Rapports intimes entre porno, cinéma et féminisme


Épisode no2 de la série Porno & Cinéma

Résumé des épisodes précédents : Les deux dernières semaines on a vu ce que l’arrivée de la HD a apporté au milieu de la pornographie. Des changements à la limite de la révolution qui ont remis les pieds sur terre à nombre d’acteurs de cette industrie quand ce n’est pas aux consommateurs.

On va mener la réflexion un peu plus loin et extrapoler sur les changements des dernières années dans le porno.

« Retire tout, même le tampax »

chuis pas une actrice porno tabarnak !

L’hypothèse va paraître audacieuse, mais est-ce que le porno ne serait pas devenu un des derniers bastions du féminisme?

Je m’explique, la femme prend assez vite conscience du pouvoir de son corps, qui à la fois lui appartient et ne lui appartient pas, elle découvre le plaisir et l’effet que son corps provoque dans ses interactions avec les autres, elle se juge et se jauge elle-même, de la même façon que les autres le font. Si l’homme se découvre lui aussi à son rythme, il n’en va pas de même pour le reste.
Je n’apprendrais à personne que depuis la nuit des temps la phallocratie règne, et la femme détient ce pouvoir que l’éducation, la religion et les sociétés ont essayé de lui faire oublier, et d’une certaine façon lui retirer.

Pendant longtemps le porno a fait de la femme un morceau de viande, une prostituée ou une salope notoire. Mais depuis quelques années, on a vu émerger une génération d’actrices « fortes » qui savent ce qu’elles veulent et ne se laissent pas faire. Elle vont dans le milieu du X par conviction et moins par nécessité, elles font ce qui leur plaît et envisage ce milieu comme un tremplin au même titre qu’une téléréalité.

Faisons un petit état des lieux des perspectives de carrière dans le X.
En France après un passage dans le milieu on part en thérapie, on a vu le cas de Laure Sainclair ou le cas tragique de Karen Lancaume qui s’est suicidée. On se recycle dans le conseil en sexologie et/ou dans la figuration sur plateaux télé racoleurs, c’est le cas de Mélanie Coste, Clara Morgane ou Ovidie, cette dernière, proclamée par les médias « intello du X » parce qu’elle a un diplôme universitaire et des idées féministes, fait partie de la génération d’actrices dont on va parler à continuation, et il a aussi Katsuni qui après un peu de télé et de conseils, a entamé une seconde carrière aux États-Unis.

Car aux États-Unis il en va autrement, les acteurs et surtout les actrices se lancent dans la réalisation, dans la production, distribution, promotion. Depuis une quinzaine d’années, les actrices étasuniennes produisent et réalisent 90% de la production. La starification, les salaires qui en découlent et les portes qui s’ouvrent ont permis à une génération d’actrices ambitieuses de tenir le business entre leurs mains ou plutôt leurs opulentes poitrines. Les ex-actrices Jenna Jameson, Jill Kelly ou la photographe Suze Randall entre autres détiennent une bonne partie du business.

En France, sans les poitrines démesurées mais dans le même état d’esprit, des actrices ont été inspirées par leurs sœurs d’outre-Atlantique et de Clara Morgane à Ovidie, elles ont commencé à réaliser et produire des films en accord avec leurs sensibilités.

Elles revendiquent leurs choix (de vie ou de carrière) haut et fort, assument leur sexualité et leur exhibitionnisme. Il n’empêche quand même que des rapports avec 10 hommes en même temps, être recouverte de liquide séminal ou pire, s’introduire des primeurs dans des orifices non prévus à cette effet – pour ne citer que ces pratiques là -, ça doit rendre leurs parents extrêmement fiers… même si c’est pleinement assumé et que ça rapporte.

« En ce moment je parierais que tu t’imagines déjà que tu suces ma b*** au rythme des coups de fouet de mes *ouilles sur ta gueule. »

Les médias en ont maintes fois parlé, mais l’esthétique et la narration pornographique font maintenant partie de notre quotidien, la publicité, les émissions, les films, tous les secteurs sont touchés. Le sexe est partout, il fait vendre, il excite l’imaginaire et pas que lui. Quand on voit que même Miley Cyrus a inclus du pole dancing dans son jeu de scène… partout on vous dit!

La pornographie est tellement devenue quelque chose de normal qu’on voit de plus en plus de star du porno dans le cinéma conventionnel.

Au début, les stars du porno au cinéma était plutôt vues dans les nanards, les series B et séries Z, Brigitte Lahaie chez Jean Rollin, Ron Jeremy et Jenna Jameson dans des rôles de partouzeurs ou de strip teaseuse, rien de très ambitieux malgré des envies de percer. Mais depuis quelques années on voit de plus en plus d’acteurs et actrices de X dans des grosses productions hollywoodiennes ou dans des films d’auteurs reconnus. La banalisation du porno a décomplexé les réalisateurs qui n’hésitent plus à faire appel à des hardeurs et hardeuses dans leurs films « grand public ».

Dans les 70’s des phénomènes du box office comme Emmanuelle (longtemps un des plus gros succés du cinéma en France), Debbie Does Dallas ou Gorge Profonde/Deep Throat, devenu un des films les plus rentables de tous les temps, ont commencé à sensibiliser le plus grand nombre à l’imagerie salace.

En France, Sébastian Barrio a été vu dans des comédies comme Bienvenue au gîte, Julia Channel, Tabatha Cash ou Dany Verossimo/Ally Mc Tyana dans des films de banlieue ou chez Alain Robbe-Grillet, Ovidie chez Bertrand Bonello, Coralie Trinh Thi et feu Karen Bach/Lancaume chez Virginie Despentes, Catherine Breillat ou Olivier Dahan, Rocco Siffredi traîne chez Catherine Breillat, HPG a même réalisé un film au nom très a propos On ne devrait pas exister qui a été sélectionné à Cannes, et pour finir cette liste non exhaustive mentionnons le cas de François Sagat, star du porno Gay qu’on a vu chez Christophe Honoré et dans Saw VI mais n’y montre pas la sienne…

Pour l’anecdote souvenons nous de Désiré Bastareaud connu sous le nom de Giant Coocoo qui était un personnage récurent de la rétrospectivement très sulfureuse et subversive sitcom Le Miel et les Abeilles. Mais aussi de Karin Schubert qui était la reine dans La Folie des Grandeurs de Gérard Oury où elle donnait la réplique à Yves Montant et Louis de Funès, et qui a fini le reste de sa carrière dans des films érotico-pornographiques italiens.

Aux États-Unis aussi le phénomène existe, récemment on a vu Riley Steele, Gianna Michaels et Ashlynn Brooke dans le Piranha 3D d’Alexandre Aja, la nouvelle méga star Sasha Grey chez Steven Soderbergh ou dans la série Entourage, Marilyn Chambers chez David Cronenberg et Traci Lords chez John Waters, Kevin Smith et dans la super production Blade, Jenna Haze, Ron Jeremy ou Aurora Snow apparaissent chez Roger Avary ou dans Hyper-Tension, Faye Reagan/Valentine et Monique Alexander posent pour des marques de T-shirts branchés.

Devenez Sexpert comme Fellatio Ken

Tous ces exemples démontrent que le cinéma conventionnel devient de plus en plus perméable aux acteurs porno.

Si je devais expliquer ça autrement que par l’idée basique que leur notoriété donne envie aux producteurs de profiter des spectateurs que ces stars peuvent attirer, je dirais que dans le porno il y a toujours eu des parodies de films à succès. De Bienvenue chez les Ch’tites Coquines à PornWars en passant par SupermanXXX ou Les Visiteuses, les acteurs et actrices ont eu l’occasion de montrer que certains d’entre eux pouvait jouer la comédie de façon décente dans des versions hardcore et fauchées de ces super productions qui rapportent des millions.

Ces parodies coquines sont d’ailleurs parmi les titres les plus connus du X, parce que les titres sont faciles à retenir, qu’ils sont souvent assez drôle, de Blanche fesses et les sept mains à La Ruée vers Laure ou L’arrière train sifflera trois fois, en passant par James Bande Agent 00 Sex (et sa leçon de marxisme!). Que des titres mémorables qui sont donc plus aisément assumés par les consommateurs occasionnels d’où le fait que ce soient eux qu’on diffuse en priorité sur les chaînes cryptés de l’Hexagone. On peut voir dans ces parodies une envie des réalisateurs de X et hardeurs de faire du cinéma : il y a quand même une forme de complexe à refaire sans aucun moyen et jouer mal des scènes de films connus. Nombre d’actrices, d’acteurs et de réalisateurs porno portent des pseudonymes qui sont des jeux de mots avec des noms de star du grand écran, par exemple Nina Roberts, Dru Berrymore, Claire Dames, Stan Lubrick, Fred Coppula ou Jane Waters.

Le cinéma commence à intégrer la pornographie d’ailleurs Lars Von Trier avec son Dogme montre depuis un moment des scènes de sexe non simulées dans ses films.Jean Marc Barr, après avoir appliqué les règles du Dogme a ses premiers films, est en train de réaliser un anti-porno réaliste pour montrer à sa façon ce que sont les relations sexuelles à différents âges et contrer l’approche de l’industrie du porno.

La semaine prochaine on abordera pleinement l’invasion féministe dans le porno et le changement de mentalité qui en découle poisseusement.

Tou Bi Cuntinued…

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