The killer inside me de Michael Winterbottom


Vous êtes-vous déjà attardé à la sortie d’une salle de cinéma, après avoir vu votre film, pour entendre les réactions des spectateurs? Pour ma part je l’ai fait, pour  The killer inside me. Un peu hébétée par la scène finale, et par le film dans son ensemble, écouter les autres a permit de prendre un peu de distance.

Voilà un film, qui avant sa sortie, a déjà fait du bruit. Pourquoi ? Jessica Alba. Mettez une tête d’affiche, vous êtes sûr que ça marche. Ses différentes interviews dans les magazines ne laissent pas entrevoir l’état de ce film, de cette histoire, de ce tueur. Lou Ford (Casey Affleck) est un jeune shérif, dans une petite ville tranquille du Texas, dans les années 1950. « Tout le monde pense se connaitre » dit-il, personne ne le connait lui vraiment. Parti voir Joyce, prostituée nouvellement arrivée en ville, pour l’y déloger, il se retrouve à la frapper, même pas 5 mn après le début du film. On commence à comprendre, à le connaître, il tue, et tue encore, on le voit chercher le moyen de ne pas faire peser les soupçons sur lui. Voilà le fil conducteur du film.

Alors en vérité, on se dit qu’il s’agit là d’un Dexter pour la toile, mais à côté de Lou Ford, notre spécialiste des tâches de sang est définitivement Candy. Donc avertissement, ce film est dur, très dur, violent, dérangeant, perturbant, insupportable. Peut-on dire que le scénariste (John Curran) et le réalisateur ont cherché à traiter, analyser, la violence ? Difficile d’y répondre, il faudra leur poser la question. Il est toujours difficile de justifier une telle violence, pourquoi la montrer, et ne pas seulement la suggérer. The killer inside me a été comparé à Irréversible de Gaspar Noé, ne l’ayant pas vu, je ne peux juger, mais si c’est le cas, je préfère ne pas le voir. Viol d’une enfant, tabassages, assassinats, c’est très réaliste, très bien fait, d’un point de vue technique du maquillage, des positions de caméras, des comédiens.

Les comédiens justement, comment choisissent-ils de tourner dans ce genre de film ? Quel déclic leur faire dire « je vais faire ce rôle, celui d’un sociopathe », parce que c’est bon pour sa carrière ? Casey Affleck cherche-t-il à transmettre un message ? Son personnage nous raconte son histoire, il s’agit donc d’un récit à la première personne, nous commençons par croire qu’il s’agit d’un flic qui subit la routine de la ville, pour finir sur un meurtrier sans remords, calculateur, qui prend son pied en étant violent avec les femmes, un méchant qui, et oui, gagne à la fin. Il s’agirait alors de comprendre comment un homme en arrive là ? Quoi qu’il en soit, on ne peut pas dire que Casey est un mauvais acteur, bien au contraire, ce rôle lui colle à la peau, il est très bon dans son insensibilité. Ce personnage, Lou aime Joyce, vraiment, il pense à elle, s’excuse de ce qu’il lui a fait. Mais son « démon dans la peau » est plus fort. Comment le justifier ? Le réalisateur a choisi de le faire par des flashbacks, mettant en scène l’enfance de Lou, sa mère, masochiste, qui le mène vers cette voie, celle de son premier acte de monstre, sa révélation.

Jessica Alba, elle, joue le rôle d’une prostituée, rôle complexe, qui porte au débat. Est-elle une femme faible ? L’amour peut-il tout pardonner, tout faire accepter ? Est-elle aussi psychopathe que lui ? En tout cas, ils se complaisent tous les deux dans leur violence, font l’amour d’une manière sado-masochiste, tout en appréciant et aimant la présence et la contradictoire tendresse de l’un – l’autre. Elle sait qu’en tant que prostituée elle n’a pas le même statut que la fiancée de Lou, mais elle croit en un bel avenir. Elle propose de faire un coup, un vrai, d’extorquer de l’argent, quitte à tuer, pour quitter la ville avec Lou. Mais les choses vont mal tourner, et elle se laisse faire.  Pour Jessica Alba, il ne s’agit pas là du grand rôle de sa vie, car elle joue encore la belle femme qui fait tourner des têtes, mais on sent qu’elle cherche le rôle dramatique qui fera oublier celui de Les 4 fantastiques.

Kate Hudson joue Amy, la fiancée de Lou. Fille d’une riche famille, possessive, femme de caractère, amoureuse, qui elle aussi cherche à comprendre et à pardonner par amour. Elle est son alibi, son obligation pour paraitre normal aux yeux de tous, mais elle se doute de quelque chose, voit son changement d’attitude, elle suspecte et doute face à ses réactions. Maquillée, bronzée, cheveux châtain foncé, Kate Hudson est étrangement ici le double de Jennifer Lopez, plutôt incroyable, cette ressemblance. Mais son rôle est en concurrence avec Jessica Alba, et le combat est, de mon avis, remporté par Kate.

Simon Baker joue le rôle du flic qui enquête sur les meurtres. Nous le connaissons par la série The Mentalist et là pour le coup, il a le statut de policier. Cela lui va bien, il sait jouer ce rôle du flic à qui on ne la fait pas. Peu présent, il est là surtout pour donner le suspens, Lou sera-t-il ou non démasqué.

Le film est traité d’une manière assez particulière. Le générique du début fait penser à celui d’une série un peu comique, la musique est de la country guillerette, véritable contraste par rapport au sujet traité. Le ton devient plus sérieux, plus sombre, à l’approche de la maison de Joyce. On comprend dès lors que le bouleversement se fera dans ce lieu. De l’humour il y en a, peu, et surtout très noir, on aurait presque honte d’en rire, rire léger, mais il est là. Ce qu’il y a de drôle, en fait, ce sont les réactions de Lou, qui se montre insensible, donc drôlement surprenant. De nombreux flashbacks rythment le film, qui illustrent la pensée du moment de Lou. Grâce à ces flashbacks, nous découvrons le peu de traces d’humanité de ce personnage. Certaines scènes sont fixes, montage plus lent, lorsque l’on pense que le monstre va se manifester, que les personnages secondaires tentent de le comprendre. Tout le rythme du film est bien calculé, et nous n’avons pas le temps de nous ennuyer. Les scènes de sexe sont filmées très rapprochées, très crues, de la même manière que les scènes de meurtre. Bien évidemment, le sexe et la violence sont étroitement liés. Après avoir entrevu pourquoi Lou Ford fait ça, il reste à savoir comment tout cela va se terminer. Et, il se fait rare, nous ne sommes pas face à un film hollywoodien.

Le film est adapté du roman de Jim Thompson, Le démon dans ma peau qui choqua déjà par sa violence lors de sa parution en 1952. Même destin pour le film, qui fit grand bruit au festival de Sundance. Le film vaut d’être vu pour la performance de Casey Affleck, et pour chercher à comprendre comment un homme peut arriver à tant de violences. Mais justement, la violence, est trop facile, trop crue, non justifiable. La fin est presque romantique, et du coup ambigüe, presque décevante, quoi qu’inattendue. Ce film, au final, laisse une impression brouillon, demande réflexion, soulève le débat. N’est-ce pas ce qui fait qu’un film est considéré comme meilleur qu’un autre ?

The killer inside me de Michael Winterbottom
1h49 – sortie le 11 aout 2010
Avec Casey Affleck, Jessica Alba, Kate Hudson, Simon Baker, Bill Pullman…


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