Journal intime d’une call girl


Épisode no4 de la série Olympiades britanniques en séries

Pour célébrer à notre façon les Jeux Olympiques de Londres, nous avons décidé de vous présenter nos séries britanniques préférées durant tout l’été. Le troisième volet de ces Olympiades britanniques en séries vous parle du Journal intime d’une call girl.

Ces dernières années, le petit écran s’est décomplexé. Le sexe fait vendre, les showrunners l’ont bien compris. On pense évidemment à Sex and the city, qui, s’il a eu le mérite d’être le précurseur du genre, parait bien pâle aujourd’hui face aux Californication, Nip Tuck, The L word, Skins (dont on vous reparlera très vite) et Rome. Alors, la vie d’une travailleuse du sexe vue par des scénaristes british, qu’est ce que ça donne ?

Belle de nuit

Le journal intime d’une call girl (Secret diary of a call girl en VO) est une série diffusée pour la première fois en 2007, dont la quatrième et dernière saison s’est achevée en 2011. Elle est inspirée, plus qu’adaptée, du blog et du premier livre de Belle de jour. Belle de jour est le pseudo de Brooke Magnanti, Dr en sciences médico-légales, qui a raconté des années durant sa vie de call-girl sur Internet. Longtemps restée anonyme, elle a rencontré un succès grandissant grâce à ce blog, dont elle adapta le contenu dans son premier best-seller The Intimate Adventures of a London Call Girl. Si je n’ai pas trouvé ce livre particulièrement bon – pour tout dire, j’ai trouvé le style franchement mauvais -, l’adaptation télévisée est brillante.

Hannah Baxter est une jolie secrétaire juridique londonienne, du moins c’est ce que pensent ses proches. Car la blonde piquante a choisi une carrière bien différente et beaucoup plus excitante que celle qu’on lui prête. Elle est call-girl de luxe. Et si, dès le premier épisode, elle met les choses au clair en expliquant au téléspectateur qu’elle met un point d’honneur à séparer vie privée et vie professionnelle, la réalité n’est pas si évidente.

You know I’m no good

Comme le titre de la série l’indique, celle-ci prend la forme d’un journal intime. D’ailleurs, Hannah – ou Belle, si l’on se conforme à son pseudo de call-girl – s’adresse régulièrement au téléspectateur, que ce soit en voix-off ou en regardant directement la caméra. Elle commente ainsi en direct ses aventures : les clients aux requêtes saugrenues, ceux qui tombent immédiatement amoureux d’elle, les réguliers, les vraies-fausses amitiés avec ses collègues, ses relations parfois houleuses avec son « agent », sa difficulté à garder sa famille et ses amis à l’écart de cette double-vie…

Le fond du problème est là. Hannah/Belle a beau clamer qu’elle réussit parfaitement à mener cette existence quasi-schizophrène, sa vie sociale en pâtit forcément. Le plus difficile étant de mentir à son meilleur ami, Ben. Ils partagent tout depuis la fac, mais Hannah ne peut se résoudre à lui avouer son véritable métier. Ce qui crée forcément des incompréhensions entre eux. Ajoutons à cela ses difficultés à faire accepter son (faux) métier à sa famille, Hannah peine de plus en plus à maintenir à flots sa vie privée.

Si, durant la première saison, la série se contente de raconter quelques épisodes de la vie d’Hannah/Belle sans proposer d’arc narratif particulièrement fouillé, la suite devient beaucoup plus complexe, au fur et à mesure que la vie de la jeune femme le devient également. Car Hannah va devoir assouplir ses principes, mettre au courant Ben de son activité, laisser de nouveaux amis – plutôt envahissants – entrer dans sa vie, et accepter d’avoir une vie sentimentale. La control-freak ne maitrise finalement plus grand chose d’autre que sa vie professionnelle. Et encore… Quand un éditeur lui demande d’écrire un livre basé sur son expérience de prostituée, Hannah commence à perdre le fil.

Hometown glory

Le succès de la série repose en grande partie sur son casting. Hannah/Belle est interprétée par l’excellente Billie Piper – qu’on a pu voir, entre autres, dans Doctor Who -. Personnage à la personnalité bien affirmée, intelligente, sexy et un poil snob, elle est aussi très attachante. Billie Piper parvient aisément à passer d’Hannah à Belle, de la jeune femme « comme tout le monde » à la séductrice qui vend ses charmes. Et c’est avec subtilité qu’elle efface au fil des épisodes la frontière entre les deux facettes de la personnalité d’Hannah, qui se fondront petit à petit en une seule et même personne, quitte à voir Belle prendre le dessus sur Hannah. Iddo Goldberg est quant à lui parfait en meilleur ami et ex-toujours-amoureux de Belle. Il essaie la plupart du temps de la ramener sur les rails, car s’il dit accepter son job, ce dernier reste un sujet de tensions entre eux. Cherie Lunghi joue l’agent/mère maquerelle d’Hannah. Complètement insensible, elle gère sa petite entreprise – très lucrative – d’une main de fer mais garde un jardin secret décomplexé et quelque peu effrayant.

Le grain de folie de ce casting est apporté par Ashley Madekwe, qui interprète Bambi, une amie et collègue de Belle, mais beaucoup moins armée qu’elle pour gérer ce business. C’est un personnage un peu foufou, très attachant, dont le passé est quelque peu trouble. Elle est loin de vivre dans le même luxe que Belle, et peine à se faire accepter comme escort de luxe, notamment parce qu’elle est métisse. Elle finira par tomber amoureuse d’un de ses clients, le fantasque Byron, interprété par David Dawson (qu’on a pu voir dans Luther, entre autres).

Et, comme dans Luther, la grande protagoniste de cette série est Londres. Belle/Hannah sillonne la ville dans les fameux taxis noirs – qui, petite entorse irréaliste, ne sont pas barbouillés de pub – pour passer des hôtels de luxe aux bars plus ou moins branchés de la capitale anglaise, mais aussi dans des lieux plus underground comme un donjon SM ou divers lieux abritant des soirées pour adultes. Bambi nous dévoile quant à elle des hôtels plus modestes ainsi que des quartiers moins huppés, où se situe, entre autres, son appartement minuscule. Et, pour souligner cette ambiance londonienne, s’ajoute une bande-son très british : Amy Winehouse, Adele, New Young Pony Club, Kate Nash, les Babyshambles, les Rolling Stones, Mogwai, Mark Ronson, Lilly Allen, les Ting Tings, et bien d’autres musiciens britanniques se succèdent en arrière-plan, pour le plus grand bonheur de nos oreilles.

Shut up and let me go

Si vous attendez de cette série d’être une pâle copie de Sex and the city, passez votre chemin. Idem si vous souhaitez simplement pimenter vos soirées solitaires grâce à une adaptation de Fifty Shades of Grey(1). Le journal intime d’une call girl n’a pas pour vocation de proposer une série érotique ou de faire de Billie Piper la nouvelle Sarah Jessica Parker. Ni même de banaliser la prostitution. La série raconte la réalité d’une seule personne, Belle de jour, prostituée de luxe bien éduquée, diplômée, aux tarifs élevées et aux clients aisés.

Pourquoi cette précision? On a souvent reproché à la série de glamouriser le mode de vie des escorts girls, de donner au public de la série l’envie de vivre la même vie que l’héroïne, mais ce débat me semble aussi bas de plafond que les polémiques à propos des jeux vidéos ou des films violents qui rendraient psychopathes.

A aucun moment la série de fait de généralité sur les travailleurs du sexe, elle ne minimise pas le danger du travail des prostituées – même les escort de luxe rencontrent des clients douteux et violent, Belle et Bambi en font l’amère expérience -. Je n’y ai pas vu non plus de raccourcis bien/mal, dans le sens religieux du terme, même si la série souligne effectivement l’ironie du sort, dans un épisode de la saison 2. J’ai le sentiment que cette série appelle à l’ouverture d’esprit plutôt qu’au jugement de l’autre. Elle parle de sexe de manière décomplexée, et évitant au maximum les poncifs du genre et le trash pour le trash ; les personnages – Hannah la première – parviennent à se moquer ouvertement d’eux-mêmes et se posent régulièrement des questions quant au bienfondé de leurs choix de vie, comme chacun le ferait probablement à leur place. Rien de manichéen là-dedans, donc.

Les bons résultats d’audience en Grande-Bretagne ont permis au Journal intime d’une call girl de s’exporter. La série a tout juste échappé au traditionnel remake à l’américaine, principalement parce qu’aucune comédienne US n’acceptait de tourner un si grand nombre de scène nues. Résultat, une audience record aux USA lors de la diffusion de la série originale sur Showtime. En France, la série est actuellement diffusée en VF sur Teva. Pour les aficionados de la VOSTFR – que je vous recommande vivement, ne serait-ce que pour profiter de l’accent des acteurs -, elle est disponible en DVD.

Last but not least, un long-métrage serait en production, même si la dernières actu à ce sujet semble dater de 2010. A suivre…


(1) Le blog seriestv du Monde a complètement détruit cette série, en partant du principe qu’il s’agit simplement de mettre le spectateur dans une position de voyeur ; l’auteur reproche à Secret diary of a london call girl de ne pas montrer la réalité de la prostitution actuelle, et implique, dans le même élan, que la prostitution est un « sort » réservé aux étudiantes fauchées et aux jeunes femmes exploitées par des réseaux mafieux. Raccourci trop facile. Tous les travailleurs du sexe ne sont pas des esclaves, certains font ce choix de vie sciemment. A force de regarder les reportages glauques diffusés à la TV, on a tendance à avoir une vision, sinon biaisée, ultra-orientée de la société actuelle. A ce sujet, lire Luttes XXX Marie Nengeh Mensah, Claire Thiboutho et Louise Toupin.

Précédemment, dans la série Olympiades britanniques en séries