans son métier pour remettre sur les rails tout ce beau monde. Il va ainsi repérer rapidement les éléments de la classe quelque peu « perturbés » (et parfois perturbateurs) et passer à la loupe les problèmes qui semblent tant les ronger.

 

Un peu de toi, un peu de moi

Oui, mesdemoiselles, ces messieurs sont professeurs !

Et en termes de problèmes, monsieur va être servi et se trouver confronté à un large éventail de situations, parfois assez convenues (maltraitance) ou plus inattendues (un élève se travestissant le soir). Mais même si les sujets traités peuvent sembler manquer d’originalité, l’approche qu’adopte le personnage principal se distingue de celles que l’on peut rencontrer dans les œuvres comparables que pourraient connaitre certains mangavores. Bien que très jeune professeur (il n’a pas encore atteint la trentaine), son regard et ses propos traduisent son expérience de la vie, qui n’a pas été tendre avec lui, et il y a bien des situations où il retrouvera un peu de son vécu, amenant le lecteur à découvrir au travers de flashbacks quelques bribes de son passé. Au fur et à mesure des tomes, on comprend de mieux en mieux le leitmotiv d’Eiji et les problèmes que peuvent engendrer ses blessures dans sa vie privée comme professionnelle.

 
De plus, ses collègues professeurs passent également à la casserole, chacun ayant sa façon bien à lui de concevoir l’enseignement et comment leur vie privée peut influencer leur façon d’enseigner, donnant lieu à découvrir d’autres personnalités intéressantes et hétéroclites. De judicieuses variations de rythmes dans l’œuvre, où Eiji s’efface pour laisser la part belle à d’autres personnages. Inhérentes aux genres, les diverses histoires d’amour qui constellent l’œuvre constituent la colonne vertébrale de la série, sans qu’aucune ne vienne faire de l’ombre à une autre. Aucune ne se ressemble, et l’entrechoc des deux parties, plutôt que de nous infliger la lecture de romances aux effluves florales, amènent des réflexions très intéressantes sur ce qui doit constituer un couple.

 

L’expérience parle

Mention spéciale au charismatique Kyôjirô Kajii !

On ressent dès les premiers chapitres qu’Akiko Monden maitrise son affaire. La narration est très agréable à suivre, de telle manière que chaque information arrive au bon moment, nous évitant ainsi les faux suspens. Le ton est sérieux, sans jamais tomber dans le grave ou le glauque, ponctué de moments de légèreté, qui ne cassent jamais le rythme. Légèreté fort à propos pour traiter les diverses romances qui se nouent au fil des tomes (mais vous vous en doutez bien, les couples qui se forment ne vivent pas un long fleuve tranquille). Le graphisme tend vers l’élégance, tout autant que vers la sobriété. Les personnages principaux masculins ont des allures d’éphèbes, si bien qu’à la couverture, on croirait presque être sur le point de lire un yaoi. Et effectivement, la mangaka a eu l’occasion de s’adonner au genre, et a pu s’essayer au manga érotique de manière plus large, même si le josei reste sa voie de prédilection. Professeur Eiji reste toutefois pour l’instant sa seule œuvre parvenue jusqu’à chez nous. Gageons que cet état de fait ne demeurera pas, au vu de la qualité de Professeur Eiji.

Petit écueil à signaler tout de même, la traduction de Kana : certaines phrases sont parfois mal formulées, la faute à une traduction peut être trop littérale, comme ça a déjà pu être le cas chez cet éditeur par le passé.

Néanmoins, cela n’entache guère la lecture de cette série courte. Professeur Eiji est une histoire qui donne à réfléchir sur une myriade de sujets de société, aussi bien dans la sphère scolaire que privée. Si bien qu’il serait vain de vouloir les lister ici. Akiko Monden, en 10 tomes (plus une suite en 3 tomes, mais qui reste à paraitre chez nous), parvient à nous convaincre avec une histoire riche en évènements et des personnages très attachants.

Professeur Eiji d’Akiko Monden
10 volumes, série terminée
Kana éditions
6€75 le tome