La peau lisse et chère loque


Épisode no2 de la série Olympiades britanniques en séries

Pour célébrer à notre façon les Jeux Olympiques de Londres, nous avons décidé de vous présenter nos séries britanniques préférées durant tout l’été. Le second volet de ces Olympiades britanniques en séries vous décrypte les séries Sherlock et Luther.

Dans notre série des Olympiades des séries britanniques, il m’incombe de vous parler des deux meilleures dans le genre policier. Je vais donc développer une petite analyse des shows Sherlock et Luther, qui sont, à mon sens, les deux plus marquantes du moment.

Il existe de nombreuses séries policières britanniques, de la très classique Inspecteur Barnaby à la plus innovante Life on Mars. On sent présente outre-Manche une véritable tradition de la fiction policière, tradition certainement héritée de la littérature du même genre ; je pense en particulier à Agatha Christie et Sir Arthur Conan Doyle. Nous allons revenir immédiatement sur ce dernier, bien évidemment, mais présentons d’abord les deux séries au cœur de cet article.

Élémentaire, mon cher Mendeleïev

Sherlock est une série créée en 2010 par Steven Moffat et Mark Gatiss, on y suit les aventures de Sherlock Holmes et de son acolyte le Docteur John Watson, le tout est transposé dans une Londres contemporaine.
Si la série trouve son inspiration dans les romans de Conan Doyle, l’idée de moderniser le personnage en le faisant vivre dans notre XXIe siècle est très intéressante et surtout magistralement effectuée.

Je vais faire un léger aparté pour parler d’un des deux créateurs de la série, Steven Moffat. Le bonhomme est un peu le roi Midas du moment tant tout ce qu’il touche est génial et fait un carton. Il y a quelques années, il lançait la sitcom Coupling (Six Sexy en VF) une sorte de contre-Friends à la sauce britannique, tout aussi drôle mais beaucoup plus acide et libérée. En 2005, il reprend le flambeau de la cultissime série Doctor Who, dont d’autres vous ont déjà parlé plus en détails sur ces pages, mais j’ajouterais juste que son Doctor Who est une merveille d’écriture scénaristique et un bel exemple de série réussie. Fort de ce succès, il lance dans les années qui suivent l’excellente série Jekill, qui rétrospectivement préfigure Sherlock puisqu’il y transpose de nos jours, les aventures du Docteur Jekill et Mister Hyde de Robert Louis Stevenson. Et pour terminer se florilège, mentionnons qu’il a coécrit le scénario des Aventures de Tintin : Le secret de la Licorne réalisé par un petit gars appelé Steven Spielberg.

Mais revenons à Sherlock, en dehors du fait qu’il vit désormais de nos jours, le personnage de la série a aussi lui-même évolué. Le personnage de Conan Doyle était déjà un génie observateur, roi de la déduction, joueur de violon et toxicomane, les deux films de Guy Ritchie avec Robert Downey Jr et Jude Law exploitent d’ailleurs grandement ces caractéristiques, mais là où la série est meilleure c’est qu’elle a fait prendre une nouvelle dimension à Sherlock Holmes.

Le personnage est tout ça à la fois, il a toujours cet esprit de déduction surnaturel mais maintenant on se rend compte qu’il y a une contre partie à ce talent. Le Sherlock de Moffat semble être atteint du syndrome d’Asperger, il est supérieurement intelligent, est obsessionnel, a le regard fuyant et s’exprime avec un débit de mitraillette, autant de signes qui ne trompent pas. Il est apparemment incompris par le commun des mortels et passe la plupart du temps pour un fou aux yeux de tous, et de la police en particulier. Son talent est présenté et vécu comme une maladie, un handicap que les proches doivent supporter et endurer. Dans la série, sa rencontre avec Watson est un grand moment épique et une belle démonstration de son esprit génial mais maudit. Watson de son coté reste un vétéran blessé pendant la guerre, mais cette fois c’est d’Afghanistan qu’il revient, et il souffre d’un léger syndrome post-traumatique en plus de sa claudication qui l’oblige à utiliser sa célèbre canne.

Du coté des intrigues et des enquêtes, elles s’inspirent beaucoup des aventures littéraires des personnages, mais toujours en transposant le tout de nos jours. Un des exemples les plus parlant est la transposition du Chien des Baskerville dans une campagne anglaise inquiétante avec des fuites de produits chimiques et un complot militaro-industriel. La série sait utiliser l’actualité pour nourrir et enrichir ses histoires, signe de qualité s’il en est.

Que ce soient les personnages ou les histoires, le maître mot semble être la modernité mais aussi la qualité. Tout de la mise en scène aux acteurs est au diapason. Sherlock Holmes est joué par le brillant Benedict Cumberbatch, qui, à part avoir un nom rigolo, possède un débit de parole hallucinant et un jeu parfois halluciné et maladif qui sert à merveille le personnage. Sa silhouette fine et élancée, sa posture rigide et son regard électrique amènent encore plus de crédibilité au personnage. Depuis quelques temps, on le voit régulièrement au cinéma comme dans le Cheval de guerre> du déjà cité Spielberg mais aussi dans l’épatant La Taupe et il participe au phénomène The Hobbit de Peter Jackson.

John Watson est joué par le tout aussi excellent Martin Freeman, futur Hobbit (tiens donc) et ancien Arthur Dent qui prête ici sa bonhomie et son jeu subtil au personnage. L’alchimie entre les deux acteurs fait que la combinaison fonctionne à merveille.

Le troisième personnage principal de la série est joué par la ville de Londres elle-même. La ville devient un élément très important de la série et une caractéristique que seule cette ville semble pouvoir apporter. Chose amusante c’est également le cas de notre série suivante, Luther.

 

 

C’est la Luther finale

Luther, créée en 2009 par Neil Cross et diffusée depuis 2010, on y suit la vie tourmentée et les enquêtes de l’inspecteur principal John Luther.

Encore une fois le casting joue beaucoup dans la qualité de la série. Le personnage de Luther est joué par le puissant et nerveux Idris Elba. L’acteur britannique, qui a déjà fait ses preuves sur la série cultissime The Wire, joue magnifiquement cette bombe à retardement qu’est Luther. Toujours sur le fil du rasoir, il habite magistralement cet inspecteur torturé par ses erreurs passées et par sa situation présente. Le personnage de Luther est un génie, obsessionnel qui a une grosse part d’ombres. Il a cette capacité à rentrer dans l’esprit des criminels les plus retors et le fait aux dépens de sa santé mentale et de sa relation avec les autres. Il est épaulé par un ami et collègue, par sa supérieure qui lui fait confiance quitte à s’en mordre les doigts et par un jeune inspecteur qui a fait des pieds et des mains pour travailler avec lui. Et doit aussi gérer une relation « je t’aime, moi non plus » avec son ex-femme, gérer ses démons intérieurs qui le font souffrir et une hiérarchie qui le croit ingérable.

Pour différentes raisons le personnage m’a fait penser au Docteur House campé par le très british Hugh Laurie. House est, de l’aveu même des scénariste de la série, un docteur fortement inspiré de Sherlock Holmes, dans sa quête de vérité et obnubilé par les mystères qu’il veut résoudre, il s’autodétruit et fait souffrir son entourage. Il a lui aussi pour garde-fou un supérieur féminin qui lui fait entièrement confiance mais à qui il doit rendre compte de ses frasques. Il est épaulé de son meilleur ami et confrère Wilson et d’une équipe de jeunes loups qui l’admirent malgré tout. Il y a aussi son ex-femme qu’il aime tout en la détestant parce qu’à cause de ses choix il doit vivre maintenant avec un handicap et une souffrance constante. J’arrête ici la comparaison mais vous aurez compris que les deux séries ont de nombreux points communs, même si elles en ont autant qui les différencient.

La série Luther est extrêmement réaliste dans son traitement mais surtout dans les enquêtes menées. Tout est plausible, aucun meurtre ou élucidation abracadabrantesque ni capillotracté, tout les meurtres ne sont pas résolus mais la porte reste ainsi ouverte pour un jeu exquis avec l’assassin présumé. L’assassin en question est une tueuse sociopathe campée par l’actrice Ruth Wilson, excellente d’ambiguïté et de folie qui s’accorde très bien avec celle de Luther. Elle est potentiellement très dangereuse mais elle finit par tisser une véritable amitié avec Luther qui la consulte pour mieux résoudre ses enquêtes. Ils forment ainsi une sorte de relation Clarice Starling/Hannibal Lecter dans un Silence des Agneaux inversé.

La psychologie est une donnée fondamentale de cette série, entre déviances, folie, tensions et comportements borderline, c’est une véritable étude de cas. Autant de points qui étoffent et l’enrichissent.

Island in the insane

Les deux séries respectent le format des séries anglaises du moment, à savoir des épisodes de presque une heure et des saisons de moins d’une demi-douzaine d’épisodes. Ce format fait de chaque chapitre un petit film en soi, chose très appréciable et qui permet de développer de bonnes histoires et de bons personnages, une sorte de concentré de bonne série.
On a donc dans Sherlock et Luther, deux enquêteurs typiquement atypiques et british, obsessionnels, géniaux, bien secondés et un peu fous. Dans les deux séries la ville de Londres est un personnage à part entière, avec ses taxis, sa part de folie, de clubs sélects et cette atmosphère qui lui est propre.

J’en suis même arrivé à me dire qu’il existe un syndrome de la grande nation insulaire monarchique. La Grande Bretagne est un peu à l’Europe ce que le Japon est à l’Asie, une nation à l’identité forte, avec une société pleine de traditions et assez stricte en général. Il en résulte toute une série d’exutoires et une jeunesse désœuvrée qui cherche à se démarquer par de l’excentricité et en versant dans des déviances et parfois perversités de toutes sortes. Le tout étant une sorte de soupape de décompression certainement nécessaire. Tout ça pour dire que les deux séries contiennent une bonne de dose de meurtriers pas piqués des vers qui font bien froid dans le dos.

Au vue de séries policières de cette qualité, on se demande quand est-ce que la France va se souvenir qu’elle aussi a une belle tradition de romans policiers et de personnages charismatiques. À bon entendeur, salut.

Pour l’anecdote, les États-Unis viennent de lancer leur version de Sherlock, la série s’appelle Elementary. Holmes y est joué par Jonny Lee Miller, un acteur britannique et par Lucy Liu dans le rôle de Watson ! Le tout transposé à New York. Il faut bien essayer de se démarquer d’une façon ou d’une autre, non ?

En résumé, deux séries anglaises excellentes qui valent le détour et que l’on vous recommande chaleureusement.

 


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