Saga du désir interdit (Twilight)


Épisode no de la série Littérature US

Attention, cet article détient des révélations sur les tomes 3 et 4 de la saga.

Voilà plusieurs semaines que le quatrième et dernier volume de la Saga du désir interdit a été publié en France, saga plus connue sous le nom de Twilight. Breaking Dawn, (lever du jour pour traduction, Révélation en français) lève le voile sur le destin de Bella et Edward, nouveaux représentants d’une longue lignée d’amours interdits, dangereux, et contre nature.

Petit rappel des faits : Bella, jeune fille ténébreuse et un peu gauche, part vivre à Forks avec son père, pour laisser sa mère, nouvellement remariée, libre de ses mouvements. Forks est une ville pluvieuse et boisée, cadre idéal pour une famille de « gentils » vampires, les Cullen. Bella tombe amoureuse d’Edward, le beau vampire éperdument épris d’elle. Va s’en suivre bon nombre de problèmes, on s’en doute bien. Pitch simple et rapide. Pourtant l’idée n’était pas aisée à développer. Stephenie Meyer l’a menée à bout, là où toute jeune fille aurait voulu que Buffy et Angel aillent (pour rester dans le cadre) ou encore Roméo et Juliette (parallèle fait d’ailleurs dans le tome 2).

Au moment de l’explosion du phénomène Twilight au cinéma, on nous a présenté Meyer comme une mormone, mère et femme, d’une famille très pratiquante, qui a écrit une saga romanesque gentillette, voire un peu naïve. Et bien ce n’est pas tout-à-fait le cas. Alors que le premier opus ciné est ridiculement joué, avec la scène absolument hilarante où Edward attrape Bella comme un sac pour la balader dans les arbres, avec des dialogues dignes d’un soap opéra, le roman, lui, est un peu plus subtil. Le film, en fait, et c’est assez rare, est très bien adapté d’un point de vue scénaristique. Car cette scène est décrite de cette manière par Bella, oui, Edward l’attrape bien comme un sac à patates, si ce n’est qu’il court à travers la forêt à ce moment-là. Ce n’est que plus tard qu’il grimpe aux arbres. Là où le bas blesse, ce sont les vampires, et le jeu d’acteur. A part Peter Facinelli qui incarne Carlisle, les acteurs surjouent (et Ô mon Dieu, quel maquillage raté !). N’en déplaise aux fans hystériques de Pattinson, il ne correspond pas au personnage du roman. Edward est décrit comme un homme parfaitement proportionné, musclé juste ce qu’il faut, terriblement ténébreux et beau, « philosophiquement » beau. Là où l’on peut féliciter Bob, c’est qu’il réussit à transcrire l’état perpétuellement soucieux, inquiet et torturé du personnage.

Bella, elle, est un personnage délicieusement naïf, maladroit, imparfait, mais elle tape sur les nerfs, même aux personnages du roman, à force de s’excuser pour tout, et toujours se sentir fautive du moindre problème. Elle ne croit pas Edward, lorsqu’il lui dit et lui prouve maintes fois qu’il ne peut vivre sans elle. Cet état apporte pas mal de longueurs dans les 4 tomes. Les personnages s’étalent beaucoup sur leurs sentiments, toujours les mêmes : « M’aime-t-il ou non? Va-t-il accepter de me transformer? Vais-je choisir Jacob ou non? « . Voilà un trait de l’écriture de Stephenie Meyer qui révèle qu’elle est une toute jeune écrivaine, avec un côté très débutant.

Meyer explique qu’elle a rêvé, une nuit, d’une jeune fille tombant amoureuse d’un vampire. Ce rêve l’a tellement poursuivie qu’elle a éprouvé le besoin de raconter son histoire. Elle n’avait jusque-là jamais écrit. Elle y décrit un fantasme de beaucoup de femmes et d’ados, et pas si innocemment que ça. Bella ne parle que de son attirance, de sa fascination pour Edward. D’où, d’ailleurs, le titre du premier tome en français (tout simplement Twilight en anglais). En fait, elle est totalement frustrée de ne pas pouvoir embrasser pleinement son amoureux : très détaillé dans les livres, dès qu’elle cherche ses lèvres avec sa langue, Edward doit tout arrêter. Dès qu’elle le touche, reste trop collée à lui, c’est la même chose. Plusieurs fois c’est lui qui, de désir, se jette sur elle, mais s’arrête de suite, par peur de la mordre, de la blesser, de la tuer. Elle décrit souvent la sensation qu’elle éprouve quand il la touche de sa main si froide. Le tome 2 New Moon (Tentation en français), c’est la chaleur de Jacob qui la rassasie un peu. Le tome 3 est beaucoup plus sérieux, Eclipse (Hésitation en français) apporte des « préliminaires » : ils se retrouvent ensemble au lit, complètement noués l’un à l’autre, emplis de désirs… mais bien sûr Edward ne se gère pas et arrête tout. Elle dit elle-même à quel point elle est déçue et lui demande de passer à l’acte. Allez, on y arrive, et c’est là que S.Meyer fait fort. Alors que chaque tome est finalement suggestif, charnel et sensuel, le dernier tome est explosif; ils se marient et vivent leur lune de miel. Bella est encore humaine; mais leurs ébats ne sont pas sans risques pour elle : son corps entier est remplit d’hématomes et de boursouflures. Une fois Bella transformée, ils ont droit à des heures entières (oui un vampire ne dort pas, il faut bien s’occuper) et ne s’en privent pas. Bref, on est dans du Arlequin pur et dur! Mormone ou non, S.Meyer n’a pas peur du sexe, mais attention! Pas avant le mariage!

Elle sait nous tenir en haleine. A la fin du tome 1, on se demande s’ils vont réussir à vivre leur amour et si Victoria, la « méchante » vampire, va rappliquer. A la fin du tome 2, on se demande si Bella va finalement choisir Jacob, le loup-garoup, et si Victoria va tuer quelqu’un. Dans le tome 3, si le couple va finalement se marier, « consommer » et Bella être transformée. Le tome 4 met un point final : une fin heureuse, Bella et Edward vont vivre éternellement heureux avec leur enfant, et à ma grande déception, personne ne meurt sauf Victoria. Voilà un aspect intéressant de la saga. Le tome 3 décrit une bataille très sanglante et violente, entre les vampires nouveaux-nés, la troupe de Victoria, et les Cullen alliés aux loups, alors qu’on n’y s’y attend pas vraiment. En revanche, le tome 4 n’apporte aucune bataille, malgré qu’elle maintienne le suspens jusqu’au dernier chapitre. Tout du long de Révélation – Breaking Dawn, les Cullen et les loups se préparent à affronter les Volturi, pour finalement ne rien faire. Toute cette agitation pour en réalité faire découvrir au lecteur la raison pour laquelle Bella a toujours été insensible aux pouvoirs des vampires : elle a un don inné, elle est un « bouclier » et sauvera tout le monde à la fin. Un peu décevant et très facile, mais n’oublions pas que Meyer est une américaine, vive le Happy End. Sauf qu’il faut le souligner, c’est une femme qui fait tout le travail!

Espérons que la bataille du tome 3, et que les pouvoirs de Bella dans le tome 4, seront correctement retranscrits sur la toile. Le second opus a le mérite d’avoir excellé dans la création numérique des loups, par contre, grand « bananage » sur Jacob. Décrit comme faisant plus de 2m de haut, bodybuildé à fond, l’acteur Taylor Lautner, est ridiculement petit… La séquence en Italie et la rencontre avec les Volturi est là aussi réussie, heureusement, sinon ce film aurait été une grande déception.

Meyer a une écriture qui reflète son inexpérience, avec quelques défauts. Mais elle rattrape cela par ses multiples scènes de rebondissements, de suspens, ses personnages, et le dénouement. Elle a su aller au bout de leur histoire d’amour, et combler nos désirs les plus fous, trop frustrés de voir toutes ces histoires dramatiques qui nous ont bercé. Cette saga reste quand même dédiée à un jeune public, voir aux jeunes adultes. Stephenie Meyer est une femme restée jeune dans son état d’esprit : c’est ce qui m’a attiré chez elle. Des articles ont évoqué son goût prononcé pour Muse, Coldplay ou encore Linkin Park. C’est pour cette raison qu’un titre de Muse se retrouve dans chaque film. Elle remercie également le groupe dans la préface du dernier tome.

Actu : le 5 juin sort The short second life of Bree Tanner, un livre spin-off, sur un des vampires nouveaux-nés créé par Victoria dans Hésitation. Son roman sur l’histoire de Bella et Edward, du point de vue de ce dernier, est abandonné, depuis que les premiers chapitres ont été volés et publiés illégalement sur le net. Enfin, un guide officiel de la sage sortira en 2011. D’ici là, l’épisode 3 sera sur grand écran le 7 juillet 2010, assurément déjà un succès mondial.

Et sinon, vous pouvez lire la chronique de Clémence pour un autre aperçu de l’épisode 1.

Fascination – Tentation – Hésitation – Révélation chez Hachette, de 18€ à 24.95€

Précédemment, dans la série Littérature US