Rapports intimes entre porno, cinéma et féminisme 2


Épisode no3 de la série Porno & Cinéma

Résumé des épisodes précédents : on a vu que la HD a changé la donne dans le porno, visuellement et dans l’état d’esprit. On a fait un bref panorama des rapports entre le cinéma et le porno. Et on a vu que la limite entre porno et mainstream était subjective et aléatoire.

Évoquons maintenant le coté discriminatoire de la masturbation et la relation qui se tisse entre porno et féminisme.

Girls just wanna have fun

On a beaucoup parlé du hardcore, mais bien évidemment toutes ces remarques sur l’esthétique et la porosité entre les catégories s’appliquent aussi au softcore, qui sont les films érotiques ou coquins. D’ailleurs on voit apparaître des films plus romantiques, plus basés sur les femmes et moins sur les rapports en soi. Cette Porn Romance fait écho a une sensibilité plus féminine et féministe, pour le désir cérébral, les films sont tout aussi crus mais c’est l’homme qui est l’accessoire. Depuis le début des années 2000, Erika Lust, une suédoise féministe a lancé sa propre maison de production de films et documentaires pornographiques féministes. Elle est une des pionnières du porno féministe et a reçu de nombreux prix à travers le monde dont certains aux Feminist Porn Awards.

Les Feminist Porn Awards ont pour vocation de primer des films pour adultes qui donnent une bonne image de la femme, dans lesquels des femmes sont impliquées à la production et/ou réalisation et qui luttent contre les stéréotypes du genre. Plutôt que de s’opposer bêtement au porno, l’idée est de faire de meilleurs pornos.

Au détour du Net, on peut également croiser des sites comme celui de Camille Crimson (primée elle aussi au Feminist Porn Awards) qui fait l’apologie de la fellation, l’élevant au rang d’art à part entière, mais en mettant complètement et volontairement de coté le plaisir masculin qui en découle. Le site est couplé à Dolorem : la beauté du porno qui tente de redéfinir le sens de la pornographie en faisant que les femmes se l’approprie.

Dans un chapitre précédent on mentionnait les films de Suze Randall et Andrew Blake pour leur esthétisme et la qualité de leurs lumières, mais ce n’est pas la seule chose qu’ils ont apportée au porno. Ils sont tous deux les fers de lance d’un cinéma assez féministe dans lequel les filles choisissent leurs scènes, les actes qu’elles pratiquent et les acteurs/actrices avec qui elles jouent. Des actrices comme Aria Giovanni, Justine Jolie ou Aimee Sweet ont fait toute leur carrière comme ça, en restant naturelles et faisant les choix qui leur conviennent.

 

Rien à f**tre, je m’en branle !

J’ai découvert récemment grâce au documentaire Les branleuses et à la comédie indépendante The Oh in Ohio que nous ne sommes pas tous égaux face à la masturbation. Si pour les hommes c’est quelque chose dont on rigole en franche camaraderie malgré une certaine pudeur, pour les filles c’est une réalité qui relève du tabou. L’évidence de l’existence et de la nécessité de la masturbation chez les femmes va tellement à l’encontre du besoin pour l’homme de croire qu’on leur est indispensable qu’un tabou est né.
De la sorcellerie à l’hystérie, le désir de la femme a été traité comme un mal à traiter. On est même allé jusqu’à inventer les sex toys (terme que rejettent les féministes d’ailleurs) pour raccourcir le temps perdu par ses dames à « se masser la joue »…

Je suis toujours stupéfait et scandalisé par le machisme de la langue française (mais qui n’est pas la seule). Prenons quelques exemples. Si un salaud est une personne misérable, une salope a une connotation bien pire, un gars est sympa, une garce moins, un chien c’est le meilleur ami de l’homme, une chienne c’est une femme aux mœurs légères, un chat c’est mignon, une chatte c’est (un) con.

 

C’est nous qu’on décide !

Pardon pour cette légère digression et revenons au sujet pour évoquer ce nouveau phénomène de mode qu’est le New Burlesque. Pour celles et ceux qui ne seraient pas familiers avec ce mouvement, disons que c’est un mouvement artistique et féministe né aux États-Unis aux débuts des années 1990 associé à la contre-culture. Il s’agit de performances scéniques réalisées par des danseuses ou danseurs légèrement vêtues ou pratiquant le striptease. L’idée c’est d’hypersexualiser l’effeuillage à l’ancienne, d’être fier de son corps dans une esthétique vintage. En France Dita Von Teese ou le film Tournée de Mathieu Amalric ont popularisé ce mode de vie.

 

 

Cette été est sorti le documentaire et OVNI cinématographique Too Much Pussy !. Ce road-movie jouissif et truculent sur la post-pornographie et le mouvement féministe sex-positif suit les folles aventures de sept jeunes artistes performeuses, réunies le temps d’une tournée épique en van à travers toute l’Europe. Pendant l’été 2009, la troupe a foulé les scènes cosmopolites des boîtes de nuits branchées parisiennes, en passant par les squats queers underground berlinois et les théâtres prestigieux de Paris, Berlin, Stockholm, Copenhague…
Une des actrices principale Judy Minx assume complétement son hyper sexualité et son coté militante féministe qui n’ont rien d’incompatibles. Tout comme Ovidie, elle a fait des études supérieures poussées, elle revendique un coté cérébrale et préfère les scènes lesbiennes à l’écran. Il en va de même pour des actrices comme Stoya et dans une certaine mesure Sasha Grey, qui contrôlent complètement leur image, leur corps et les scènes qu’elles tournent ou ne tournent pas.

Si on regarde les préceptes du New Burlesque et leur lien avec le féminisme, mon hypothèse du néoporno comme une forme de féminisme n’est pas insensée. Le porno pourrait être une niche de New Burlesque ultra-formatée et aseptisée.

Entre libération de la femme, tabous, rentabilité extrême et toujours vitrine des plus bas instincts, le porno est devenu un élément clef du divertissement en général et du cinéma en particulier. Certains diraient un mal nécessaire mais surtout nécessaire pour le mâle et j’espère avoir démontré qu’il n’est plus le seul à y voir un intérêt.

Si vous souhaitez approfondir le sujet je vous invite à aller lire des articles sur le site le tag parfait (attention réservé aux plus de 18 ans)

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Précédemment, dans la série Porno & Cinéma